LIVRE XII. SÔfl
ciers suisses qui se trouvaient à la Conciergerie, attendant leur jugement. Le procès de Bachman avait obligé le tribunal à examiner des questions de compétence assez délicates; le ministre de la justice, auquel il avait fallu soumettre les difficultés, car elles pouvaient se représenter, les trancha à sa manière : par le massacre.
La Conciergerie renfermait un grand nombre de femmes: elles furent toutes relâchées, à l'exception d'une seule, qui s'appelait Marie Gredeler, bouquetière au Palais-Royal, et dont le crime avait acquis une certaine célébrité. Dans un accès de jalousie elle avait mutilé son amant, garde française; et, par jugement du tribunal criminel, elle avait été condamnée à être pendue devant la porte de la caserne de la rue Verte. La sentence, cassée pour vice de forme, avait été confirmée, mais, nous ne savons par quelles circonstances, n'avait pas encore reçu son exécution.
Les assassins commirent sur cette malheureuse femme les plus horribles cruautés1. Parmi eux se trouvaient probablement d'anciens gardes françaises, car ceux de ces gardes qui n'avaient pas voulu reprendre du service
1. On peut lire les détails de la mort de cette mal heureuse dans YHisloire de la Révolution française, par M. Michelet, t. IV, p. 171. Voir aussi Prud'homme, Révolutions de Paris^ nn du 8 septembre 1 "92.
I! ne nous est pas possible de relever une à une les erreur.- dans lesquels est tombé M. Louis Blanc, dans son Histoire de la Révolution française, mais nous sommes oliligés de faire remarquer ici l'insistance avec laquelle il nie la mort de la bouquetière et l'injustice qu'il commet envers M. Michelet en lui reprochant, à diverses reprises, d'avoir ajouté foi à une pareille fable. ( Voir les pages 181 , 201 et "209, t. Vit.) S'il n'a pu, comme nous, manier Je registre
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m HISTOIRE DE LA TERftEUH.
s'étaient fait incorporer dans les compagnies soldées par la commune et vivaient dans les bouges de la capitale, façonnant leurs compagnons de débauche aux horreurs impitoyables qui accompagnent d'ordinaire le sac d'une ville ennemie.
Lorsque les commissaires de la municipalité avaient paru à la barre de l'Assemblée dans la nuit du 2 au 3 septembre, ils avaient annoncé « que les prisonniers de Bicêtre s'étaient révoltés et que l'on avait été obligé de marchercontre eux avec sept pièces de canons. » On était venu également annoncer au conseil général de la Commune, au commencement de la séance du 3 au matin,
déposé à l'Hôtel do Vilk, contenant la liste des individus massacrés à l<i Conciergerie, et dans lequel il aurait pu lire : h 'l'ouïes les femmes ont été mises en libellé; lit bmiquotière seule a péri. Signé, Richard, concierge, et Lelellier, commissaire, « il avait au moins à sa disposition non-seuh ment le numéro dit 8 septembre de Prud'homme, mais encore le n° Si du bulletin <lu tribunal révolutionnaire, si souvent ri té par lui-même, et dans lequel on lit ; « Parmi les premiers immolés par la justice du peuple a la Conciergerie, se
trouvaient: Marie-Jlagdelaine-Joseph Gredeler, femme Baptiste,
âgée de 32 ans, bouquetière, ci-devant condamnée a mort par les 'I" et 5' tribunaux d'arrondissement. » Celte meniion clôt la liste donnéo parle ridacteurdu bulletin, elle est suivie d'une plirflse banale qui, dans la circonstance, devient horrible : Ut suite au prochain numéro. Qu'un historien qui a eu de pareils documents sous les yeux les repousse et reproche même à un de ses devanciers d'y avoir cru un instant, c'est ce qui ne peut ni se comprendre ni se justifier.
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