‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 160 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

ils n'osent pas se montrer; ce sont des gens mal intentionnés, il faut savoir d'où ils viennent, où ils vont, ce qu'ils sont. Bientôt le mystère est éclairci, on apprend que les passe-ports soumis par les voyageurs aux autorités d'Autun portent celte mention : « prêtres insermentés. » C'étaient, en effet, quatre malheureux ecclésiastiques qui, pour obéir à la loi du 26 août, quittaient la France et se rendaient en Suisse.

II était deux heures de l'après-midi, les vêpres venaient d'être chantées par le curé constitutionnel. Lesmaratistes du pays, probablement aidés par quelques agents provocateurs de passage, ameutent la population au moment où elle sort de l'église, obligent les autorités à conduire les quatre voyageurs à la prison du bourg, pour attendre ce que décidera le district d'Autun. Mais, à la tombée de la nuit, les démagogues de Couches, échauffés par les libations nombreuses auxquelles ils se sont livrés depuis plusieurs heures, déclarent que, quelle que soit la décision du district, il faut empêcher le départ des ennemis de la patrie. Pour cela, ils ne trouvent pas de meilleur moyen que de dépecer la voiture qui a amené les voyageurs et d'allumer un feu de joie avec les débris. Cette première expédition ne fait qu'exalter les esprits; on se dirige vers la prison , les portes en sont brisées à coups de hache et de cognée; on entraine, l'un après l'autre, dans la cour, les quatre malheureux prêtres; on les abat à coups de sabre, on les achève à coups de pierre. Ils ont rendu le dernier soupir qu'on les insulte encore.

Le soir, à dix heures, lorsque le commissaire du gou-

vemement qui décrit celle scène, traversait le bourg de Couches, les débris de la voilure fumaient eucore et les quatre cadavres étaient étendus le long de la grande roule1.

Des scènes non moins lamentables se passaient à Lyon. Cette industrieuse cité était depuis une quinzaine de jours en proie à une très-vive agitation. Durant la nuit du 22 au '23 août, des olliciers appartenant à deux, régiments de cavalerie arrivés la veille et l'avant- veille avaient été arrêtés par ordre du prince de Hesse. Ce général commandait depuis quinze jours dans la seconde ville de France, et il exerçait son autorité avec loute la turbulence d'un esprilbrouillon et remuant, avec loule la violence d'un jacobin de fraîche dale2.

1, Nous avons puisé tous ces détails dans la procédure, que le juge Je paix de Couches et le directeur du jury du district d'Autun eurent le courage d'entamer, dès le lendemain 9 septembre, contre les auteurs et complices de cet infâme assassinat. A la suile de cette procédure , neuf individus furent condamnés a mort par contumace, le 17 janvier 4793 ; cet arrêt fut con Ira dicloi renient confirmé, le 16 prairial an m, contre deux d'entre eux, par Je tribunal criminel de Saône -et- Loire.

Dans la note que nous consacrons à la fin de ce volume à la punition des septembriseurs, on trouvera des détails circonstanciés sur les diverses phases du procès des assassins du Couches ; nous y donnons les passages les plus suidants d'un mémoire en défense qu'ils adressèrent à la convention. Cette pièce, rédigée par un praticien de village, démontre mieux que lous les raisonnements à quel point le sens moral avait été oblitéré dans les campagnes par les sjuvages doctrines de la démagogie.

2. Le prince Charles de Hesse-Rliinfels-Rotliembourg appartenait à !a maison électorale de Hesse-Cassel et avait été comblé des bienfaits de Louis XVI. A treize ans, il avait été nommé capitaine au régiment de Royal- Allemand ; quelques années après, on lui accordait une pen-

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