LETTRE DE JACQUES ROUX A DANTON
« A Paris, le 18 août, l'an iv de la liberté.
h Vous ne devez pas douter, monsieur et brave citoyen, de la joie que j'ai ressentie lorsque vous avez été promu au ministère. Un véritable membre du club des Cordeliers voit avec attendrissement le triomphe et la gloire des Jacobins, et si je ne suis pas allé vous témoigner de vive voix la part que je prenais à cette heureuse nouvelle, c'est que je n'ai pas voulu dérober à la
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NOTES
chose publique un temps que vous employez à punir les traîtres, à déjouer les complots pervers et assurer le triumphe de la cause du peuple.
« Mais, persuadé que vous tenez compte aux bons patriotes de? démarches que leur cœur inspire, je me borne à vous offrir un hommage bien cher à votre àme; c'est le désir de marcher sur vos traces et le serment de mourir pour le maintien de la liberté.
« Je me permettrai maintenant des observations sur un fait qui est de la dernière importance.
« Après le décret qui ordonnait l'établissement d'une cour martiale, la section des Gravilliers, mardi dernier, me mis au rang de deux commissaires qu'elle avait choisis. L'Assemblée nationale, ayant dans le même jour changé de mesure et laissé aux tribunaux le soin de juger les accusés, les intriguants n'ont pas manqué de profiter de cette occasion pour faire déclarer nulle l'élection précédante, afin d'écarter un citoyen dont tout le crime à leurs yeux est d'être prêtre, mais crime qui est bien réparé par les traits de civisme dont j'ai fait preuve depuis que je suis à Paris, tant dans les sociétés populaires que dans les chaires publiques.
« Le sieur Grouvelle, pour donner quelque couleur à ces objections puériles, soutient avec emphase que l'église aborhait le sang et qu'un ecclésiastique ne pouvait ni ne devait être du jury d'accusation et de jugement, comme si tous les citoyens élans soldats, ils n'ont pas le droit de concourir à la justice des traîtres et des assassins de la liberté.
« Enfin, hier, après des débats, j'ai été exclu de l'emploi honorable qui m'avait été confié à une grande majorité; on a procédé à l'élection de quatre commissaires ; les deux qui avaient été nommés la veille ont été destitués parce qu'ils étaient d'excellents patriotes. J'ignore quels sont ces personnages nouveaux, car je pris le parti de me retirer et de ne voler pour personne.
« Je crois donc, monsieur, qu'il est de mon devoir de vous dénoncer cet outrage fait à ma qualité de citoyen et à mon patriotisme. Ma cause intéresse la chose publique, et si je tiens dans ce moment à ma première élection, si j'ai l'honneur de vous demander justice de cet attentat aux décrets, c'est que ma con-
science est pure et que je suis sûr qu'il est peu d'hommes qui soient dans les vrais principes comme j'en ai donné des preuves. Les amis qui vous entourent vous diront qui je suis, comment je me suis montré dans ces derniers temps où il n'y avait qu'un pas de la mort à l'esclavage. Ils vous diront que j'ai bravé les fers du despotisme et les pognards pour éclairer et rendre heureuse l'humanité, en disant fa vérité à ceux môme qui étaient indignes de l'entendre, et si le themoignage que vous recevrez de mon zèle civique est tel que je l'ai mérité, j'espère, monsieur, de votre justice que vous me rendrez tous les services que votre place vous met à portée de rendre aux citoyens qui aiment la liberté par-dessus tout. Soyez sûr que je serai dur, inflexible envers les tyrans, et que je mourai au poste que je devrais à vos bontés.
« Recevez, monsieur et citoyen vertueux, les sentiments de la vive et sincère fraternité avec lesquels je ne cesserai d'être l'ami du peuple, le défendeur de la liberté, etc.
« Jacques Roux, chez M™ veuve Chechin, rueGrenetat, U, maison Parent. »
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