LIVRE IX
cartons de l'Assemblée? En réalité c'était abandonner la liberté et quelquefois la vie des citoyens à l'arbitraire des préventions aveugles, à la violence des baines privées.
Si l'application d'une pareille loi était redoutable partout, elle ne pouvait qu'être désastreuse à Paris, où elle allait être confiée à une municipalité qui , n'ayant, pour se perpétuer, d'autre titre que son audace, devait, par cela même, user et abuser de tous les pouvoirs extraordinaires remis entre ses mains. La fatale loi était à peine rendue que ceux mêmes qui en avaient été les promoteurs s'aperçurent de quelle force ils venaient d'armer la commune de Paris. Mais ils se prirent à espérer que tout pourrait encore être réparé, s'ils parvenaient à rendre quelque vie au corps intermédiaire que le législateur de 1791 avait placé au-dessus des municipalités pour surveiller leurs actes, c'est-à-dire au conseil de département. Par malheur, l'Assemblée avait elle-même fortement contribué à saper l'autorité de ce corps, lorsque celui-ci, ayant à sa tète le vénérable duc de la Rochefoucauld , était entré en lutte avec la municipalité.
Pour rendre au département de Paris une force nouvelle, on pensa qu'il fallait en retremper les éléments dans une élection populaire. On espérait atténuer ainsi les conséquences du discrédit moral dont on avait frappé ce corps intermédiaire et les dangers de la loi qu'on venait de voter si inconsidérément. Mais à quoi servent les palliatifs de cette espèce?
L'expérience de nos soixante-dix années de révolution ne l'a que trop souvent démontré. Au nom du salut public,
24 t HISTOIRE DE LA TERREUR.
on improvise des lois on même des constitutions qui attribuent à un homme ou à un corps des pouvoirs exorbitants. On a soin, il est vrai, d'entourer l'exercice de ces pouvoirs de conditions accessoires qui doivent, dit-on, en neutraliser tous les périls; mais, une fois la loi rendue, la constitution adoptée, les habiles trouvent moyen de faire, d'une manière ou d'une autre, disparaître ces conditions accessoires, ces fameux palliatifs, dans l'efficacité desquels les législateurs ingénus avaient mis toute leur confiance. Les dispositions principales restent seules et deviennent un bel et bon instrument de tyrannie. C'est ce qui arriva dans cette circonstance.
Pour la formation du nouveau conseil de département l'élection à deux degrés était supprimée. Chacune des quarante-huit sections parisiennes et chaGun des seize cantons ruraux devait élire directement un administrateur départemental.
Une autorité, à laquelle ils seraient obligés de rendre compte des arrestations en masse journellement opérées, ne pouvait convenir aux dictateurs de ]'Hôtel-de-Ville. .Elledevait être, il est vrai, nommée au moins en grande partie par les sections qu'ils inspiraient et dominaient, et n'exercer sur leurs actes qu'une surveillance illusoire. N'importe! en droit, si ce n'est en fait, un contrôle était rétabli , et la commune insurrectionnelle entendait rester souveraine absolue. Sans hé-