‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 11 sur 262 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

La famille royale était toujours aux Feuillants, contrainte de passer ses journées dans la loge du Logographe, ses nuits dans quatre petites chambres de l'ancien couvent. On avait permis, dans les premiers moments, aux femmes de la reine, de madame Elisabeth et des deux enfants , de pénétrer jusqu'aux princesses et de leur offrir les soins auxquels elles étaient accoutumées. Mais, dans la précipitation de leur départ des Tuileries, le roi et les siens n'avaient emporté ou fait emporter ni hardes ni argent; depuis, tout ce qui n'avait pas été pillé avait été mis sous les scellés. La pénurie des augustes captifs devint extrême, il fallut que la tendre piété de quelques amis dévoués vînt leur fournir les objets les plus indispensables.

Un officier des cent-suisses offrit quelques vêtements à Louis XVI. La duchesse de Grammont donna du linge pour la reine et les princesses. La femme de l'ambassadeur d'Angleterre, la comtesse de Gower-Sutherland, dont, le fils avait le même âge que le Dauphin, envoya quelques hardes adaptées à la taille du pauvre enfant. La commisération d'une étrangère vint ainsi en aide au dénûment du 61s de tant de rois. C'est que la moindre marque de sympathie donnée à cette malheureuse famille était déjà une cause de suspicion ; elle devint plus lard un titre de proscription pour celui qui se la permettait ou se l'était permise*.

i. M™ Auguié, l'une des femmes de chambre de la reine, remît, le H août, à Marie-Antoinette, vingt-cinq louis (on avait volé à la reine sa bourse et sa montre dans la traversée de la terrasse des m 2

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Une heure après l'occupation des Tuileries el le massacre des Suisses, la commune insurrectionnelle avait envoyé une députa tîon à l'Assemblée pour demander que Louis XVI fût mis en état d'arrestation. A celte pétition l'Assemblée avait répondu par l'art. 9 du décret rendu sur le rapport de Vergniaud. Cet article prescrivait an département de Paris de donner les ordres nécessaires pour faire, dans les viugt-quatre heures, préparer au Luxembourg un logement où le roi et sa famille seraient mis sous la garde des citoyens et de la loi.

Le département s'empresse d'exécuter les instructions qui lui sont transmises. Mais, au Luxembourg, il trouve

Feuillants à la salle de l'Assemblée). Quinze mois après, lors du procès de l'infortunée princesse, il fut question, à l'audience, de ces vingt-cinq louis. Marie-Antoinpite, sans prévoir le danger auquel elle exposait M"" Auguié, lit connaître par quelle personne et dans quelles ' circonstances ils lui avaient élé remis. (Voir le procès de la reine. Histoire parlementaire de Bûchez et lîoux, t. XXIX, p. 37C; par une faute d'impression, le nom d' Auguié est défiguré, il est écrit Auguel.) Celle preuve de dévouement coûta la vie à l'infortunée M"" Auguié. Le Comité de sûreté générale lança contre elle un mandat d'amener; mais au moment où on venait l'arrêter, elle se précipita par la fenêtre de son appartement et se tua. L'une des filles de Mme Auguié épousa dis ans aprèâ le maréchal Ney. La restauration ne parut pas se souvenir du dévouement et de la mort de la mère de la maréchale, car les dédains que celle-ci essuya en 1814 à la cour de Louis XVIII ne. contribuèrent pas peu, dit-on, à exaspérer sourdement l'âme bouillante du prince de la Moskowa, et à le jeter dans l'effroyable abîme ouvert par sa proclamation de Lons-le-Saulnier. Le frère de Louis XVI et la fiiie de Marie-Antoinette auraient du, en 1816, se rappeler loulcs ces circonstances; le héros de la campagne do Russie, quelque coupable qu'il pût ôtre, ne serait pas tombé sous des balles françaises.

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LrVRE rx.

les scellés qui y ont été apposés au moment du départ du comte de Provence (20 juin 1791) . L'Assemblée n'en a pas plutôt autorisé la levée qu'une nouvelle difficulté se présente, suscitée sous main par la commune. La section des Quatre-Nations vient dénoncer l'existence de souterrains sous le Luxembourg. Pendant qu'un nouveau décret ordonne la vérification du fait, la commune, qui tient essentiellement à ce que le décret du 10 reste inexécuté, propose tour à tour l'abbaye Saint- Antoine, l'Evêché, te Temple, et fixe enfin son choix sur ce dernier monument, que la captivité de Louis XVI et de sa famille devait rendre si célèbre. Elle envoie l'entrepreneur-patriote Pailoy en visiter les tours, avec trois municipaux, Paris, Lefèvre et Martin, qu'elle charge, d'ores et déjà, d'y conduire le roi. En réponse à l'arrêté plus que prématuré que viennent de prendre les dominateurs de l'Hôtel-de-Vilie, la commission extraordinaire présente, le 12 au matin, un rapport dans lequel elle établit « que la proposition de la commune doit être rejetée, parce que l'évasion est aussi facile au Temple qu'au Luxembourg. L'hôtel du ministre de la justice, place Vendôme, conviendrait beaucoup mieux pour l'habitation royale. « En conséquence, il est décrété que le roi et sa famille seront transférés au ministère de la justice, qu'il leur sera donné une garde sous les ordres et la surveillance du maire et du commandant général; enfin, que jusqu'à la réunion de la Convention , 500,000 fr. seront affectés à la dépense de la maison du roi.

Le décret est formel. Mais la commune ne se tient pas pour battue. Manuel et Pétion accourent à la barre, envi-

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ronnés d'une nombreuse députation. Le procureur syndic déclare quela municipalité ne peut répondre de la sûreté du roi nulle part ailleurs qu'au Temple « isolé et entouré de hautes murailles. » Pétion, accoutumé à prêter son appui à tout ce qu'avance son ami et son confident, confirme ce qu'a dit Manuel, et, de guerre lasse, la représentation nationale subit la honte de revenir avant la lin de la journée sur ce qu'elle a solennellement décrété le matin.

Son nouveau décret « confie la garde du roi et de sa famille aux vertus descitoyens de Paris ». Seulement, par un reste de pudeur et pour ne pas avoir l'air d'obéir aux ordres de la commune, on n'y nomme pas le Temple; on se contente de charger les représentants de la municipalité de pourvoir sans délai et sous leur responsabilité au logement de la famille royale; on leur ordonne de prendre toutes les mesures de sûreté que la sagesse et l'intérêt national pourraient exiger.

La commune se hâte de célébrer son triomphe en faisant afficher dans tout Paris l'adresse que ses commissaires ont présentée à l'Assemblée nationale et le décret que l'Assemblée s'est laissé arracher.

Dans la soirée du 13 août s'effectue la translation de la famille royale des Feuillants au Temple. Deux voitures de la Cour servent a ce triste voyage. Comme au retour de Varennes, Pétion monte dans le carrosse royal ; mais Barnave n'est plus là. Quinze mois auparavant, le roi n'était encore que moralement prisonnier; aujourd'hui, il n'y a plus de doute ni d'illusion possibles. Le cortège royal, en rentrant à Paris, avait été accueilli, le 25 juin

1791, par un profond el douloureux silence; le 13 août

1792, il est accompagné par les vociférations et les hurlements d'une populace en délire.

Au Temple, les augustes prisonniers sont reçus avec une insolence calculée par les délégués municipaux ; on les dépose provisoirement dans quelques pièces démeublées de la petite tour, qui servaient autrefois au logement du garde des archives de l'ordre de Malte4.

Le soir, les commissaires de la commune reparaissent à la barre de l'Assemblée et annoncent « qu'ils ont procura à Louis XVI et à sa famille tous les égards dus au malheur et surtout à un roi, et qu'ils ont, de concert avec lui, donné tous les ordres nécessaires pour qu'il soit convenablement et commodément logé. »

Ainsi on conservait encore dans le langage officiel des formes qui n'étaient plus observées en réalité ; mais l'Assemblée, ainsi que la commune, ne (levait pas larder à se corriger de ces condescendances apparentes.

Depuis plusieurs mois, la commission extraordinaire avait été chargée d'élaborer une loi dite de police géné-

1. Nous renvoyons, pour tous ies autres détails relatifs aux premiers jours de la captivité de la famille royale soit aux Feuillants soit au Temple, à l'ouvrage si intéressant et si pathétique que M. de Beauchesne a consacré à la mémoire de Louis XVII. Nous croyons devoir nous borner à donner, a la fin de ce volume, plusieurs pièces officielles qui complètent les renseignements recueillis parfil.de Beauchesne.

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raie, dont te but avoué était d'ôter la police politique des mains des juges cle paix, suspects de royalisme, pour la transférer aux municipalités qui paraissaient plus disposées à entrer dans les voies révolutionnaires. Déjà le rapporteur Gensooné en avait fait adopter plusieurs articles dans les premiers jours d'août. Le 14, on se hâta de voter les autres.

L'art. I de la nouvelle loi confiait aux corps municipaux la recherche des crimes contre la sûreté extérieure et intérieure de l'État. L'art. II invitait les citoyens à dénoncer les conspirateurs et suspects. L'art. III donnait aux officiers municipaux le pouvoir de s'assurer du corps du délit et de la personne des prévenus, s'il y avait lieu. En vertu de l'art. VIII, « tout dépositaire de la force publique, et même tout citoyen actif, pouvaient cqnduire devant la municipalité un homme fortement soupçonné d'être coupable d'un délit contre la sûreté générale, sauf la responsabilité que le magistrat et le simple citoyen encourraient dans le cas où ils auraient agi méchamment ou par envie de nuire.

Les municipalités étaient, il est vrai, tenues de faire passer, dans les vingt-quatre heures, aux conseils de district, les pièces, procès- ver baux ou interrogatoires, à l'appui des mandats lancés contre les citoyens. Ces pièces devaient être transmises par les districts aux départements et, par ceux-ci, au corps législatif. Mais qui ne voit à quelles lenteurs interminables était assujettie, en fait, cette transmission de pièces souvent volumineuses, qui, après avoirété examinées à chaque degré de la hiérarchie administrative, devaient en définitive s'enfouir dans les

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