LIVRE XII
Les représentants envoyés dans les sections rendirent compte de leur mission dans la séance du 4 septembre. Partout ils avaient trouvé le même enthousiasme pour marcher à l'ennemi, pour obéir aux décrets de l'Assemblée, pour défendre la sûreté des personnes et des protoutes les autorité; de France, sous le contre-seing du ministre de la justice.
Que Ma rat, le plus effronté menteur et le plus audacieux faussaire qui ait jamais existé (nous nous servons des expressions mêmes que MM. Michelet et Louis Blanc emploient à l'égard de cet homme), que Marat, disons-nous, ait rédigé cette affreuse circulaire et, de sa propre autorité, Tait revêtue de la signature de ses collègues, cela est possible à la rigueur. Mais les deux hommes qui no pourront jamais se laver d'avoir coopéré à la propagation de cette œuvre sanglante, ce sont Danton et Fabre d'Églanline, le ministre de la justice et son secrétaire général.
En septembre 1792, les ministères n'avaient pas encore été désorganisés comme ils le furent un ou deux ans après. Tout s'y passai), pour ainsi dire, comme sous l'ancien régime, par poids et par mesure, avec des commis d'ordre, des emploies au départ, des chefs de bureau et des chefs do division auxquels il était référé dans toutes les circonstances un peu délicates. Certainement, aucun subalterne n'aurait pris sur lui d'expédier la circulaire de Marat sans l'avoir portée au ministre, ou du moins au secrétaire général. Ce fut donc évidemment avec leur assentiment, qu'elle fut expédiée. D'ailleurs, dans les discussions qui eurent lieu à la Convention au sujet des massacres de septembre, il fui déclaré à différentes reprises qu'elle avait été envoyée dans les départons ils sous le couvert et le contre-seing du rmmsiro de la justice. Danton et Fabre d' Églantine étaient présents, ils étaient attaqués presque nominativement, ils ne firent entendre aucune protestation.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
priétés; partout ils avaient trouvé la même horreur pour les scènes qui venaient d'ensanglanter la capitale; mais, dans beaucoup de sections, ils avaient pu constater que les accusations vagues lancées par Robespierre contre les principaux membres de l'Assemblée, avaient été trèsperfidement propagées par les afh'dés de l'astucieux tribun. Il fallut que les commissaires de la Législative s'abaissassent à les démentir en en reportant tout l'odieux sur celui qui, le premier, les avait formulées. A la section du Luxembourg, le montagnard Rhul traita Robespierre de calomniateur.
La commission extraordinaïredesVingt-et-Un, qui avait été spécialement désignée aux soupçons de la population parisienne, crut, aussitôt après le rapport des divers commissaires, devoir, pour sa dignité, donner en masse sa démission. Yergm'aud, son organe dans cette circonstance solennelle, déclara que, mise en suspicion, elle ne pouvait continuer à remplir l'immense et redoutable mission qui lui était confiée, celle de sauver la patrie.
Le discours du grand orateur de la Gironde respire le découragement et le dégoût; on voit qu'il a honte pour lui et ses amis, pour l'Assemblée à laquelle il appartient, pour son pays auquel il a dévoué sa vie, de n'avoir pu empêcher les atrocités dont Paris vient d'être le théâtre.
a Mes collègues et moi, s'écrie-t-il en terminant, nous n'avons qu'une réponse à faire aux odieuses calomnies dont on a voulu ternir notre patriotisme, c'est de remettre en d'autres mains ces pouvoirs qu'on nous envie et dont nous sommes las nous-mêmes, puisque nous sommes impuissants à faire le bien et à empêcher le mal. »