‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 128 sur 262 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

On appela d'abord les prisonniers que l'on n'estimait pas utile de sacrifier ; on tes fit comparaître devant une espèce de commission presque entièrement composée d'officiers municipaux, La Force étant très -rapprochée de l'Hôtel de Ville, les membres de la commune y marquèrent beaucoup plus leur action qu'à l'Abbaye- On y vit successivement apparaître, revêtus de l'écharpe municipale etydonnerdes ordres, Monneuse,Dangé, Michonis, James» Marino, Lesguillon, Hébert, Lhuillier, Rossignol, Truchon, Duval-Destain.

Les prisonniers à épargner furent mis en dépôt dans la petite église Saînte-Catherine-de-Ia-Couture; on leur fit prendre l'obligation de s'enrôler et de partir le jour même pour l'armée. Ainsi ceux que leur incivisme prétendu avait rendus suspects, allaient combattre à la frontière, et ceux qui les accusaient de pactiser avec l'étranger, restaient à Paris , se contentant d'égorger des malheureux saus défense et de recevoir le salaire de leurs forfaits. C'était inoins dangereux et plus lucratif.

Ces préparatifs achevés, on procéda à l'installation du tribunal qui devait être censé exercer la justice du peuple.

Le tribunal de la Force ne fut pas, comme celui de l'Abbaye, présidé pendant tout le massacre par un seul et même individu; Hébert, Mouneuse, Rossignol, un individu boiteux, du nom de Chépy, peut-être plusieurs autres encore, occupèrent successivement le fauteuil.

Ce fut encore parmi les scribes du ruisseau que l'on alla chercher le misérable qui consentit à faire l'office de ministère public. Un ancien huissier au Châtelet, nommé

Chantrot. lisait à haute voix les écrous et faisait comparaître devant les juges improvisés les malheureux prisonniers *.

A la Force se trouvaient Rulhières, ex-commandant de la garde à cheval de Paris, et Baudin de La Chesnaye, un des chefs de légion de la garde nationale parisienne, celui-là même qui avait commandé, le 10 août, aux Tuileries, après le départ et l'assassinat de Mandat.

A deux heures du matin la portede la chambre où étaient ces deux prisonniers s'ouvre avec fracas; six hommes à piques sepresententetdemandentM.de Rulhières. Celuici, qui était couché, se lève sur son séant et répond à cet appel.

Un officier municipal prend la parole, et élevant la voix de manière à être entendu des hommes armés qui l'accompagnent et dont les guichetiers peuvent à peine contenir l'impatiente fureur :

« Vous êtes accusé, M. de Rulhières, d'être un des conspirateurs du 40 août; je viens vous dire de

A. Voir à la fin du volume le résumé du président du tribunal criminel, à la fin du procès des septembriseurs. Nous avons également consulté dans cette procédure les dépositions des sieurs Desprez, Bailly et Bertrand, gardiens de la Force, du sieur Itichelot, greffier de la même prison. Dnns son interrogatoire, Chantrot fut obligé do reconnaître qu'il avait lu les écrous à haute voix, et Monneusc qu'il était resté à la Force, depuis le 3 vers deux heures de l'après-midi jusqu'au 6, époque où finit ce qu'il appelle lui-même «l'examen des prisonniers.»

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