‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 111 sur 262 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

6acre, en font sortir ceux qui s'y trouvent et les égorgent.

Les malheureux prêtres sont successivement tirés des autres voitures. Les uns sont blessés et mourants; on les achève; d'autres sont couverts du saug de leurs compagnons qui a jailli sur eux, mais ils n'ont pas reçu d'atteintes graves; ils essaient de fuir, on leur barre le passage; Us sont atteints, ramenés au pied du perron et immolés sur les cadavres qui l'encombrent déjà. Trois ou quatre, et notamment l'abbé Sicard, réussissent à pénétrer dans la salle du comité civil de la section; ils se précipitent dans les bras des citoyens qui y siègent en s* écriant : — « Sauvez-nous! sauvez-nous! »

La peur rend égoïste et cruel. « Allez-vous-en ! » répondent à ces malheureux les membres du comité;

l'époque, même ceux qui font l'apologie des massacres ou cherchentk les justifier, n'y font aucune allusion. Le simple bon sens so refuse à admettre celte version. Est-il supposable qu'un malheureux prisonnier résiste et frappe, lorsqu'il sait que toute résistance est impossible, que toute voie de fait peut être suivie de terribles représailles? Estil surtout supposable qu'un homme, quel qu'il soit, un prêtre surtout, se laisse entraîner a un acte décolère absurde, alors qu'il se voit entouré de furieux vomissant contre lui des torrents d'injures? On pourrait tout au plus ad mettre' que, pour écarter une pique ou un sabre dirigé de trop près contre son visage, ou pour ramener à lui la portière de la voiture, l'un des prisonniers ait fait un geste inoffensif avec sa canne. Mais il faut avoir l'esprit par trop prévenu en faveur des massacreurs pour voir dans ce geste, si même il a été fait, une excuse, quelque minime qu'elle soit, à ces affreux assassinats.

Un historien avec lequel nous sommes souventen désaccord, M- Michèle!, a décrit admirablement cette épouvantable scène, p. 139 du t. IV de son Histoire de la Révolution.

« voulez-vous nous faire égorger? » Par bonheur on reconnaît l'abbé Sicard, oa le laisse entrer avec sescompagûons, oa promet de les garder aussi longtemps que l'ou pourra.

Maïs une femme qui a vu les prêtres s'introduire au comité court les dénoncer aux égorgeurs. Ceux-ci ayant achevé leur besogne dans la cour, viennent les réclamer. Gomme leurs hôtes ne portent pas le costume ecclésiastique, les commissaires espèrent qu'ils resteront confondus au milieu d'eux. Par malheur, un des prêtres est reconnu, saisi par les cheveux , renversé, tué sur place à coups de piques. Sicard va être massacré à son lour, lorsque l'horloger Monnot, un des membres du comité, se précipite entre la victime et les assassins, et s'écrie : a Voilà la poitrine par où il faudra passer pour arriver à celle-là ; c'est l'abbé Sicard, un des hommes les plus utiles à son pays, le père des sourds-muets! » Sicard est sauvé. Deux de ses compagnons le sont aussi grâce à la ruse ingénieuse des membres du comité, qui les font asseoir à la table où ils délibèrent sur les affaires de la section.

A peine le massacre des prêtres amenés de la mairie est-il achevé, qu'une voix se fait entendre : « Il n'y a plus rien à faire ici; allons aux Carmes! » Celait là qu'étaient renfermés les principaux ecclésiastiques mis en arrestation par le comité de surveillance.

Le matin, le démagogue Joaehini Ceyrat1, depuis le

1. C'était sous sa présidente, et avec son appui déclaré, qu'avait été f.rlojitée, le malin même, dans lu section du Luxembourg la motion s.i ljulii in' dont nuus avons donné lo texte- plus haut, page 218,

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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