‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 177 sur 262 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

Pendant qu'on buvait et qu'on chantait à Orléans, les massacres commençaient à Paris. Le soir même «Je cette journée néfaste, peu après que le vieux Dussaulx eut annoncé à ses collègues que la dépulation envoyée à l'Abbaye n'avait pu faire entendre la voix de l'humanité aux assassins, l'Assemblée législative parait se ressouvenir des accusés quelle a elle-même envoyés par-devant (a haute cour. Désespérant de sauver les prisonniers qui se trouvent à deux pas d'elle, elle veut au moins faire acte de bonne volonté en faveur de ceux du Loiret qui eux, au moins, ne sont pas directement sous la main de la commune insurrectionnelle. Elle commence à entrevoir les liens étroits qui rattachent le brusque départ de Fournier et de sa bande aux effroyables exécutions don! Paris est depuis quelques heures le sanglant théâtre. Elle espère que son intervention pourra encore sauver les malheureux que, sans le savoir, elle a livrés aux assassins envoyés par les dictateurs de l'Hôtel de Ville. Il faut à tout prix rappeler la troupe indisciplinée dont, par son malencontreux décret du 26 août, elle a sanctionné la mission improvisée; mais il faut aussi lui dissimuler la méfiance qu'elle inspire. Au nom de la commission des vingt-et-un , Gensonné apporte un projet de décret qu'on adopte et qu'on expédie à Orléans par un courrier extraordinaire1.

Le décret était adressé aux deux grands procurateurs

i. Nous avons eu enlre les mains la minute originale de ce décret. La quantité de ratures et de renvois qui la couvrent dénote l'embarras et le trouble de son rédacteur. L'Ass:mblée elle-même, après l'avoir volé, l'amenda pendant la nuit en substituant, comme lieu de

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île la nation qui remplissaient auprès de la haute cour les fonctions de ministère public1. Ils le reçoivent le 3 septembre, dans l'après-midi, et s'empressent de convoquer a l'Hôtel de Ville d'Orléans les autorités municipales et départementales, lesdeuxcommissairesdu pouvoir exécutif, les commandants de la force armée. Fournierse fait longtemps attendre ; il arrive enfin avec les cinq ou six individus à figure rébarbative qui composent son état-major. On le fait entrer seul dans la saf le du Conseil, où se trouvait déjà M- Dulac, commandant de la garde nationale d'Orléans. Lecture est faileà haute voix du décret rendu la nuit, précédente par l'Assemblée, et dont le préambule, malgré ses formes vagues, faisait clairement connaître sous quelle douloureuse impression il avaitété rédigé:

« L'Assemblée nationale, considérant ce qu'exigent les (i circonstances actuelles, la sùrelé des personnes déte- « nues dans les prisons de la haute cour nationale a « Orléans, et la nécessité de rappeler promptement les « gardes nationales parisiennes pour partager avec leurs « frères d'armes le service extraordinaire que la sûreté « de la capitale et le salut de la chose publique exigent :

« Considérant que la Convention nationale pourra seule « déterminer les changements qui devront être apportés « aux articles constitutionnels qui ont fixé l'organisation

détention des accusés, le château de Saumur à celui de Blois, qui avait d'abord élé désigné et qui ne lui parut pas assez sûr. - : <; Les deux grands procurateurs devaient être, aux termesde la loi, -deux lïiehibi es de l'Assemblée législative élus par elle. Garran-Coulon, député de Bjri=,'et'Pellicot, dépulé des Boucbes-du-ltfiône, remplissaient alors ceî fonctions.

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