VI II
Les sicairesdu comité de surveillance égorgeaient les prisonniers de la Conciergerie dans la grande cour du palais, au pied même du grand escalier1. Les bourreaux osèrent le franchir el violer le sanctuaire où depuis plus de cinq siècles la justice est rendue dans la capitale de la France.
l'héroïque dévouement de Sa fille. Traduit, moins de deux ans après, devant le tribunal révolutionnaire, le 22 prairial an n (40 juin 179:1), il fut condamné à mort et exécuté le même jour. La fille du vieil officier n'était plus aux cotés de son père pour attendrir les bourreaux: qui siégeaient à la grande salle du Palais de Justice et qui étaient encore plus impitoyables que les acolytes de Maillard. Mliede Sombreuil épousa M. de Villelume, qui fut longtemps gouverneur de la succursale des Invalides à Avignon ; elle mourut dans cette ville. Lorsque celte succursale l'ut supprimée, le cœur de M""' de Villelume, qui avait été déposé dans la chapelle de l'établissement, fut rapporté à Paris dans l'hôtel des Invalides par les braves qui en avaient la garde. Ce cœur qui h'.hÏi battu si fortement le % septembre 1792, ce cœur qui, par un effort héroïque, ne s'élait pas soulevé à la vue de l'affreux breuvage, e-l conservé précieusemant dans cet asile du courage.
1. Voir les Révolutions de Paris, numéro du 8 septembre 17'Jï, p. 42.1.
ut 19
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
290 HISTOIRE DE LA T F, RRli U R.
Le tribunal du 17 août était occupé à instruire le procès de Bachman, major du régiment des gardes suisses. Les débats avaient été longs et animés; le prévenu protestai ta chaque instant contre la compétence du tribunal, n qui ne pouvait, disait-il, juger des militaires protégés par des capitulations internationales1. » Au moment où l'audience tirait à sa fin, une bande armée de sabres et de piques envahit la salle et demande qu'on lui livre l'accusé. Les juges pâlissent sur leur siège; Bachman se contente de jeter un regard de mépris sur les assassins. Le président du tribunal, Mathieu, les supplie de ne pas disputer le prévenu au bourreau officiel. Comptant sur celte promesse ils se retirent, et quelques heures après, l'accusé, déclaré coupable de trahison envers la nation française, était guillotiné en face du palais des Tuileries qu'il avait juré de défendre, et dont il n'avait pas dépendu de lui, le 10 août, de prévenir l'abandon 2.
Les assassins qui n'avaient pu l'égorger de leurs propres mains se vengèrent quelques instants après en massacrant au pied de l'escalier du palais les autres olïi-
1. Nous consacrons a la fin de ce volume une note détaillée au procès Bachman ut nous reproduisons le déclinatoîre qu'il proposa en son nom et au nom de tous ses camarades.
2. A l'occasion de la mort de Hacliman, M. Michelet a bien raison de s'écrier : Rien, dans ces jours effroyables, ne fut plus hideux que ce rapprochement, ce mélange de la justice régulière et de la juslice sommaire, ce spectacle de voir les juges, tremblants sur leurs sièges, continuer au tribunal des formalités inutiles, presser un vain simulacre de procès, lorsque l'accusé ne gardait nulle chance que d'être massacré le jour ou guillotiné le lendemain. » [Histoire de laRévolu~ lion.,1. IV, p. 155.)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France