LIVRE XIII
« du tribunal de la haute cour nationale et le lieu où « elle doit siéger, à la distance de trente mille toises de « la ville où le corps législatif tient ses séances;
« Considérant enfin que le château de Saumur prête sente tous les moyens de sûreté pour la garde des prî- « sonniers, et n'exige pas le concours d'une force armée « considérable.
« L'Assemblée nationale, après avoir décrété l'ur- « gence, décrète ce qui suit :
« Art. rr. Les personnes détenues dans les prisons « de la haute cour nationale seront, à la diligence des « grands procurateurs de la nation et des commissaires « envoyés par le pouvoir exécutif a Orléans, transférées « sur-le-cbamp dans les prisons du château de la ville de « Saumur.
« Aiït. ii. Les commandants de la garde nationale « d'Orléans et de la garde nationale parisienne actuelle- « ment à Orléans seront tenus d'assurer le transport des « prisonnier par une escorte suffisante.
« Art. m. Les gardes nationales qui se sont rendues « de Paris à Orléans se retireront sans délai au sein de « la capitale et viendront partager le service extraordi- « naire auquel les citoyens de Paris vont se dévouer « pour le salut de la patrie et la défense de la capitale. »
Le décret lu, on en donne copie aux deux commandants, que l'on invite à fixer le nombre d'hommes rigoureusement nécessaire à l'escorte des prisonniers. Fournier demande à conférer de cet objet important avec ce qu'il appelle son élal-rnajor. Perd.int ce lemps, les com-
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
missaires civils et les grands procurateurs de la nalioti écrivent au ministre de la justice pour lui accuser réception de ses dépêches et l'assurer de tout leur zèle à les faire exécuter1.
A peine le courrier est-il remonté à cheval que Fournier rentre dans la salle du conseil, suivi de son lieutenant Bécard. Il s'explique d'une manière évasive sur le nombre d'hommes dont il a besoin; maisBéeard, moins dissimulé, répond brutalement : « Tous ces détails sont inutiles, l'armée de Paris ne se divisera point, telle est sa volonté et celle de ses chefs, aucun décret n'y fera rien. » Fournier, bien loin de désavouer son lieutenant, déclare à sou tour
J, Le ministre de la justice s'empressa de communiquer celte réponse à l'Assemblée et de profiler des expressions vagues dont se servaient les rédadeurs de la lotira, pour endormir la vigilance de la commission extraordinaire.
« Monsieur le Président, «J'ai l'honneur de prévenir l'Assemblée nnlionale qu'une heure après la réepption de la loi, qui ordonne la translation à Saumur des personnes détenues dans les prisons d'Orléans pour accusation de crime de lèse-nation , je l'ai expédiée par un courrier extraordinaire aux commissaires du pouvoir exécutif et aux procurateurs généraux. Ce courrier arrive à l'instant, porteur de la réponse des commissaires qui m'assurent de leur zélé pour mettre promptement la loi à exécution. « Je suis avec respect, Monsieur le Président,
o Votre Irès-humblo et très-obéissant serviteur, « Danton.
« Paris, ce 4 septembre 1192. t
Le courrier, on le voit, avait fait grande diligence à l'aller et au retour. Parti dans la nuit du 2 au 3, il était arrivé à Orléans le 3 environ à quatre heures de l'après-midi, reparti à huit heures du soir, il était de retour le 4, date de la lettre de Danton à l'Assemblée.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France