‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 155 sur 262 · LIVRE XI H · texte numérisé non relu

LIVRE XI H

quelques centaines de forcenés qui, depuis deux jours, régnent en maîtres dans Reims, ont opéré une vive et profonde réaction. Des bataillons de volontaires se déclarent tout entiers prêts à s'unir à la garde nationale pour réprimer l'anarchie. Les égorgeurs s'effraient des conséquences des crimes qu'ils ont commis ; leurs chefs, pour faire croire que les meurtres de la veille et de l'avant-veille sont uniquement l'effet d'une sorte de fièvre chaude populaire, tournent la fureur de leurs complices sur un des individus qui ont montré le plus d'acharnement dans les scènes des jours précédents, le nommé Laurent, dit Château. Le procureur de la commune, Beaucourt, s'étaitservi de cemisérablecommed'un agent provocateur; mais il tient à étouffer les révélations dangereuses que celui-ci pourrait faire un jour. Sous main, il le désigne aux égorgeurs comme le bouc-émissaire, qu'il est de leur intérêt à tous de sacrifier. Château est arrêté et traduit devant le directeur du jury d'accusation. Le lendemain, au moment où il va comparaître devant ce magistrat, il est saisi, entraîné sur la place et immolé à l'endroit où le malheureux curé de Rilly a été égorgé deux jours auparavant. On veut faire subir le même sort à la femme de Château, car elle est peut-être dépositaire d'une partie de ses secrets; mais le maire arrive à temps pour la sauver du bûcher, dans lequel on allait la précipiter et où se consumaient les restes de son mari. Cette dernière scène rend enfin a la garde nationale toute son énergie. Aidée par un bataillon de volontaires bretons, de passage à Reims, elle charge à la baïonnette les assassins qui, trop lâches pour résister un

instant à une répression vigoureuse, s'enfuient pour ne plus reparaître1.

Dans le même moment, des scènes sanglantes se passaient dans deux autres villes de France, à Charleville et à Caen. Là, c'étaient des fonctionnaires publics qui devenaient victimes de la populace ameutée.

Le h- septembre, quatre voitures sortaient de la manufacture d'armes de Charleville et se dirigeaient vers la porte de Flandre, lorsque des volontaires de la Nièvre, de garde à cette porte, arrêtent le convoi et exigent la présentation des papiers d'expédition. Les armes étaient à destination d'Huningue; aussitôt on s'écrie que les voituriers tournent le dos à la route qu'ils doivent suivre, qu'il y a dans tout cela une trahison manifeste. Juchereau, lieutenant-colonel d'artillerie, qui cumulait provisoirement les fonctions de directeur de la manufacture et de commandant de la place, survient et veut expliquer que le mauvais état des allées qui réunissent Charleville à Mézières l'a contraint de faire contourner la ville par les voitures. On ne veut rien entendre, la foule s'amasse,

1. Noii'û récit des massacres do Reims est basé : 'I- sur le procèsverbal officiel et très-dctaillé qui Tut dressé à l'occasion de ces événements; il est daté du 8 septembre 1792 et signé de tous les membres du conseil général de la commune; 2° sur le compte-rendu du jugement des septembriseurs rémois, dont deux furent condamnés à mort le 26 thermidor an m et exécutés le 1" fructidor suivant, (Voir à la fin du volume la note consacrée ù la punition des massacreurs de septembre.)

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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