‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 159 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

populace demande la tête du procureur général et se dirige vers la prison. Cependant, quelques citoyens, espérant le sauver, demandent que Bayeux soit conduit devant les magistrats. Le prisonnier lui-même saisit avec ardeur ce suprême moyen de salut et réclame immédiatement des juges i on le conduit à l'Abbaye-aux-Femmes, où se trouvent réunis le directoire du département et le conseil général de la commune. Sur la route, il rencontre son fils, un enfani de douze ans, Je presse entre ses bras et lui remet sa montre qui, dans un moment, va marquer l'heure de sa mort. Arrivé sur la place des tribunaux, il trouve ses collègues du département, accourant au-devant de lui. Ceux-ci tentent quelques explications qui ébranlent la garde nationale jusqu'alors hostile; mais des misérables fendent la foule, écartent les administrateurs, se ruent sur Bayeux, qui essaye de fuir; il est atteint d'un coup de baïonnette dans les reins, puis d'un coup de feu à la tête, et va tomber expirant sur la place Saint-Sauveur. H était déjà mort quand le tambour-major de la garde nationale lui coupe le visage avec son sabre, puis lui tranche la tête, que l'on promène à. travers la ville. Quelques heures après, la population honnête, outrée de cet assassinat, chassait ignominieusement de Caen le tambour-major, cet homme, disait-on, qui n'était bon qu'à tuer des morts1.

1. Voir le registre des délibérations du conseil général de la commune de Caen, le Moniteur du 14 se|Jtfmbre 'l?lJ2, et l'ouvrage (Je M. Vauliier : Souvenirs de l'insurrection normande, 1858.

La plus grande ellet'veseence régnait en Bourgogne. « Elle prend dans ces contrées, écrivait à Roland un de ses commissaires, une teinte d'âprelé, pour ne pas dire de férocité. Les roules ne sont pas sûres, le peuple croit voir dans chaque voyageur un aristocrate cherchant son salut dans la fuite1- »

Des émissaires maratistes parcouraient les villes et les campagnes, répandant et commentant la fameuse circulaire du comité de surveillance, propageant les bruits les plus sinistres et les plus absurdes; enlre autres fables, ils faisaient accroire aux crédules paysans « que les prêtres insermentés s'étaient déguisés en Suisses le 10 août, avaient ainsi cherché à écraser les patriotes, et que c'était à cause de cela que le peuple de Paris en avait fait prompte et sévère justice2. »

Le 8 septembre, dans le petit bourg de Couches, près d'Autun, arrivait par une route de traverse une voiture renfermant quatre voyageurs. Le bruit se répand bientôt que ces étrangers sont des gens suspects. Leur passe-port est en règle, il est vrai, mais ils viennent de l'envoyer, par un domestique à cheval, au district, pour le faire viser; ils craignent donc de passer dans les villes importantes,

1. Lettre de Bonuemunt, commissaire du pouvoir exécutif, au ministre de l'intérieur, datée de Lyon, le M septembre 4792.

2. Voir, à la Un de ce volume, l'extrait du mémoire en défense des septembriseurs de Saone-et-Loi re, dont nous parlons plus loin.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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