LIVRE IX
siter, sans perdre un instant, elle envoie des commissaires aux quarante-huit sections pour les inviter fraternellement à suspendre les nominations qu'elles s'apprêtaient à faire conformément à la nouvelle loi. En même temps, elle charge une députation conduite par Robespierre de faire savoir aux' représentants du peuple que le dernier décret qu'ils ont rendu déplaît aux sauveurs de la patrie, et qu'ils aient à le retirer.
« Le conseil général de la commune, dit l'insolent démagogue, nous envoie vers vous pour un objet qui intéresse le salut public. Après le grand acte par lequel le peuple souverain vient de conquérir sa liberté, il ne peut plus exister d'intermédiaire entre le peuple et vous. Le peuple, forcé de veiller à son propre salut, a pourvu à sa sûreté par ses délégués. Obligés à déployer les mesures les plus vigoureuses pour sauver l'État, il faut que ceux qu'il a choisis lui-même pour ses magistrats aient toute la plénitude de pouvoir qui convient au souverain; si vous créez un autre pouvoir qui domine ou balance l'autorité des délégués immédiats du peuple, alors la force populaire ne sera plus une, et il existera dans la machine de votre gouvernement un germe éternel de division qui fera encore concevoir aux ennemis de la liberté de coupables espérances. Il faudra que le peuple, pour se délivrer de cette puissance destructive de la souveraineté, s'arme encore une fois de la vengeance !...
« Quand le peuple a sauvé la patrie, quand vous avez ordonné une Convention nationale qui doit vous remplacer, qu'avez-vous autre chose à faire qu'à satisfaire son vœu ? Craignez-vous de vous reposer sur la sagesse
du peuple, qui veille sur le salut de la patrie, qui ne peut être sauvée que par lui? Conservez-nous les moyens de sauver la liberté; c'est ainsi que vous partagerez la gloire des héros conjurés pour le bonheur de l'humanité; c'est ainsi que, près de finir votre carrière, vous emporterez avec vous les bénédictions d'un peuple libre..... »
A ces paroles menaçantes, les tribunes applaudissent, les représentants se taisent. Thuriot, demande formellement qu'afin de rétablir l'harmonie entre la représentation nationale et la commune de Paris, le décret, rendu le matin, soit immédiatement rapporté- Lacroix propose un moyen terme qui, suivant lui, semble tout concilier. « Il suffit, dit-il, que le Directoire du département n'exerce sa surveillance sur les actes de la municipalité qu'en ce qui concerne les contributions publiques, le séquestre des biens des émigrés, les domaines nationaux et autres objets d'administration générale. »
Si le fond était complètement abandonné, la forme était au moins respectée, c'est tout ce que voulait la pusillanime Assemblée, qui adopte sans mot dire la proposition de Lacroix. Sera-ce le dernier sacrifice demandé à sa dignité, à ses convictions, à sa conscience? Non, car une fois engagé dans cette voie, jamais celui qui sent sa force ne se lasse d'exiger; jamais celui qui avoue sa faiblesse ne se lasse de céder 1 .
4. Il nous parait indispensable de mettre sous les yeux de nos lecteurs te texte même de la loi du 13 août, qui donne la mesure de l'abaissement dans lequel élait tombée la Législative devant sa toute-
L'Assemblée avait décrété, comme nous l'avons vu, la formation d'une Cour martiale pour juger les auteurs de ce qu'on appelait les crimes du 10 août. Mais cette Cour n'était évidemment compétente que pour connaître des actes qui se rattachaient d'une manière intime et directe aux. faits militaires de cette journée. L'Assemblée l'avait si bien compris ainsi que, le 13, elle renvoyait devant la haute Cour d'Orléans Barnave, Alexandre Lameth et les anciens ministres Duportail % Duport-
puissante rivale. On croirait, en en lisant les considérants, qu'elle a été rédigée par Robespierre lui-même.
« L'Assemblée nationale, considérant qu'il est indispensable dans m les circonstances actuelles de simplifier la marche ordinaire des « corps administratifs de la capitale, de débarrasser celle des repré- « sentants de la commune de Paris de toutes le3 entraves qui peuvent « suspendreou retarder l'exécution des mesures, dont la célérité seule a peut produire l'effet qu'on en attend, décrète qu'il y a urgence.
« L'Assemblée nationale, après avoir décrété l'urgence, décrète que a l'administralïon du département de Paris cessera d'exercer sur tous a les actes de Sûreté générale et de police, faits par les représentants « de la commune de Paris la surveillance qui lui est attribuée, et qu'à « l'avenir, pour ces objets, les représentants de la commune de Paris « correspondront directement, tant avec les corps législatifs qu'avec le « pouvoir exécutif. »
i. Nous avons retrouvé une lettre écrite par Duportail au moment même où il venait d'apprendre que l'Assemblée législative l'avait mis en accusation. Cette lettre montre trop bien avec quelle résolution sereine et mftme enjouée certains hommes acceptaient les redou-
Du tertre, Bertrand de Molle-ville, Montmorin et Tarbé, que semblaient inculper certains papiers trouvés dans le secrétaire de Louis XVI, etdontGohier fit publiquement la lecture.
Le ministre de la guerre, ou plutôt ëlavière, ministre des finances, qui, en l'absence de Servan, tenait l'intérim,
doutables conditions de celle époque pour que nous n'en donnions pas à nos lecteurs les principaux fragments.
s Paris, le 2-2 au tu.
« Tu auras sans doute été bien surpris, mon cher ami, de me voir décréter d'accusation par l'Assemblée ; je ne l'ai pas été moins que loi, et je suis encore à chercher ce qui peut y avoir donné lieu... L 'Assemblée a, dit-on , pris celte résolution sur un mémoire trouvé dans les Tuileries, par lequel il paraît que les ministres, joints à des membres ïnGuents de l'Assemblée nationale, avaienl des intelligences avec les émigrés ou travaillaient contre la Constitution, etc. Il semble que la première chose que l'Assemblée eût à faire était de faire comparaître les es-ministres et de voir s'ils reconnaissaient le mémoire, s'il était signé d'eux, etc. Alors, quand on en serait* venu à moi, je leur aurais apprisque j'ignorais parfaitement tous ces faits, que je n'ai eu aucune espèce de part à aucun travail, aucun plan de l'espèce indiquée, que, s'il y a eu des conférences sur ces objets, je n'en ai jamais été. Je les aurais défiés de trouver jamais un mot de mon écriture ou signé de moi, qui confirmât leurs soupçons, et j'aurais défié qui que ce fût de m'inculper de cette manière avec quelque ombre de vraisemblance. Ils auraient apparemment trouvé alors qu'il n'y avait pas lieu à accusation ; mais il était bien plus court d& trancher ainsi qu'ils l'ont fait
Si je dois être jugé et que je le sois par un tribunal éclairé, équitable et libre, je n'ai rien à craindre. Je sortirai même avec honneur de cette épreuve... Si mon sort vient à dépendre d'un tribunal tout différent, eh bien I il faut considérer cet accident comme d'être massacré par des brigands on court ce danger dans les forêts, cela
n'empêche pas de voyager gaiement-
source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France