LIVRE Xï
la poche d'un Suisse renfermé à V Abbaye et qui a été immolé. »
Bien de plus.
A la demande de renseignements formulée par la commission de l'Assemblée législative, la municipalité répond en envoyant quatre commissaires, Truchon, Duval- Destain, Tallien et Guiraut, « chargés de l'instruire de l'état des choses, et de se concerter avec elle sur les mesures à prendre dans les circonstances1. »
Les délégués de la commune arrivent dans la salle du Manège vers deux heures et demie du matin. A la lueur blafarde de quelques lampes, en présence d'un petit nombre de membres épars sur les bancs sombres et déserts, ils débitent successivement leurs sinistres rapports. « La plupart des prisons sont maintenant vides, dit Truchon ; environ quatre cents prisonniers ont péri, on a fait sortir les prisonniers pour dettes et quelques femmes. » — « On s'est d'abord porté à l'Abbaye, ajoute Tallien ; le peuple a demandé aù gardien les registres. Les prisonniers détenus pour l'affaire du 10 et pour cause de fabrication de faux assignats ont péri sur-le-cbamp ; onze seulement ont été sauvés. La commune, par l'organe de ses magistrats, a fait tous ses efforts pour faire entendre la voix de l'humanité, mais ses efforts ont été impuissants. On a donné au commandant général l'ordre de faire transporter aux diverses prisons des détachements de la force armée, mais le service des barrières
■I. Procès-verbal de la commune. Histoire parlementaire,, t. XVII, ' p. 368.
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exige un si grand nombre d'hommes qu'il ne reste point assez de monde pour assurer complètement le bon ordre. »
Pitoyable excuse! comme si, de tous les services, le plus urgent n'était pas la garde des prisons , au moment môme où elles étaient envahies par des bandes d'assassins!
Guiraut ajoute le dernier trait aux récits de ses collègues en signalant un fait important, suivant lui, pour l'honneur du peuple :
« C'est que le peuple avait organisé un tribunal composé de douze hommes, et que, d'après l'écrou et d'après quelques questions faites au prisonnier, les juges apposaient les mains sur sa tête (sic) et disaient : Croyezvous que dans votre conscience nous puissions élargir M. .....? Ce mot élargir était la condamnation. Quand
on disait oui, l'accusé était relâché en apparence et il était aussitôt précipité sur les piques1. S'il était jugé innocent, les cris de : Vive la nation! se faisaient entendre et on rendait à l'accusé sa liberté. »
Que l'historien puisse et doive maîtriser son émotion en racontant des faits depuis de longues années accomplis, et sur lesquels il appelle le jugement de la postérité, cela se conçoit; mais qu'au moment même où Ton tue et où les tueurs se livrent à la sacrilège parodie de toutes
I. Nous copions la minute du procès-verbal de l'Assemblée législative. Le Moniteur porte : l'accusé était lâché et il allait se précipiter sur les piques. Notre version est la vraie. Ces mots en apparence méritent bien d'être conservés; ils ajoutent, s'il est possible, à l'horreur d'un pareil récit.
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