‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 216 sur 262 · ET LES DAMES DE LA HEINE · texte numérisé non relu

ET LES DAMES DE LA HEINE

( Voir page, 211. )

Plusieurs des dames attachées au service de la reine et de la famille royale les avaient suivies au Temple, mais elles leur furent enlevées dans la nuit, du 19 au 20 août, amenées et interrogées à l'Hotel-de-Ville, puis envoyées au petit hôtel delà Force1.

C'était là que, d'ordinaire, on enfermait les femmes de mauvaise vie. On eut l'infamie d'y détenir ces infortunées qui n'avaientpas craint.au péril de leur vie, de donner à Marie- Antoinetie, prisonnière, une dernière preuve de dévouement et de fidélité.

La princesse de Tarente fut seule envoyée à l'Abbaye. Nous n'avons pu découvrir pour quel motif. Les sept dames écrouôes à la Force étaient Ume de Lamballc, Mme de Tourzel, gouvernante des enfants du roi, MUs Pauline de Tourzel, sa fille, Mm* de Navarre, première femme de chambre de Mme Ëlisabelh, M106 Bazire, femme de chambre de Madame Boyale, M™' Thi-

1. Ce petit hôtel avait une entrée séparée sur la rue l'avée, au Marais, tandis que la porte du grand bûtel s'ouvrait sur la rue des Ballets, à deux pas de la rue Saint-Autoine. Ces deux entrées étaient Lrès-tiloi-néos l'une de l'autre et séparées par un îlot de maisons considérable. La petite Force avait un registre d'écrou distinct. La grande et la petite Force existaient encore, il y a quelques année, telles qu'elles étaient au moment des événements de 1792. Elles ont été détruites un peu avant 1818.

bault, première femme de chambre de la reine, Mme de Saint- Brice, femme de chambre du prince royal.

Mm* de Mackau, qui était aussi une des dames de la reine, mais qui ne se trouvait pas au Temple le 1 9 août, ne fut écrouée que le 2 septembre.

Les ternies mômes dans lesquels est formulée la levée de l'écrou de chacune de ces dames méritent d'être pesés. Ainsi, les deux premières rendtiesà la liberté furent MBe de Tourzel et Mme de Saint-Brice; celle dernière était prête d'accoucher. Elles sont indiquées sur le registre d'écrou comme étant sorties le 2 septembre par ordre de MM. Trnchon et Du val- Des tain. Effectivement, on lit dans le procès-verbal de la séance du conseil général de la commune, à l'ouverture de la séance de la nuit du 2 au 3 septembre, que MM. Truchon et Duval-Destain sont nommés commissaires pour faire une visite à l'hôtel de la Force, quartier des femmes; et, quelques heures après, Truchon, dans le rapport qu'il fait à l'Assemblée nationale, à deux heures du matin, mentionne la mise en liberté de ces deux dames.

Les cinq autres femmes de la reine, M"1*' de Navarre, Bazire,' Thèbault, de Tourzel et de Mackau* sont indiquées comme sorties le 3, sans que l'on mentionne par quel ordre, sauf pour Mme de Mackau, qui est déclarée avoir été relâchée par ordre des administrateurs de police, membres de la commission de surveillance et de salut public1.

Le registre s'explique d'une tout autre manière à l'égard de Mme de Lamballe. Voici la mention de l'écrou :

« Marie-Thérèse-Louise de Savoie de Bonrbon-Lamballe, conduite, le 3 septembre 1792, au grand hôtel de la Force. »

Pendant que cette malheureuse princesse était amenée à ses bourreaux, les prisonnières de la petite Force étaient relâchées. Nous avons retrouvé un rapport de la concierge même de la prison qui, malgré ses termes vagues et ambigus, donne une idée assez exacte de la manière dont les choses se sont passées.

1. Ces indications précises des levées d'écrou confirment pleinement le récit si intéressant qui a été publié récemment, sous lo titre de Souvenirs de Quarante ans, par tes entants de Mu« deTourzeJ, devenue depuis Mn" la comtesse de tîéarn. Ce récit fait, en effet, connaître qu'elle fut délivrée plusieurs heures avant sa mère.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

« Rapport de la dame IJiancre, concierge es prisons du petit hôtel de la Force,

« Le lundi 3 septembre 1792, l'an iv de la liberté, etc., une multitude d'hommes armés est entrée dans le petit hôtel de la Force par le moyen de l'ouverture des portes de la prison des nommes. Aussi tôt qu'ils ont été dans la prison, ils ont demandé les prisonnières. On leur a observé qu'on ne pouvait pas leur livrer sans l'autorisation de la municipalité. Us ont commencé par demander Uma Lamballe, i!s ont forcé le guichetier dépositaire des clefs de marcher avec eus et de leur ouvrir les portes de la chambre dans laquelle elle était renfermée, ainsi que celles des autres dames qui étaient détenues dans ledit hôtel, et ils les ont fait passer du côté de la prison des hommes pour leur faire subir un interrogatoire; une heure et demie après ils sont venus contraindre de leur ouvrir les portes de toutes les chambres et lieux où étaient renfermées toutes les autres femmes. Le peuple qui était au dehors a demandé qu'on ne laissât point sortir ces femmes en liberté sans faire justice des coupables. Dans cet instant, la force armée du dedans s'est transportée du côté de la rue Pavée, pour forcer les guichetiers à laisser sortir toutes les femmes librement; on a observé au peuple que la consigne donnée à la gendarmerie qui était de garde à la porte était de ne laisser sortir par celle même porte aucune prisonnière ; alors celte multitude d'hommes armés est allée chercher M. Dangé, officier municipal ; il est venu au même moment. Après en avoir interrogé plusieurs, il s'est transporté à la porte de la prison, où il a dit qu'on pouvait laisser sortir les prisonnières; il lui a été observé que la majeure partie de ces femmes étaient criminelles et qu'il y en avait plusieurs de jugées et condamnées à des peines quelconques. M. Dangé a fait celte observation au peuple armé, en déclarant qu'il n'entendait pas mettre en liberté les femmes coupables. Il a même invité la force armée à boucher les rues pour les faire arrêter, ce qui n'a pas été exécuté.

« Le nombre des femmes détenues était de 212

« Ve HiANcrtE. »

t. Nous avons retrouvé dans la procédure dirigée en l'an m contre les

Il paraîtrait, d'après ce rapport, que les aulres femmes de la reine comparurent devant le tribunal de sang, présidé par Hébert et Rossignol, mais il n'existe aucune trace de cetie comparution dans les récits contemporains.

Les outrages faits au cadavre de la malheureuse princesse de Lamballe ont élé cent fois racontés. Naturellement aucun proeùsverbal authentique ne les constate. Les deux pièces suivantes que nous avons retrouvées sont, avec celles déjà connues, les seules pièces officielles que l'on ait sur la lin de cette amie de la reine1 :

EXTRAIT 00 REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS DE 1A SECTION DES QUINZE- VINGTS.

h septembre 17lJ2. — Un individu, introduit à l'assemblée générale au nom de M. de Penthièvre, a présenté la somme de GOO livres en trois assignais pour que la tète de M™8 de Lamballe fut inhumée dans la section des Quinze-Vingts. L'assemblée a mis en arrestation l'individu qui se nomme François-Jacques Tointel. Jusqu'à ce que les renseignements fussent pris à cet

septembriseurs plusieurs dépositions qui donnent quelques éclairci -sera ont s sur la manière dont les 219 prisonnières de ta Petite-Force furent sauvées. On vint les éveiller dans la nuit du 2 au 3 septembre, on les mil dans les rangs d'un détachement de gardes nationaux qui les conduisit à demi habillées dans l'église du Petit- Sitinl-Antoinf, d'où elles eurent, quelques beures après, la liberté de s'en rétourner clicz elles. (Dossier Caval et Chautrot.)

■t. La Revue rétrospective, 1" série, tome III, p. 153, donne le procès-verbal d'inhumation delà tète de Mnie de Lamballe; les Mémoires sur les journées do septembre (édition de Didot, 1858, p. x de l'introduction), donnent deux pièces importantes : l'une Cît le procès-verbal dressé le 8 septembre par un membre du conseil général de lu commune, chargé d'examiner une lettre trouvée dans la poche de M"" do Lamballe; l'autre est cette lettre même éeri!c à la princesse de Lamballe par la duchesse de Bourbon.

Les mémoires de Webor contiennent aussi quelques déiailssur l'intervention des serviteurs du duc de PenthiiWi'ij qui fliLTclit'-iTiiL à vor.:n?.il l ir Urs retins de cette infortunée princesse. Cette intervention a été singulièrement travc.tie dans un rapport que Bazirc fit à la convention, le fi novembre 1703 (Moniteur, n"> 312 et 'Sl'i), au nom du comité de sùreié générale. Ce rapport n'est, du reste, qu'un tissu d'absurdités et de mensonges qui se réfutent d'eux marnes. On ne comprend pas comment quelques historiens l'ont pris pour guida dans leur récit des jour liées de septembre.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

NOTES

effet, l'assemblée a refusé de recevoir le corps de la ci-devant dame Lamballe, parce que, étant traître à la patrie, elle ne mérite d'autre place que celle des conspirateurs. »

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