‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 156 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

déjà lance des pierres et s'apprête à dételer les voitures. Avertis en toute hâte, deux officiers municipaux accourent et croient n'avoir rien de mieux à faire que de conduire à la mairie les voitures et l'officier expéditeur; mais la foule les suit en proférant les plus effroyables menaces ; dans la salle où siège le conseil général pénètrent avec eux une vingtaine de fédérés d'un bataillon de Seine-et- Oise, arrivé depuis deux jours seulement à Charleville.

« Juchereau est un traître, crient-ils; il voulait faire passer des armes à l'étranger; à la lanterne, le complice de Brunswick! » Le maire, Mena, supplie la foule d'écouler au moins les explications du lieutenant-colonel. Un officier municipal lit les pièces que vient de déposer l'accusé ; c'étaient : 1° un ordre du ministre de la guerre, en date du 20 juillet, commandant à la manufacture d'armes de Charleville de fournir 1,530 canons de fusils et 2,000 tire-bourres pour la place d'Huningue; 2° une réquisition des trois commissaires de l'Assemblée nationale, Kersaint, Antonelle et Péraldi, . ordonnant de ne mettre aucun obstacle à la sortie de ce matériel ; 3° une lettre du directeur de l'artillerie d'Huningue, réclamant ces mêmes armes avec instance.

Juchereau réitère devant la municipalité les explications qu'il a déjà données : le mauvais état des allées l'a seul obligé de modifier, pour la sortie de la ville, l'itinéraire du convoi. Les cris « à la lanterne le traître ! » l'interrompent à chaque instant.

Le commandant du bataillon de la Nièvre, Baille- Beauregard, essaie de prendre aussi la parole, mais on le traite de royaliste, ou le contraint à se retirer. Les

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salles et jusqu'aux escaliers sont envahis par une populace en délire; du haut des fenêtres, les volontaires de Seine-et-Oise, qui sont entrés les premiers, crient à leurs affidés : « Soyez tranquilles, nous le gardons, nous répondons de lui; il ne sortira que pour être pendu; vous n'avez qu'à préparer la corde! »

L'officier municipal Routa, qui vient de lire les pièces justifiant pleinement Juchereau, est jeté violemment a bas du siège, sur lequel il était monté pour mieux se faire entendre ; le procureur de la commune est saisi au collet; Juchereau est foulé aux pieds, frappé à coups de crosse de fusil ; le commandant en second des fédérés de Seine-et-Oise, Pechiné1, anime lui-même ses hommes en montrant avec ostentation un sabre qu'il dit avoir été saisi dans l'une des voitures. Juchereau est entraîné hors de la salle du conseil ; sous les fenêtres mêmes de la maison commune, on lui porte plusieurs coups de baïonnette, on lui tranche la tête, on la met au bout d'une pique, pour la promener dans les rues de Charleville et de Mézières; enfin on la jette dans la Meuse, entre cette dernière ville et le faubourg du Pont-d' Arches.

Le crime commis, les voitures d'armes sont pillées. La mairie et la cité entière sont le théâtre de violents désordres jusqu'au moment où, grâce à l'énergique attitude du commandant du bataillon de la Nièvre, Baille- Beauregard, et des magistrats municipaux, les rassemblements peuvent enfin être dissipés 2.

4. Pechiné, moins de trois ans après, fut lui-même massacré par les chouans à Segré. (3 thermidor an m.) 2. Pour le récit des événements de Charleville nous nous sommes

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