LIVRE IX
vous déclarer que ce soir à minuit le tocsin sonnera* la générale battra, et le peuple tout entier se lèvera pour la seconde fois.'
« Eh quoi ! l'aristocratie lèverait-elle encore sa tête hideuse au milieu de vous?... fes principes de justice sont-ils donc différents pour un peuple souverain que pour les tyrans
« Les jurés d'accusation et de jugement que vous avez décrétés sont organisés ; ils sont tout prêts, mais il n'y a point de juges pour faire l'application de la loi; le tribunal criminel a perdu la confiance du peuple... Je demande que, sans désemparer, vous décrétiez qu'il sera nommé un citoyen par chaque section pour former à l'instant un tribunal criminel...
« Je demande que le château des Tuileries soit le temple d'où la justice prononce ses décrets, dus à la' vengeance du peuple souverain.
« Je demande que Louis XVI et Marie-Antoinette, si avides de sang, puissent s'en rassasier à leur aise eu voyant couler celui de leurs infâmes complices. ..
« Vous avez promis justice au peuple français, vous la lui rendrez ; il l'attend , et alors il verra en vous les dignes représentants et les fidèles interprètes de la volonté souveraine. »
De pareilles brutalités ne pouvaient être subies sans qu'il s'élevât quelques protestations au sein de l'Assemblée. Le montagnard Choudieu lui-même déclare que l'adresse rédigée par Brissot suffit et que nul tribunal inquisitorial ne doit être institué ; Thuriot lance des paroles d'indignation dont l'histoire lui doit tenir compte
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
3fj HISTOIRE DE LA TERREUR.
au milieu des défaillances qui ont marqué sa carrière politique.
« Il ne faut pas que quelques hommes, qui ne connaissent pas les vrais principes,... viennent substituer leur" volonté particulière à la volonté générale... Je demande que le Corps législatif se montre décidé à mourir plutôt qu'à souffrir la moindre atteinte à la loi... J'aime la liberté, j'aime la révolution ; mais s'il fallait un crime pour l'assurer, j'aimerais mieux me poignarder... La révolution n'est pas seulement pour la France, nous en sommes comptables à l'humanité. »
Belles paroles, mais de quel effet furent-elles suivies? C'étaient, hélas! les derniers accents d'une résistance qui allait expirer. Voici venir, en effet, une députalion des citoyens élus la veille par les sections pour former les jurys de jugement et d'accusation :
« Vous paraissez, dit l'orateur, être dans les ténèbres sur ce qui se passe dans Paris!.. Si, avant deux ou trois heures, les jurés ne sont pas en état d'agir, de grands malheurs se promèneront dans Paris. »
Devant ces menaces, le reste d'énergie dont l'Assemblée semblait encore animée un instant auparavant s'évanouît. Hérault- Séchelles , qui avait en poche un décret tout préparé dans Je sens des demandes formulées par la commune, se présente à la tribune, et propose de créer un tribunal nouveau pour les crimes commis dans la journée du 10 août, en laissant subsister à côté de lui les anciens tribunaux criminels qui continueraient à connaître des crimes et délits ordinaires. h De celte manière, ose-t-il dire saus rougir, on ne por-