‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 240 sur 262 · B.-N.-F. POU GUET DE LA BUNIÈRE · texte numérisé non relu

B.-N.-F. POU GUET DE LA BUNIÈRE

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

NOTES

« A Étampes, le 7 septembre 1792.

a Je ne crois pas avoir longtemps à vivre, 'mon ami. Par la date de la présente, vous verrez que nous sommes en route pour Paris. Je vous préviens que je viens d'adresser mes dernières volontés pour être remises à ceux auxquels je les ai cachées jusqu'à présent. Au terme où je suis, on ne peut plus cacher ses affaires ; vous aurez donc plus de facilité à faire connaître ce que je vous ai confié d'après ce que j'ai fait.

« J'ai écrit à M. Fuet pour le prier de vous envoyer mon portemanteau avec la petite boîte qu'il a depuis longtemps. Il vous fera passer aussi 938 liv. que M. Duroux père a touchées de ce qui m'était dû. Vous ferez payer 240 liv. que je dois à M. Goy, chirurgien du 20* régiment; il a un billet. Jouen en a aussi un de 100 liv. que je lui dois; je suis de plus redevable à Maillé d'un louis. Voilà le reste de mes affaires, mon cher ami, dont j'espère que vous m'acquitterez. Le reste des 938 fr., ainsi que tous mes effets, sont, comme vous le savez, pour ma triste amie ; consolez-la et protégez-la, et faites pour la mère et la fille tout ce que votre attachement pour moi vous dictera. Adieu, mon cher Gérard, je suis si près de ma fin que je ne pense plus à ce monde ; recevez donc mon dernier adieu et conservez le souvenir de votre malheureux ami,

« La Blikière.

« Je n'ai pas la force d'écrire à celle que j'aimerai jusqu'à mon dernier soupir; dites-lui après moi mes derniers sentiments pour elle et pour l'objetde notre commun amour. Adieu.

« Votre cousin attend son sort avec impatience, mais il n'en perd ni la gaieté ni l'appétit. Qu'il est heureux ! il est seul dans ce monde, et les douleurs de son cœur ne font pas ses tourments. 11 vous embrasse ainsi que moi, et tous les deux nous nous recommandons aux prières de Mme Gérard. »

Les deux lettres suivantes sont adressées par le même officier à deux représentants de la Législative; le premier, Taillefer, montagnard, qui devint conventionnel, vota la mort de Louis XVI; le second, Delfau, membre de la droite, et dont

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nous avons rapporté le courageux discours dans notre premier volume, pages 266 de la première édition, et 270 delà deuxième.

« A Monsieur Taillefer, député à l'Assemblée nationale.

« Étampes, le 6 septembre 1792.

« Monsieur et cher cousin , « Accusé, avec trente-cinq autres malheureux comme moi, d'avoir eu l'intention de livrer la ville de Perpignan à des ennemis qui n'ont jamais existé et que personne n'a jamais vus, j'ai été compris dans un décret de l'Assemblée nationale ; il y a neuf mois que nous gémissons dans les prisons sans avoir pu obtenir un jugement, quelques démarches que nous ayons pu faire. Au bout de tout cela, on nous traduit fort durement à Paris; et c'est notre escorte, du moins une partie, qui nous prédit que nous serons déchirés, quelque précaution qu'ils puissent prendre, en arrivant, ou dans les prisons. Nous croyons être à l'abri de tout reproche, persuadés que nous avions donné les meilleures preuves de notre civisme en observant la loi et la faisant observer autant qu'il nous était possible par nos soldats, point sur lequel ils nous ont rendu justice dans l'adresse qu'ils ont adressée à l'Assemblée nationale et qui fait pièce à notre procès. Je suis persuadé, mon cher cousin , que si vous vouliez venir au-devant de nous avec mon cousin Delfau , vous pourriez nous préserver de grands malheurs. J'ose assez compter sur votre attachement, quoique je n'aie pas l'honneur de vous connaître, pour espérer que vous voudrez bien le faire et nous faire juger de suite. Si nous avons le temps d'arriver à la prison, notre procès n'a besoin que d'un moment d'examen pour en voir toute l'absurdité. Je ne vous parle pas d'une route de vingt-neuf jours qu'on nous a fait faire dans l'hiver, d'une manière si dure que ce que nous avons éprouvé serait bien seul capable d'expier les plus grands crimes; c'est bien malheureux quand on est accusé d'un crime qui ne pouvait pas exister. Nous nous étions tous promis de servir la patrie d'après les lois, et, jusqu'à notre malheureuse arrestation, aucun officier n'avait quitté son poste. J'ose croire que vous voudrez

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NOTES

me donner la consolation que je vous demande en qualité de parent et de pays; ma reconnaissance sera éternelle, je vous prie d'en être persuadé, comme du respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

« Adhémar aîné. »

« A Monsieur Delfau, député, a l'Assemblée nationale,

([ A Éfampes, le 6 septembre 1792.

« On nous transfère à Paris, très-cher cousin , après neuf mois de prison. La plus grande partie de notre escorte nous prédit que nous serons massacrés en entrant dans la capitale Veuillez venir au-devant de nous, avec les marques distinctives de votre caractère; vous ayant avec nous, je suis persuadé que nous serons à l'abri de tous les malheurs qui nous menacent; nous sommes trente-cinq accusés dans le décret où je suis compris, sans aucune preuve. Nous avons gémi dans les prisons sans pouvoir obtenir un jugement. Si nous pouvons arriver dans les prisons, nous vous prions de vous intéresser pour nous faire juger le plus tôt possible ; en voyant les pièces de notre procès, on verra les absurdités relativement aux intentions qu'on nous a supposées; ne manquez pas de venir comme je vous le demande, mon très-cher cousin. J'ose croire que vous voudrez nous donner cette marque d'attachement. J'ai écrit à M. Taillefer pour le même objet; je l'ai prié de vous en parler. Je suis persuadé que vous ne négligerez rien pour mettre nos jours en sûreté, et vous prie de me croire, etc.

(I ÀDHÉMÀR AISÉ.

« Mon frère me charge de vous dire les choses les plus honnêtes de sa part. »

Pendant qu'Adhémar l'aîné écrivait cet appel désespéré à deux parents, qu'en mourant il dut à tort accuser d'indifférence, son plus jeune frère s'efforçait de rassurer sa mère.

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« A Madame Adhèmar à Belvcs (Dûrdogne)*

«Étampes, le 7 septembre 1702.

« Ma très-chère mère, « Nous gommes à la dernière journée de Paris, nous ne savons pas notre destination ; le général qui commande notre escorte a les meilleures intentions pour nous préserver des malheurs dont nous sommes menacés, ainsi que toute la troupe. Veuillez être rassurée sur notre compte; quant à nous, nous le sommes, étant revêtus de l'innocence à l'abri de tout reproche. Ne vous donnez pas au chagrin ; on nous rendra justice. Je suis, avec le plus profond respect,

« Votre soumis fils,

« Adhémar.

<( Mon frère se porte très-bien, me charge de vous assurer de son respect; mon cousin vous fait les mêmes assurances. »

Il y avait également, dans le régiment de Cambrésis, deux officiers du même nom de Montyon. Nous avons trouvé trois lettres signées de ce nom, mais sans prénom; du reste, les deux frères étaient animés des mêmes sentiments envers leurs parents.

« Madame de Montyon, pris de l'Esplanade, à Arras.

a Étampes, le 7 septembre 1792.

a Nous sommes arrivés hier soir, chère mère, en très-bonne santé; il est probable que nous pourrons obtenir un jugement plus prompt : c'est tout ce que nous désirons depuis longtemps. Après une captivité de neuf mois, la liberté nous sera plus précieuse ; il en est de cela comme de la santé, dont on ne connaît bien le prix que lorsqu'on a été longtemps malade. Soyez sans inquiétude sur nous; notre garde, ainsi que leur commandant, paraissent disposés à nous garantir de tous événements fâcheux. Leur désir est d'accélérer notre jugement pour voir les innocents séparés de ceux qui ont le malheur de ne pas l'être. Certains que nous n'avons rien à nous reprocher,

NOTES

nous soupirons après le moment de nous justifier. Dès que nous serons libres nous volerons dans vos bras et nous y oublierons toutes nos souffrances et nos malheurs; c'est le seul dédommagement que nous ayons à attendre; il suffit à nos cœurs.

«Mille tendres amitiés de notre part à mon père et à la petite Goton. Adieu, ma chère mère, nous vous embrassons de tout notre cœur et nous vous aimons de même. Notre attachement durera autant que nous.

» Montton. »

« Madame Durand de La Roque, à Saint-Hippolytel dans les Cèvennes, en Languedoc.

« Étampes, le 7 septembre 1762.

« Je profite d'un séjour que nous faisons ici, ma chère tante, pour vous donner une marque de souvenir et vous en renouveler les assurances; dans la position où nous sommes, il faut mettre à profit le présent, car l'avenir est incertain. Que cette réflexion ne vous alarme pas; il est très-vrai que nous courons des risques, mais notre escorte et leur commandant sont trèsrésolus à nous en garantir autant qu'il dépendra d'eux. Nous sommes partis mardi d'Orléans, au nombre de cinquante-trois, pour être transférés dans les prisons de Paris. L'Assemblée n'a pas approuvé ce voyage et a envoyé en conséquence une commission pour arrêter notre marche pour cette ville ; on dit que nous n'y allons plus et que nous serons conduits a Versailles. Nous devons partir demain et nous arriverons à notre destination après-demain. Notre manière de voyager est peu agréable, mais notre route de Perpignan nous a aguerris. Nous nous trouvons moins malheureux que nos autres compagnons d'infortune à qui cette manière doit paraître bien pénible. Nous soupirons tous après le moment de notre arrivée, parce qu'on nous fait espérer un prompt jugement. Vous savez que nous soupirons après depuis bien longtemps; il est affreux d'être privé de sa liberté lorsqu'on n'a aucun reproche à se faire et que l'on est victime de la calomnie.

« MOKTVON.

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« Attendez pour m'écrire que je vous donne de nouveau de mes nouvelles. Adieu- »

« Monsieur de Moniyon, maréchal de camp, par Massine, à Blesle, m Auvergne.

« Étampes, le 7 septembre 1792.

« Nous voici ici depuis hier, mon cher oncle, et nous partons demain pour Versailles. On nous conduisait à Paris, mais l'Assemblée ne l'a pas voulu. Notre santé est assez bonne, quoique notre manière de voyager soit très-fatigante. Nous sommes cinquante-trois prisonniers; ce qui nous console d'une "translation désagréable, puisqu'il n'est question que de changer de prison, c'est l'espoir d'être bientôt jugés et de pouvoir prouver notre innocence. Soyez sans inquiétude sur noire compte, les gardes nationales qui nous escortent paraissent très-disposées, ainsi que leur commandant, à nous garantir des risques du voyage. Le peuple nous croit coupables parce que nous sommes accusés; l'expérience lui prouvera que cette manière de juger est injuste; il me tarde bien d'être libre pour pouvoiraller dans ma famille me dédommager de neuf mois de la plus dure captivité.

« Adieu, mon cher oncle, je vous embrasse tendrement et suis pour la vie le plus affectionné de vos neveux.

« Momton. »

Transcrivons maintenant, sans ordre, les lettres émanées d'autres officiers du régiment de Cambrésis, et rétablissons, autant qu'il est possible, les signatures qui ne se trouvent pas au bas de quelques-unes de ces lettres. Pour ce travail de recherches, nous nous servons : 1° de l'acte d'accusation dressé contre ces officiers et inséré au Moniteur de 1791, n° 349, et des reçus donnés par Fournier et Bécard, lorsqu'ils prirent livraison des prisonniers qu'ils devaient conduire aux assassins apostés à Versailles.

Voici d'abord plusieurs billets très-courts. L'espérance d'être bientôt libres éclate à chaque ligne :

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NOTES

« A Monsieur Maselaigne (Paul), vis-à-vis les Minimes, paroisse Saint-Justin, à Lyon.

« Ëtatnpes, le 0 septembre 1792.

« Tu vois par ma lettre, mon bon ami, que nous faisons une route contraire à celle que je t'ai annoncée il y a deux jours. J'aime bien mieux aller a Paris, parce que j'espère que l'on nous jugera bien vite; il est bien temps, depuis neuf mois que nous ne pouvons l'obtenir. Adieu, je t'embrasse de tout mon cœur1. »

tt Mademoiselle Grammont, à Villefranche, département d'Avignon.

o D'Étampes, le 6 septembre.

« Parla date de cette lettre, vous verrez que la translation à Paris dont je vous ai parlé s'est effectuée. Jusqu'à ce moment j'ai fort bien soutenu les fatigues de cette manière de voyager. Je vois avec plaisir approcher le moment où des juges démontreront à la France entière le vrai but de notre conduite par un jugement dicté par l'équité et légalement rendu. Adieu, je vous écrirai quand je serai rendu à ma destination et que je serai certain que vos lettres me parviendront.

« Charles Lelayboul. »

« A Madame de Saint-Jouan, à Saint-Malo, Ille-et-Villaine.

« Étampes, à 12 lieues de Paris, 1 septembre.

« Encore un mot, ma chère maman ; depuis dix jours nous avons plusieurs fois changé de destinée. L'autre jour nous partions pour Saumur, hier pour Paris et demain pour Versailles. Voilà, ce me semble, où nous devons séjourner sous la garde de Dieu et celle de MM. de la troupe nationale parisienne. Je ferai mon possible pour vous donner de mes nouvelles. Veuillez me rappeler au souvenir de ma famille et surtout des personnes qui

i. II y avait parmi les accusés du regîmeat de Cambrésis, un officier du nom de Maielaigne.

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vous entourent. Je n'ai aucun mérite à les aimer, je ne fais que céder à une impulsion de mon cœur, mais je les prie de songer quelquefois à celui qui est tout à vous et à elles.

« J'ai remis à quelqu'un de confiance une lettre qu'il vous fera passer s'il y a lieu. Je ne l'ai point signée, mais je vous la recommande. Ma tranquillité serait troublée si je pouvais croire qu'il en fût autrement. Il me coûte de vous quitter, mais enfin il le faut'. »

Viennent ensuite d'autres lettres beaucoup plus sombres. On voit que les infortunés qui les écrivirent ne conservent que trèspeu d'espérances et qu'ils pressentent déjà où on les mène.

« A Mademoiselle Pargade*. à Pau (Basses-Pyrènèes).

« Élampes, le G septembre.

« Encore une dernière épreuve, ma chère et tendre sœur, pour toi. Mes maux paraissent être à leur comble; ils vont vraisemblablement finir; prépare ma malheureuse maman à lire celte lettre fatale et dites l'une et l'autre que je ne serai plus lorsque vous la recevrez.

« Je ne m'attendais pas, ma chère maman, de dater ma lettre d'Étampes-, on a voulu absolument nous mener à Paris. J'ai demandé l'agrément de pouvoir vous écrire encore une fois; je ne vous cache pas que je suis bien persuadé que vous n'en recevrez jamais d'autre de ma main. Ma plus grande peine est de vous laisser en proie à une douleur éternelle; pour ce qui me regarde, j'ai fait le sacrifice rie ma vie en rapportant toutes mes pensées à Dieu. Si quelque chose peut adoucir ma position, c'est de savoir que je n'avais point mérité ma destinée, de connaître mon innocence. Puisse-t-elle faire votre consolation! C'est le dernier vœu que je forme. Sarrante est resté à Orléans. Mes malheurs le ramèneront auprès de vous. Sa conduite auprès de

1. Il D'y avait pas d'officier du nom de Saint-Jouan parmi les prisonniers. Le seul nom Breton est celui de M. de Kersauson.

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