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d'envenimer ma conduite à Jemmapes. Je me suis montré comme soldat, et c'est en vain que l'on m'a accusé de favoriser un parti. Il n'en est et n'en sera jamais aucun pour moi qui ne s'accorde avec le pays qui me vit naître.
« J'ai fait ce que j'ai drt et ferai encore ce que je dois, si le gouvernement veut, par un trait de sa bienfaisance et de sa générosité, permettre mes observations.
« Elles sont simples; les voici.
« A'Jemmapes, le gouvernement m'ordonna, d'après la position que je tenais devant l'ennemi, d'attaquer; je formai mes plans et, après le combat le plus opiniâtre, je restai vainqueur et la République victorieuse. De là, citoyen consul, vous qui connaissez si bien les chances de la guerre, la victoire qui m'enchaînait à elle porta mon armée toujours invincible à de nouvelles conquêtes, et, sans coup férir, la Belgique fut conquise.
n Je me croyais tranquille possesseur de cette intéressante contrée, je pensais être à l'abri de tous les orages politiques et militaires. Mais, la révolution suivant toujours son cours, après différentes phases irrégulières et sanglantes, ne me présentant aucune idée de bonheur pour mon pays, je me trouvai dans la cruelle alternative ou d'être regardé comme parjure ou traître a la patrie, ou comme son défenseur. Je ne vous le dissimulerai pas, citoyen consul et à vous Français, que jamais il n'est entré dans mon âme de trahir le pays qui m'avait honoré de sa confiance ; maïs j'y fus forcé, vous le savez, et ce doit être mon excuse, si vous êtes juste, comme je ne puis eu douter ; car qu'ai-je fait? Ce que la raison, l'intérêt, la politique et les circonstances exigeaient. Je l'avoue, j'ai pris quelque chose sur moi-même, n'étant pas sûr du gouvernement.
«Si, après mes conquêtes, j'eusseeti lafaiblesse de retourner dans le sein de ma patrie, un criminel échafaud m'attendait et il eût été environné des lauriers des braves que je commandais. C'en était fait alors, et la France restait en proie aux factions qui l'ont dévorée, jusqu'au moment heureux où son génie a rappelé le héros qui la sauva.
Vous avez fait, citoyen consul, ce que j'aurais fait si mes talents et mes moyens me l'eussent permis. Mais, regardant
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HTSTOIKJB Dli LA TERREUR.
toujours le gouvernement qui pouvait m'ai teindre, j'avais à respecter ses ordres; craignant ses injustices, j'ai sauvé nia personne, versant des larmes sur ma patrie que j'étais forcé d'abandonner; mais il appartenait à vous, et aux hommes probes dont vous avez su vous environner, de la sauver.
« Je n'examine pas tous les traits qui caractérisent le gouvernement actuel, dont vous avez été un des premiers fondateurs; je sais à quel péril cet heureux changement pour Ja France vous a exposé; je m'applaudis qu'il ait conservé des jours aussi précieux, n'ayant de vous à attendre que de la justice; elle vous a dicté le rappel d'un homme qui planta dans l'Amérique l'arbre de la liberté et qui ne put dans son pays être en sûreté sous ses rameaux.
« Pourquoi, citoyen consul, et vous tous Français, pourquoi me rejetteriez-vous de votre sein? Je vous demande à être jugé; jë comparaîtrai devant le tribunal qui me sera indiqué et j'y paraîtrai en homme et je me montrerai Français.
ii C'est devant ce même tribunal que je demande avec instance à être jugé; mais il me sera permis de lui observer que toutes les erreurs, que tous les crimes n'ont pas été de moi, mais bien de l'ancien gouvernement; je n'ai pas besoin d'amis, ni de protecteurs; ma conduite seule et mes pièces justificatives feront mon apologie; d'elles dépend mon sort, que je remets entre les mains du gouvernement, persuadé que jamais il n'abusera de ma confiance.
« Avant de terminer ma lettre, citoyen consul, j'ai encore ù démentir une calomnie, un fait de la plus haute importance et qui n'a pas peu contribué à l'oubli dans lequel vous m'avez laissé.
« On m'a accusé d'avoir favorisé le parti d'Orléans; jamais il ne fut le mien ! je n'ai vu que celui de la patrie, à laquelle je me suis voué depuis l'écroulement du trône.
« Les enfants de Philippe d'Orléans n'étaientque de simples soldats dans mon armée; ce n'est pas pour eux que j'ai versé mon sang, il appartenait à la République; Jemmapesne fut pas pour leur gloire, mais pour celle de la France.
« Quelles prétentions ai-je pu avoir d'une famille proscrite, dont la mère était reléguée en Espagne, dont le père porta sa
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NOTES
tête coupable.sur un échafaud mérité. J'ai combiné dans le sangfroid de la réflexion ce qui pouvait Je mieux convenir an gouvernement; j'ai vu d'Orléans impuissant, je vois la République dominante, et je vois maintenant l'aurore du bonheur de mon «pays sous celui qui a eu la fermeté, la sagesse de rappeler dans son sein des enfants égarés. Me pourrais-je donc pas jouir de la même faveur, moi qui n'ai rien fait pour cette mère patrie, mais qui réclame son indulgence?
. « Mes titres seront ceux que le gouvernement me vouera; /trop heureux je serai, si je puis conserver le glorieux litre de Français, que je n'ai perdu que depuis que je fus contraint par des fureurs révolutionnaires à l'abandonner. J'ose espérer, citoyen consul, que vous jugerez celte lettre avec cette justice qui forme votre auguste caractère.
« DUMOUIÏIEZ. »
Le premier consul ne daigna pas répondre à cette lettre. 11 avait une haine particulière contre Dumouriez. On sait que des rapports erronés de police ayant signalé la présence du général à Ettenheim, ce fut un des motifs qui exaspérèrent le plus Bonaparte contre l'infortuné duc d'Enghien et amenèrent la catastrophe de Vincennes.
Pendant ce temps, Dumouriez était retiré en Angleterre, où il avait été appelé par le ministère lui-même après la rupture de la paix d'Amiens. Une pension de trente mille francs lui fut assurée et vint s'ajouter à une autre de six mille qu'il recevait déjà de l'empereur François. Il ne cessait de faire des plans de campagne pour la coalition ; tantôt il les adressait au gouvernement anglais, tantôt au gouvernement autrichien. Le 9 septembre 1805, il écrivait à son ancien ami, le général Mack, la lettre suivante.
n Ciinnersburj' Lodge, Aeton, Middleseï par Londres, le 'J septembre t805.
« Je vous ai écrit le 30 avril , mon cher général, une lettre que j'apprends avoir été interceptée et que par conséquent* vous n'avez jamais reçue; je. vous l'avais écrite par une suite <le ma confiance dans notre ancienne amitié, dont Frohberg
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IIISTOIRE DE LA TIÏItliEUIt.
m'avait rapporté les assurances de votre part en revenant de Vienne en Angleterre. J'entrais dans plusieurs détails relatifs à la guerre inévitable .dont je voyais votre maître menacé; je vous mettais au courant des marques de bienveillance qui m'avaient été accordées, il y a quatre ans, par votre auguste souverain, sans que je les eusses sollicitées, mais que je devais à l'estime de Monseigneur l'Archiduc Charles, avec qui j'ai continué depuis plusieurs années par voie tierce une correspondance qu'il a daigné trouver intéressante. Je vous parlais d'un mémoire militaire, que j'ai' envoyé à ce grand homme d'après son désir et dont il a paru content; je vous mandais quelques-unes de mes réflexions sur la manière de conduire la guerre en Italie. En tin mot ma lettre était un épi tome de ma correspondance avec lui. Je m'adressais à votre amitié et votre estime, sur lesquelles je compte fermement, pour vous prier de mettre, .sous les yeux de Sa Majesté Impériale et de son frère, mon désir d'être appelé auprès d'eux dès que la guerre éclaterait. Je vous réitère cette prière comme votre frère d'armes et voire ami. Soyez mon interprète, dites-leur qu'ayant accepté la pension dont l'Empereur m'a honoré, je me suis déclaré son serviteur et son sujet; que c'est un engagement que j'ai pris de lui consacrer mon expérience, mon zèle et ma vie; que, quoique cette pension soit viagère et sans condition, j'ose la regarder comme un engagement mutuel et me croire en droit de réclamer l'emploi des faibles talents qu'il a daigné récompenser par cette faveur; qu'elle deviendrait une disgrâce et que je me croirais obligé d'y renoncer, si j'étais regardé comme un pensionnaire inutile et par conséquent à charge.
« Je conçois que, tant que la guerre n'est pas déclarée, l'Empereur ne peut pas appeler à Vienne un proscrit occupé, depuis deux ans en Angleterre où il a été appelé, à des plans de défensive contre la menace d'une invasion. Mais ma proscription même, mes travaux en Angleterre très-connus de Bonaparte, sa haine personnelle tres-mèritèe de maparl, l'influence de mon nom, qui n'est pas oublié en France cl qui, depuis la mort de Pichegru et l'exil de Moreau, me met seul en opposition avec lai dans l'esprit de l'armée française; toutes ces circonstances réunies présentent d'assez fortes raisons politiques pour m' appeler à Vienne?
NOTES
« 11 n'y a rien de gênant dans la' manière de m'y faire venir. Sa Majesté Impériale peut me donner le grade de feldzetigmeister, que vous aviez vous-même arrangé pour moi en 17Ô3, si elle juge pouvoir m' employer activement dans ses armées, où je pourrais être utile, surtout en Italie, si j'étais chargé de la diversion d'un corps mobile ■partant de la Dalmatie, que je regarde comme le moyen le plus offensif de celle guerre, et sur laquelle depuis plusieurs mois je ne cesse point d'insister dans ma ^-correspondance.
« Ou, si l'Empereur craignait d'exciter la jalousie en m'employant activement et en me donnant le grade dont nous étions ■convenus en 1793, que vous pouvez témoigner que je n'ai refusé alors que par une délicatesseque Monseigneur l'Archiduc ■Charles» le prince de Cobourg et vous avez approuvée alors; il pourrait m'appeler à Vienne, sans aucun grade, en m'accordant la pension viagère, le traitement attaché à ce grade qui est je crois de dix mille florins, que je mangerais dans ses États et ■dans les faubourg de Vienne, à portée de recevoir ses ordres à ■tout moment-. Cette charge ne serait pas longue sur ses finances, puisque j'ai près de 67 ans, mais comme j'ai une vieillesse forte, vigoureuse et sans inconvénients, il pourrait tirer de moi encore quelques années de bons services.
«Je jouis ici d'un traitement de 1,200 liv. st. (12,000 11.), de la confiance et de la considération; ce n'est donc ni par mécontentement, ni par légèreté, que je montre le désir le plus vif d'être appelé à Vienne, mais parce que je me regarde comme le serviteur et le sujet de l'Empereur, et que j'aimerais mieux n'être plus honoré de ses bienfaits que d'être' inutile et à sa charge. Ce n'est donc point une demande frivole que je fais par votre organe, mon cher général , elle n'est pas vague, voici les objets sur lesquels elle porte :
« 1° Pendant que je commandais les Français, j'ai ébauché un système de guerre fondé sur une tactique très-simple, dont la principale force est l'amalgame des cinq armes dont tes armées sont formées, infanterie pesante, infanterie légère, cavalerie pesante, cavalerie légère et artillerie. Je n'ai pas eu le temps, dans deux campagnes rapides et dangereuses, de perfectionner ce système. Cependant, au milieu de la précipitation de ces
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mouvements, légèrement expliqués et mal compris, je suis parvenu à donner aux troupes françaises une supériorité qui les a rendues redoutables à l'Europe. Depuis que je les ai quitlées, j'ai travaillé depuis douze ans plus méthodiquement à ce Système et c'est contre elles que je voudrais qu'il fût employé pour le salut de l'Empire dont je suis le pensionaire et le sujet. '
« Si Monseigneur l'archiduc vous a communiqué mon mémoire militaire du mois de juin 1803, il vous aura suffi poiif;^ voir le développement de mon système, surtout dans la forma- ' tion des années en division et dans leur emploi; en un mot dans toute la seconde pariie. Mais, si on adopte une partie de mon système, il comprend des détails qui demanderaient des volumes et les longueurs d'une iente correspondance'qtie ma présence abrégerait infiniment. Car, en huit jours de travail avec vous, j'aurais levé toutes les objections et avancé l'exécution.
« 2* J'ai des idées assez.vastcs sur la conduite de la guerre d'Italie, par une diversion partant de la Dalmat le, que je regarde comme le pivot de cette guerre et le seul moyen de renverser ce royaume naissant qui renversera la maison d'Autriche ei l'Orient, si on larde à réunir ses efforts. Tous les mémoires sur cet objet ne valent pas deux heures de conversation avec l'Empereur, les archiducs et vous.
« 3° J'insiste encore sur l'utilité morale de mon séjour à Vienne relativement aux Français eux-mêmes, dès le momentoù la guerre sera déclarée.
« Si ces trois motifs, bien présentés par vous, paraissent à l'Empereur et à mon protecteur l'Archiduc d'une utilité assez réelle, pour me rappeler à Vienne dès que la guerre sera commencée, soit avec un gracie qui puisse m' activer, soit à titre de pensionnaire et de sujet, voici, je crois, ce qu'il y a à faire. Vous pouvez m'écrire sous l'enveloppe du comte de Staremberg, ambassadeur de l'Empire, pour me communiquer la volonté et les ordres de mon souverain. En ce cas il faudrait en même temps mander à cet ambassadeur qu'il notifiât mon départ au ministre d'ici : 1° parce que cela mettrait de la confiance, dont on pourrait tirer parti relativement à des combinaisons sur les
NOTES-
coopérations militaires en Italie; 2° parce que je neveux pas quitter, comme un fugitif ou un homme léger et sans conséquence, un pays où je suis traité avec confiance, noblesse et considération. Si on prenait le parti de m'appeler, il serait à souhaiter que ce fût assez tôt dans te mois d'octobre pour que les mers du Nord fussent encore praticables; sans quoi, je serais obligé de faire un très-long détour par la Méditerranée et d'arriver par Trieste.
« Dans tous les cas, quelque parti que prenne Sa Majesté Impériale à mon égard, j'ose exiger de votreamitiésurlaquelle je compte toujours, que vous m'accuserez réception de cette lettre, que je vous prie de regarder comme une preuve du tendre attachement et de la parfaite estime' avec lesquels je serai toute ma vie, mon cher général, votre serviteur et ami.