‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 169 sur 262 · LIVRE xu r · texte numérisé non relu

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breux détachement de gardes nationales, qui, heureusemenl, ont marché a petites journées depuis le Bignon et Nemours. Les chefs de l'escorte sont porteurs, non-seulement du mandat d'arrestation lancé par le comité de surveillance, mais de la nouvelle lettre du comité qui invite « les officiers municipaux de Melun à faire conduire jusqu'à Charenton, sous bonne escorte, le sieur Adrien Duport, qui, là, sera confié à la municipalité de Paris. »

A la nouvelle de l'arrivée du prisonnier, qui lui a été si soigneusement recommandé par son supérieur hiérarchique, le commissaire du pouvoir exécutif près le tribunal de Melun accourt à l'Hôtel de Ville. D'un autre côté, le porteur de l'ordre des dictateurs parisiens revendique impérieusement le droit de conduire le prisonnier jusqu'à la limite du département, et de le livrer à ses patrons. Dans quel but? II a du moins la prudence de ne pas l'avouer.

Chacune des parties contendantes maintient ses droits avec acharnement. Le conseil général de la commune de Melun est pris pour juge du litige. On amène devant lui l'homme dont la vie et la mort se débattent sous la forme d'une simple question de compétence. Mais cet homme est le même qui, troisans auparavant, a été le promoteur de la réforme de nos lois criminelles; c'est lui qui a posé, devant l'Assemblée constituante, les vrais principes de la liberté individuelle ; ce sont ces principes qu'invoquent ses sauveurs et que veut fouler aux pieds l'agent des vengeances maratistes. Enfin, après de longues et violentes discussions, le conseil général déclare, «qu'attendu l'espèce de contradiction résultant de l'invitation à lui adressée par

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le comité de surveillance de la commune de Paris, et de la réquisition qui vient de lui être faite, en vertu de l'ordre de M. Je minisire de la justice, parle commissaire du pouvoir exécutif, il y a lieu de consulter l'Assemblée nationale sur le parti a prendre, et de garder Duporl en la maison commune, sous la sauvegarde de la loi et la responsabilité des autorités. » Un courrier part à l'instant même, porteur de lettres pour le ministre de la justice et le président de l'Assemblée. Dès le lendemain, 8 septembre, la Législative, saisie par Danton de la question, lui en abandonne la solution par un décret formel. Danton s'empresse de transmettre ce décret au commissaire national près le tribunal de Melun, et ajoute de sa main, à l'expédition officielle, ce post-scriptum significatif : « Je vous observerai que, dans cette circonstance, vous ne devez reconnaître que mes ordres, quels que soient ceux que vous receviez d'ailleurs. »

Mais il était difficile de passer outre sans mettre le comité de surveillance et Marat, qui l'inspirait, en demeure de préciser les accusations dirigées contre Duport. Danton se décide donc à écrire, le 10, aux inquisiteurs de la mairie, pour les inviter à envoyer au tribunal du 17 août les pièces qui inculpent l'ancien constituant, et leur déclarer que, si ces pièces ne sont pas immédiatement déposées, il donnera les ordres nécessaires pour mettre le prisonnier en liberté.

En recevant la missive oflicielle, Marat entre en fureur et dicte lui-même la réponse à faire au ministre. Mieux, que tout ce que nous pourrions raconter, elle montre sur quelles bases étaient appuyés les ordres d'arrestation qui

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