‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 175 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

Déjà, depuis quarante-huit heures, clic avait quitté la capitale, rançonnant, pillant les communes qu'elle traversait. Des autorités parisiennes, les unes ignoraient, les autres feignaient d'ignorer le but de l'expédition.

Cependant, à la nouvelle du brusque départ d'une force armée qu'aucune autorité officielle n'avait requise, la commission extraordinaire s'émut et demanda des explications'1. Nous ignorons dans quels termes elles furent données. Quant au résultat, il fut tel qu'on devait l'attendre de la faiblesse de la Législative. Une fois de plus, l'Assemblée courba la tête; non-seulement elle accepta le fait accompli, mais elle le légalisa en ordonnant l'envoi immédiat à Orléans d'une force armée

car le chef de l'armée parisienne vint plusieurs fois apporter en personne ses réclamations au ministre de l'intérieur:

« Arec sa face livide et sinistre, ses moustaches, sa triple ceinture de pistolets, son langage grossier, ses jurons, il avait tout l'air d'un pirate »

1. Nous avons retrouvé un billet que Manuel écrivait à Pétion, au sujet de l'explication demandée par la commission extraordinaire et que le mai m de Paris s'empressa de transmettre à l'Assemblée. Toutes lei expressions de ce billet sont à peser. On y voit le complice qui en sait plus qu'il n'en veut dire et qui esquive un interrogatoire embarrassant :

i(J'apprendsavec peine et surprise, monsieur le maire, que le peuple de Paris se porte vers Orléans; c'est même pour moi un fait àéckiircir. On m'assure qu'il est question d'amener sous la loi les criminels de lèse-nation. Je vais prendre tous les renseignements que demande la commission extraordinaire; je vais lui envoyer des officiers municipaux, car je ne peux quitter le parquet. Celte nuit nous nous sommes couchés à deux heures.

a Manuel. »

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

:!6ti HISTOIRE DE LA TERREUR.

destinée, disait îe décret du 26 août, à veiller à la garde et à la sûreté des prisonniers.

Le premier décret (celui du 25 août) avait chargé le ministre de la justice d'envoyer à Orléans deux commissaires pour examiner les procédures commencées. Le choix de Danton tomba sur Dubail et Léonard Bourdon. Ils avaient des instructions ostensibles et des ordres secrets. Ils devaient, avant tout et sur tons les points, se concerter avec Fournier, en roule depuis la veille. Ce qui le prouve, c'est que, partis en poste le 25 au soir, par conséquent avant que le décret du 26 ne fût venu régulariser la marche des patriotes parisiens, Dubail et Bourdon s'arrêtèrent à Lonjumeau, qui avait été la première étape de la bande de Fournier. Ils restèrent plusieurs heures en conférence avec celui-ci, et, quoiqu'il dût avoir la bourse encore assez bien garnie des deniers pris indûment dans la caisse de la ville de Paris, quoiqu'il dût être pour eux, commissaires du pouvoir exécutif, en flagrant délit de rébellion, ils lui remirent un nouvel à-compte de six cents francs, puis remontèrent en voiture 4.

4. Dubail élaït secrétaire delà section du Théâtre-Français, donl Danton avait été longtemps prés ici en t. Léonard Bourdon était toutpuissant dans la section des Graviltiers, et, depuis le 40 août, il était son représentant dans le sein de la comimmeinsurrectionnelle;de plus, l'un et l'autre appartenaient au tribunal du 4 7 août, Dubail en qualité, de juge, Bourdon on qualité de greffier.

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