LIVRE XII
seil général arrête : qu'ils seront consignés, et que les scellés seront apposés sur leurs papiers et effets, afin de mettre la commission des prisons à portée d'examiner leur conduite et d'en rendre compte au conseil général qui statuera définitivement1. »
L'Assemblée législative se montre presque aussi indifférente que le conseil général de la commune. Elle entend, dès l'ouverture de la séance (dix heures du matin), la lecture du procès-verbal dressé par ceux des commissaires qui ont passé la nuit et ont reçu les étranges communications de Tallien, Guîraut et Truchon. Elle se fait lire une lettre de Pétion transmise par le ministre de l'intérieur, et dans laquelle le maire de Paris annonce qu'il u'a appris les événements de la nuit qu'au moment où il n'y avait plus de remède. Sur cette lettre, non plus que sur le rapport de la commission de permanence, aucune discussion ne s'engage, aucune résolution n'est prise; durant quatre heures, la représentation nationale accepte des dons patriotiques, reçoit des députations et n'a pas l'air de se douter qu'elleait à faire la moindre démarche, à décréter la moindre mesure afin d'arrêter le sang qui coule.
Cependant elle ne peut ignorer ce qui se passe, puis-
4. Voir YHisloire parlementaire de Bûchez et Roux, t. XVII, p. 335.
II ne fut donné aucune suite à toutes ces plaintes, qui, évidemment, n'avaient été faites, le 3, que pour les besoins de la ciuse. Les concierges des prisons furent tous réintégrés dans leurs fonctions quelques jours après les massacres. Nous les voyons signer les listes mortuaires qui, pour être tant soit peu exactes, ne pouvaient être faîtes qu'avec leur concours.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Il tS E'OI i; E DE LA TIÎKRKUK.
qu'on lui amène un de ses membres, Jouneau, détenu à. l'Abbaye par son ordre, pour avoir, à la suite d'une altercalion, frappé le Girondin Grangeneuve. JotiDeau ayant écrit à l'un de ses amis pour l'avertir du danger pressant qu'il courait, ses collègues l'avaient, par un décret spécial, rappelé au milieu d'eux1. Il arrive accompagné d'une douzaine de personnes qui lui ont servi d'escorte. « Avec votre décret sur la poitrine» dit-il, je suis sorti de prison au milieu des acclamations du peuple; ces citoyens m'ont accompagné avec le plus grand empressement, leur zèle atteste le respect qu'on a pour vos décrets. ■>
L'Assemblée ne comprend pas l'appel indirect qui lui est fait au nom de l'humanité ; s'il est vrai qu'on la respecte encore, c'est le moment pour elle d'intervenir au nom de la justice et de déclarer solennellement que tous les prisonniers sont sous sa sauvegarde. Mais le peut-
1. Certains historiens font honneur de l'acquittement de Jouneau à Maillard, qui aurait envoyé une dépulatioti à l'Assemblée pour savoir si elle le reconnaissait encore comme un de ses membres. Les choses ne se passèrent pas ainsi, ce fut Jouneau qui écrivit au député Lacoste (de la Charente-Inférieure), le billet suivant dont nous avons retrouvé l'original écrit d'une main ferme et assurée, quoique depuis vingt heures le signalaire entendît le3 cris des victimes qu'on égorgeait ii quelques pas de lui ;
i Lundi, midi. .
» Mon cher collègue, le brave canonnicr qui vous remettra cette lettre m'a dit que si j'étais réclamé de l'Assemblée nationale, je ne courrais pas le moindre risque dans le moment actuel. Faites tout de Suite ce que votre prudi'nceet votre amitié vous engageront. J'attends tout de votre zèle et de la sagesse de l'Assemblée nationale.
« Jean-Joseph Jouneau. »
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