ET SALAIBE DES MASSACREURS
(Voir les livres XI et XII.)
La plupart des historiens de la Révolution française, à quelque point de vue qu'ils se soient placés, à quelque parti qu'ils appartiennent, MM. Thiers, Mïgnet, Bûchez et Roux, Michelet, de Barante, Lamartine, n'ont pas hésité à reconnaître que les massacres de Septembre avaient été préparés, organisés, payés parla commune insurrectionnelle, ou du moins par les meneurs qui parlaient et agissaient en son nom. Cependant la thèse contraire a été soutenue par quelques écrivains de l'école ultrarévohitionnaire, par MM. Dupont {de Bussac) et Marrast, dans les Fasles de la Révolution Française, ouvrage qui en est resté à son premier volume, et par M. Louis Blanc qui, dans le tome septième de son Histoire de la Révolution Française, a emprunté à l'ouvrage inachevé, que nous venons de citer, la plupart de ses raisonnements et de ses chiffres.
Précisons d'abord les propositions sur lesquelles ces écrivains ont basé toute leur théorie, et pour ne pas être accusé d'en affaiblir la valeur, employons leurs propres expressions :
« Non, elle n'existe pas cette pré médication froide, systématique, infernale, qui centuplerait l'horreur d'événements déjà assez horribles. » (Louis Blanc, tome VII, p. 151.)
« Les journées de Septembre furent spontanées, ne*cessairest en quelque sorte fatales. » (Fastes de la Révolution, p. 389.)
516 flISTOIllff DE LA TERREUR.
« La prétendue direction du comité de surveillance est un mensonge historique. » [Fastes de ta Révolution, p. 370.)
M. Louis Blanc cite cette phrase en se l'appropriant :
« Le salaire promis et payé aux hommes de Septembre est une vieille calomnie inventée, perpétuée par les royalistes, les feuillants et les girondins. » [Fastes de la Révolution, p. 37ft.)
« Si le sang des victimes de Septembre fut versé dans les transports d'un abominable délire, il ne fut pas du moins payé aux forcenés qui le versèrent. » (Louis Blanc, p. 276.)
Ces écrivains, on le voit, ont mêlé à . dessein deux questions très-distinctes, parce qu'ils ont senti que la solution de l'une devait singulièrement influer sur la solution de l'autre. Ces deux questions sont celles-ci :
1° L'envahissement des prisons fut-il le résultat d'une émeute spontanée et irrésistible?
2° Les assassins reçurent-ils un salaire ?
Le 2 septembre il n'y eut pas d'émeute; aucune maison de détention ne fut forcée, aucune porte ne fut brisée, aucun mur escaladé; ni l'Abbaye, ni la Force, nulle prison ne subit un simulacre de siège. Les portes s'ouvrirent pour ainsi dire d'ellesmêmes, les registres d'écrou furent apportés à la première demande des envahisseurs; nulle part les concierges et les guichetiers ne firent de résistance, n'opposèrent de protestation. Cependant presque tous ces concierges étaient de braves gens, pénétrés de leurs devoirs et connus par leur bonté et leur énergie. Bault à la Force, Richard à la Conciergerie, Délavaquerie à l'Abbaye ,■ donnèrent, dans d'autres circonstances, avant et après les événements de Septembre, des preuves réitérées de leurs sentiments humains et charitables1.
Le personnel subalterne des prisons était composé aussi bien que possible; il ne fut épuré dans le sens démagogique que plus d'une année après, au plus fort de la tourmente révolutionnaire.
Pourquoi concierges et guichetiers ne firent-ils pas ce jour-là leur devoir comme ils le firent dans tout autre moment? — C'est
i. Richard d'abord, et Bault ensuite, étaient à la Conciergerie pendant Jes deuj mois et demi que la reine Marie-Antoinette y fut enfermée. Ils se montrèrent l'un et l'autre pleins d'égards pour cette immense infortune.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
NOTKS.