‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 147 sur 262 · LIVRE XI r · texte numérisé non relu

LIVRE XI r

ponses en faisant les honneurs de sa table à de nombreux convives.

En effet, ce jour- là, il y avait grand repas au ministère de l'intérieur. C'est Mme Roland qui, dans ses Mémoires;, raconte elle-même le fait. Un de ses invités lui avait amené un hôte étrange et qui n'était pas attendu : Anacharsis Clootz, l'orateur du genre humain, parasite à ses heures perdues et toujours déclamateur ampoulé.

« L'événement du jour faisait le sujet de la conversation. Clootz prétendit prouver que c'était une mesure indispensable et salutaire; il débita beaucoup de lieux communs sur les droits des peuples, la justice de leur vengeance et l'utilité dont elle était pour le bonheur de l'espèce. Il parla longtemps et très-haut, mangea davantage et ennuya plus d'un auditeur1. »

Parmi les convives était aussi un membre du comité civil de la section des Quatre- Nations, Delaconté. Il avait signé toute la journée les fameux bons de vin et de victuailles, exigés par les travailleurs des prisons, et il s'était chargé d'en proposer le remboursement au ministre de l'intérieur; Roland lui répondit tranquillement « qu'il n'avait pas de fonds pour de semblables objets. »

Ainsi, de l'aveu même de la maîtresse de la maison, chez le ministre de l'intérieur on dînait à son aise, on discutait froidement sur V événement du jour, on débattait la question de savoir si la dépense faite pour le

■I . Appel t't l'impurtiata postérité? 1™ partie, p. 71 .

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HISTOIRE DE LA TERREUit.

salaire des travailleurs de l'Abbaye devait êlre payée sur telle ou telle caisse!

Pendant que le ministre Roland employait ainsi son temps, le comité de surveillance ne perdait pas le sien, il continuait à déployer une activité fébrile, expédiait coup sur coup les ordres les plus sinistres, surveillait leur stricte exécution par ses affidés1, et, tout en ordonnant de faire disparaître la trace matérielle des égorgements, s'occupait d'en propager l'exemple dans la France entière.

À quelques heures d'intervalle il expédiait les ordres suivants :

MUNICIPALITÉ DE PiRIS.

« Vous ferez sur-le-champ, monsieur, enlever les corps des personnes de votre prison, qui n'existent plus; que, dès la pointe du jour, tout soit enlevé et porté hors Paris dans des fosses profondes, bien recouvertes de terre. Faites avec de l'eau et du vinaigre laver les endroits de votre prison qui peuvent être ensanglantés et sablez par-dessus. Vous serez remboursé de vos frais sur vos états. Surtout, célérité dans l'exécution de cet ordre, et que l'on n'aperçoive aucune trace de sang.

« P. S. Employez des hommes au fait, tels que les

i. II est constaté par plusieurs documente authentiques, et notamment par la lettre de Maillard, dont M. Granier de Cassagnac a donné le fa-c-simile dans son deuxième volume de l'Histoire des massacres de septembre, que Chanay, secrétaire du comité de surveillance, et Lenfant, un des membres de ce comité, restèrent presque en permanence au greffe de l'Abbaye, et qu'on allait à chaque instant leur rendre compte de tout.

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LIVBE XII. 307

fossoyeurs de I'Hôtel-Dieu, aûn de prévenir l'infeofion. « Les administrateurs de police,

«ila mairie, ce 3 septembre, une heure du matin.

« Panis, Sergent. »

« AU NOM DU PEUriE.

« Mes camarades, il est enjoint de faire enlever les corps morts, de laver et nettoyer toutes les taches de sang, principalement dans les cours, chambres, escaliers de l'Abbaye. À cet effet, vous êtes autorisés à prendre des fossoyeurs, charretiers, ouvriers, etc.

a Panis, Sergent, administrateurs, Mehée, secrétaire-greffier.

« A ï Hôtel de Ville, le 4 septembre- »

Un arrêté à peu près identique fut envoyé aux cama.ra.des> c'est-à-dire aux égorgeurs des autres prisons. Son exécution eut lieu sur-le-champ; des tombereaux mis partout en réquisition transportèrent les corps des victimes à Vaugirard, à la Tombe-Issoire, à Clamart1.

Le 3 septembre au soir, tous les courriers de la poste, tous les commissaires pris dans le sein de la commune et expédiés avec des passe-ports du pouvoir exécutif pour activer l'enrôlement des volontaires, emportèrent une circulaire imprimée, au bas de laquelle on lisait les noms des membres du comité de surveillance.

Cette circulaire, apologie officielle du plus exécrable forfait des temps modernes, contenait, après quelques

1. Voir, à la fin du volume, la note relative à la statistique des victimes de septembre.

phrases banales sur les conspirations royalistes et sur le dévouement patriotique de la ville de Paris, ce qui suit : « La commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces, détenus dans les prisons, a été mise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont parti indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l'ennemi-, et sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public, et tous les Français s'écrieront comme les Parisiens: « Nous marchons à l'ennemi, mais nous ne laissons pas « derrière nous des brigands pour égorger nos femmes « et nos enfants. »

« Les membres du comité de surveillance, administrateurs du salut public et les administrateurs adjoints réunis, « P.-]. Duplain , Panis, Sergent, Lenfant, Jourdeuil, Marat, L'ami dupeuple, Deforgues, Duffort, Cally, constitués à la commune, en séance à la mairie.1 « Paris, ce 3 septembre 1792. »

i. Toutes ces signatures Furent-elles réellement apposées sur la minute de la circulaire? Ou n'en a jamais retrouvé l'original, et plusieurs des individus dont le nom y est imprimé ont protesté contre l'accusation d'avoir coopéré a cet acte de folie furieuse. Qui a écrit ces lignes? qui les a signées? Personne ne le peut dire aujourd'hui avec une certitude complète. Mais, ce qui ne peut être contesté, c'est que cette circulaire sortit des presses do Marat et fut envoyée officiellement à

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