Décret du 8 mars
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les abus pouvaient aller. Les camps étaient remplis de femmes que des liens plus ou moins légitimes unissaient aux soldats. Aussitôt que l'armée était appelée à faire un mouvement, ses marches se trouvaient embarrassées, ses chariots envahis, ses transports les plus indispensables négligés \
L'élection des officiers avait pu produire de bons résultats au moment où les bataillons s'organisaient pour quitter leurs foyers; l'intrigue n'avait eu qu'une très-faible part dans les nominations, les choix s'étaient généralement arrêtés sur les plus dignes3. Mais, depuis l'entrée en campagne, ce mode de nomination avait fini par devenir un dissolvant très-actif. Souvent ce n'était pas aux plus capables et aux plus braves que . les grades étaient décernés, maïs à ceux qui prêchaient l'indiscipline et promettaient l'impunité3. On avait vu des brevets de capitaine mis aux enchères; la tolérance de la maraude, plus que la conduite au feu, avait été parfois un titre au suffrage des bataillons. Toutes les habitudes des sociétés populaires s'étaient introduites dans les rangs de l'armée. On faisait des motions dans les chambrées et dans les corps de garde, comme au club de la rue Saint-Honoré. Chaque bataillon se cantonnait dans son individualité égoïste, ne s'occupait que de ses besoins, vrais ou factices, sans s'inquiéter de
1, Voir la lettre de Lacroix du 22 mars. Journal des dtibais et décrets, n° 189, p. 344.
2^ Voir t. Il, page 110.
3. Voir le discours de Cumus, Moniteur, n° 83, séance du 22 mars.
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l'approvisionnement général de l'armée. Il n'était pas rare de voir un convoi d'armes, de poudre ou de farine, arrêté ou accaparé par un corps auquel il n'était pas destiné. Tant que l'armée avait marché en avant, on avait cru que le désordre ne durerait qu'un temps trèslimité, et on avait pris patience. Mais lorsqu'elle fut entrée dans ses quartiers d'hiver et qu'il fallut vivre sur un pays où les denrées s'épuisaient ou se cachaient, le mal apparut à découvert et prit bientôt d'immenses proportions *.
Dumouriez vint tout exprès à Paris pour dévoiler au pouvoir exécutif la situation affreuse dans laquelle se trouvaient ses troupes. Il y passa tout le mois de janvier. Mais les mémoires qu'il adressa au conseil exécutif et aux divers comités de la Convention n'eurent d'autre effet que de faire augmenter, par l'Assemblée, l'étendue des pouvoirs dont étaient revêtus les représentants du peuple aux armées2. Il réussit mieux à
1 . Nous avons réuni a la fin de ce volume des lettres confidentielles de Dumouriez, de Beurnonville et de Biron; elles peuvent donner une idée du dénùment auquel se trouvaient réduites les armées françaises au commencement dè 1793.
2, Séance du 26 janvier, voir le Moniteur, n* 25, le Journal des débats et décrelsrna 130. Voici le texte même du décret qui fut rendu à cette occasion sur la proposition de Lacroix : « La Convention autorise ses commissaires à prendre toutes les mesures, même de sûreté
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!)ï HISTOIRE DE LA TERREUR,
faire adopter ses plans de campagne contre Ja Hollande, et surtout à obtenir du pouvoir exécutif le sacrifice d'une grande expédition dans l'Inde, ayant pour but d'occuper l'Angleterre de ses propres périls et de détourner son attention des affaires européennes. Le général en chef de l'armée de Belgique n'eut pas de peine à renverser l'échafaudage de ces projets gigantesques et à démontrer qu'il était impossible d'envoyer assez vite les forces navales indispensables pour surprendre les Anglais et les chasser de leurs possessions asiatiques; que la rareté du numéraire faisait d'ailleurs une loi de consacrer toutes les ressources de la France à la guerre continentale, à la défense de la patrie ' .
générale, que les circonstances rendront nécessaires; leurs délibérations prises ou à prendre seront exécutées provisoirement, à la charge par lesdits commissaires d'envoyer, dans les vingt-quatre heures, copie des arrêtes et délibérations, pour être infirmés ou confirmés par la Convention. »
Malgré l'insistance de plusieurs montagnards, l'Assemblée décida en même temps que les commissaires aux armées continueraient d'être nommés par le bureau, et non au scrutin et par appel nominal. Les démagogues s'élevaient contre ce mode, parce que les fonctions de président el. de secrétaires étaient généralement remplies par leurs rivaux. Lorsqu'ils se furent saisis du pouvoir, ils firent passer au Comité de salut public, dont ils disposaient, le droit do nomination, et ne demandèrent plus que l'on eût recours au mode qu'ils avaient réchimé si vivement quelques mois auparavant.
■I. Nous avons retrouvé le procès-verbal de la séance dans laquelle Dumonriez parvint à faire renoncer le pouvoir exécutif à ses projets sur l'Inde.
« Le Conseil exécutif provisoire étant rassemblé à l'heure accoutumée, le général Dumouriez ayant clé appelé, la discussion s'est êta-
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