‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 170 sur 262 · livre xirr · texte numérisé non relu

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se changeaient si souvent, pour tant d'illustres victimes, en arrêts de mort :

« Nous n'avions pas besoin, monsieur, pour mettre en arrestation Adrien Du port, d'aucunes pièces contre lui; sa conduite à l'Assemblée nationale, ses machinations, ses liaisons avec les conspirateurs nous imposaient la loi de nous assurer de sa personne ; mais on est encore parvenu à se procurer une correspondance d'Adrien Duport, qui prouve que le salut public exige qu'on rompe le fil de ses intrigues. On verra par celte correspondance combien Adrien Duport est un ennemi dangereux, de la chose publique. Une partie de ses machinations, de ses intrigues, de ses trahisons, va être développée ; nous allons livrer à l'impression les pièces imporlanles et Adrien Duport aux tribunaux. »

Marat exécute immédiatement cette menace; le 13 septembre, dans le Journal de la République , il imprime et la lettre de Danton et celle du comité, en les accompagnant de trois billets énigmatiques dont, dit-il, « Duport s'était trouvait nanti lors de son arrestation, et que Fabre d'Églanline, premier secrétaire du ministre de la justice, avait communiqués au comité de surveillance séant à la mairie, avec la clef des allégories. »

Maratn'avaitfaitsuivre cette publication d'aucun commeulaire, niais il avait fait parvenir sa feuille à Danton avec une lettre de la dernière insolence. Celui-ci sent le coup; comment le parer? Il voit tout de suite qu'il lui importe d'apaiser la colère de l'Ami du peuple et de faire les premières avances ; — dure nécessité, mais qu'il faut subir. — Seulement, pour ne pas avoir l'air de s'hu-

milier devant Marat, et d'aller chercher dans son antre l'oracle du comité de surveillance, le ministre de la justice va trouver le maire de Paris. (On se rappelle que Pétion logeait au-dessus du Io.cal occupé par le comité de surveillance.) Danton a l'art de se faire proposer par le débonnaire magistrat de descendre ensemble pour avoir avec Marat une explication franche et loyale. Ils trouvent Y Ami du peuple très-animé. Danton lui répond avec sa brutalité habituelle; la dispute s'échauffe. Pétion, qui a toujours un thème tout fait sur la concorde et le devoir des concessions mutuelles, s'épuise à apaiser les deux furieux. Ceux-ci, à force de se disputer, de se lancer leurs vérités à la face, en arrivent à s'apercevoir qu'ils ont besoin l'un de l'autre, et qu'il serait absurde de s'entre-dévorer lorsqu'ils ont encore tant d'ennemis communs à détruire. Puisque la paix est indispensable, Marat, habile comédien, lient au moins à avoir les bénéfices de la générosité. Tout à coup, il se précipite dans les bras de Danton, l'étreînt fraternellement et déchire la lettre qu'il lui a écrite. Danton, dit M. Michèle! a cette occasion, « endura le baiser, sauf à se laver ensuite4. » Ainsi tiré du mauvais pas dans lequel l'avait engagé son confident, Fabred'Eglanline, par sa communication plus qu'intempestive, le ministre de la justice sent qu'il importe de terminer au plus vile une affaire qui peut encore le compromettre si elle se prolonge. Il prescrit donc au tribunal

1. Voir Michelet, t. IV, p. 216. Voir, dans Y Histoire parlementaire, de Bûchez et Roux, t. XXI, p. 408, l'extrait du discours dans lequel Pétion raconle celte scène. Cette fois on peut le croire, car il est désintéressé.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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