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Il y avait un officier de ce nom parmi les prisonniers

NOTES

moi est inimitable, ses bienfaits seront gravés dans mon cœur tant que je respirerai, vous vous en rappellerez également; je suis forcé de céder ma plume à mes camarades d'infortune, pour jouir de cette dernière douceur. Adieu, ma très-chère sœur et trop sensible mère, que de pleurs ne verserez-vous pas dans toute votre vie! , « Nous arriverons dimanche à Paris. »

« Monsieur Larivière, administrateur du département de la ' Baute-Garonn-e, rue des Fttateurs, à Toulouse1,

" Estampes, le 6 septembre 1702.

« Mon départ d'Orléans te surprendra sans doute, mon cher ami, et je t'avoue que j'en ai été plus étonné que tu ne le seras sansdoute. Rien, jusquesil yahuit jours, nenous promettait ce changement de domicile, mais le destin en a décidé autrement ; il faut suivre son sort. 1,500 hommes de la garde nationale parisienne sont venus à Orléans pour partager auprès de nous le service des habitants de cette ville. Leur séjour dans cette ville n'a attiré encore aucun événement fâcheux; mais le troisième jour est arrivé un ordre de l'Assemblée nationale, je crois, pour nous transporter à Saumiir. Le chef des volontaires parisiens et le corps entier ont eu des raisons pour changer notre destination, et notre départ pour Paris a été décidé. Nous nous sommes donc embarqués le h et arrivés ici il y a deux jours. Nous y séjournerons demain et arriverons dimanche dans la capitale. Nous désirerions jouir de l'incognito, mais cela ne se peut pas; à deux heures après midi, 53 prisonniers et une escorte de S, 000 hommes, sans compter ce qui peut-être viendra audevant de nous, en démontre l'impossibilité. A notre arrivée ici nous avons eu des commissaires de la municipalité de Paris. Ils sont, je pense, porteurs d'ordres qui ont pour objet notre sûreté ; il est bien difficile de la garantir. Notre parti est pris là-dessus.

i. Cette lettre a dû être écrite par M. Larivière, officier du régiment de Cambrésis qui se trouvait parmi les prisonniers et qu'il ne faut pas confondre avec le juge de paix Estienne Larivière, dont nous avons rapporté plus haut les deux lettres.

Je me porte bien et le reste ira comme ça pourra, je ne suis pas assez heureux pour désirer de vivre. Quel monde que j'aille habiter, tu me seras toujours extrêmement cher, toi et toute ma famille; je ne répéterai que cela; votre attachement pour moi ajoute beaucoup à la répugnance qu'on a nécessairement à l'approche de, sa destruction. Je la redoute plus pour vous que pour moi. Votre amitié me garantit vos regrets, et c'est une de mes grandes peines peut-être.

« Adieu, mon cher ami , j'ai toujours eu de l'attachement pour toi et je t'aime encore davantage. Adieu pour la vie. »

Enûn les deux dernières lettres que nous ayons retrouvées des officiers du régiment de Cambrésrs nous apprennent que le maire démagogue Lombard- Lâcha ux avait tenu à l'égard des prisonniers la même conduite que Fournier. Il s'était aussi posé vis-à-vis d'eux en protecteur et en ami ; mais ni comme maire d'Orléans, ni comme membre de la convention, il n'éleva la voix pour réclamer vengeance au nom de ceux qui avaient mis en lui leur confiance.

« A monsieur Bigot, décoré de la croix de Saint-Louis, officier municipal à Montjoux, à Dieu-le-Fit (Drômc).

« Étampes, le G septembre 1792.

« Je vous préviens, mon cher ami, que j'ai laissé à Orléans, chez M. Picard, régisseur delà maison Saint-Charles, une malle contenant du linge, etc., que je vous prierai de faire retirer lorsque je vous en donnerai avis... Vous pouvez vous adresser à notre ami M. Lachaux, maire, qui se chargera de vous faire parvenir ces différents objets.

« Adieu, mon cher ami, je me porte bien et je vous embrasse de tout mon cœur.

« Montjoux. »

« Nous arriverons dimanche à Paris, où j'espère que nous ne tarderons pas à être jugés, et par conséquent libres. Je vous écrirai le plus tôt que je pourrai. J'ai deux malles à Perpignan, chez M. Flammant, mon hôte. 11 est tailleur pour femmes, place Laborie. »

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

NOTES

« A monsieur Lacltaux, maire d'Orléans, à Orléans.

n Étampes, 6 septembre 1792.

« J'espère, monsieur, que vous aurez eu la bonté, comme vous avez bien voulu me le promettre, d'annoncer à ma mère mon départ pour Paris, n'ayant pu le faire moi-même à cause de la précipitation avec laquelle je suis parti.

« Nous sommes arrivés tous ici sans le plus petit accident. Nous en avons été quittes pour quelques sottises de la part du peuple, mais nous avons beaucoup à nous louer des chefs de notre escorte. Ils sont on ne peut plus honnêtes et prennent toutes les précautions pour qu'il ne nous arrive rien de fâcheux, et je suis persuadé que nous arriverons sains et saufs h Paris, où nous attendrons notre jugement avec impatience et sécurité. Adieu, monsieur, soyez persuadé que je n'oublierai jamais vos honnêtetés et bontés pour moi et que ma reconnaissance égale le sincère et inviolable attachement avec lequel, etc.

« Monjouk.

(c Je vous prie , monsieur, de vouloir bien assurer madame votre épouse de mon respect. »

Après les lettres des officiers du régiment de Cambrésis viennent naturellement celles des bourgeois et artisans de la ville de Perpignan, compromis pour la même affaire. Dans quelquesunes éclatent une espérance naïve et une confiance absolue à l'égard des chefs de l'escorte. La première est d'un ouvrier tourneur qu'une accusation absurde avait transformé en criminel d'État.

« D 'Étampes, le 7 septembre 1702.

« Je t'écris, petite femme, pour te dire que nous sommes sur la route de Paris. Les personnes qui sont chargées de nous escorter nous traitent avec la meilleure douceur, l'Assemblée nationale a pris tons les moyens qui étaient en son pouvoir pour protéger notre translation; toute notre confiance est en leur surveillance, et d'après les principes qui les dirigent, il

faut espérer que nous arriverons heureusement à notre destinée, qui est Versailles. Les commissaires qui sont envoyés à notre rencontre ne font pas moins leurs efforts pour seconder tes bonnes intentions du corps législatif et de la garde nationale qui nous conduit. C'est ainsi que dans notre position nous respirons des faveurs, que les malheureux désirent de jouir. I) ne peut plus nous rester aucun doute sur la pureté de leurs intentions, qui se bornent à faire accélérer les jugements, afin que ceux qui méritent de jouir de leur liberté n'en soient plus privés. Adieu, petite femme, je ne ferai faute de t'écrire dès que je serai rendu à notre destination, si toutefois on nous l'accorde. Je vous embrasse tous, et suis pour la vie ton bon époux.

« Doc fils. »

« A monsieur Comellas, place de Laborie, à Perpignan.

o Estampes, le 6 septembre 1192.

« Nous séjournons aujourd'hui à Estampes; il paraît certain que nous partirons demain pour Versailles où nous arriverons vraisemblablement lundi. Gomme toi, je ne crois pas tout ce qu'on peut vous avoir écrit d'Orléans. J'ai très-bon augure de notre voyage, nous nous portons tous bien. Je t'écrirai de suite après notre arrivée pour que tu connaisses ma position et mon adresse. Adieu, mon cher ami, embrasse pour moi ma chère cousine; vous êtes les seuls objets qui m'occupent dans mon malheur; je serais beaucoup plus malheureux si vous n'étiez plus heureux que moi. Donne de mes nouvelles à mes parents et amis, et crois moi pour la vie ton ami,

« Comellas. »

ii A madame Margouet, grande rue de la Mole, à Perpignan.

a Estampes, département de Seine-et-Oise, le 1 septembre.

« Cinq commissaires, ma chère sœur, arrivés hier au soir, ont changé les dispositions de notre voyage. Nous séjournons ici aujourd'hui pour nous rendre demain aux prisons de Ver-

NOTES

sailles, où l'on vérifiera, dit-on, nos procès pour nous juger définitivement; c'est ce qui me console. Les chefs de l'escorte sont très-affables et très-honnêtes. J'espère que nous finirons notre route sans qu'il nous arrive rien ; enfin, si je ne peux te donner de mes nouvelles, prends patience , je serai pour toujours le plus affectionné frère. Adieu.

n Moliniek.

« Procure-toi les papiers publics dans lesquels, sans doute, il sera fait beaucoup mention. »

Deux autres accusés, portant le même nom et évidemment parents éloignés, ne sont pas aussi rassurés que leurs camarades; mais ils dissimulent leurs trop justes pressentiments, afin de ne pas effrayer leurs familles* Le signataire de la première lettre est évidemment un négociant de Perpignan, car, par suite d'une longue habitude, il appose au bas de sa lettre la signature sociale.

« A mesdemoiselles Anne ïtocantalos de Marant, chez monsieur Vincent Boxader et Costa, à Perpignan.

« A Estampes, le 6 septembre 1792.

« Ma chère tante, nous sommes partis d'Orléans mardi dernier pour nous rendre à Paris. Je profite de la liberté que nous donnent les chefs de notre escorte pour vous donner des nouvelles de ma santé qui est fort bonne ; j'espère qu'il en sera de même dorénavant. Dès que je pourrai vous donner des nouvelles de notre arrivée à Paris qui sera dimanche, je le ferai. J'avais laissé une lettre à Orléans pour vous faire part que nous allions à Sanmur, mais il en a été décidé autrement. Ainsi cette lettre devenant inutile, elle n'aura peut-être que l'avantage de me procurer plus tôt une réponse ; je ne sais où nous serons à Paris, ainsi je ne puis vous donner mon adresse. J'ai mis tous mes effets dans la malle du petit Boxader, que nous avons laissé à M. Picard, régisseur du couvent Saint-Charles, à Orléans, qui est à l'adresse de son oncle Gagnon. Ménagez, ma chère tante, votre santé, ce sera une consolation pour moi de

vous savoir bien portante. Mille choses de ma part à Joseph, ainsi qu'à tous mes parents, amis et voisins.

« V. Boxader et Costa. »

« A monsieur Gagnon, directeur de la poste aux lettres, à Perpignan.

« Mon très-cher oncle, « Cinq commissaires, envoyés de l'Assemblée nationale ici, ont fait changer les dispositions de notre route. Au lieu de nous rendre à Paris, nous serons transportés à Versailles pour que nos procès soient jugés définitivement. Dans l'état présent des choses, cette nouvelle est fort heureuse. La lettre, que je vous écrivis hier, était faite avant l'arrivée de ces commissaires, ainsi nous comptions encore nous rendre à Paris; nous séjournons ici, nous n'en partirons que demain ; je vous ferai part de notre arrivée aussitôt qu'il me sera permis. En attendant, ma santé est fort bonne, ainsi que celle de tons mes camarades; notre position s'améliorera après notre arrivée. Nous n'avons qu'à nous louer des chefs de notre escorte dont le zèle infatigable a fait obtenir le changement de destination. le vous prie de m'ecrire aussitôt que vous aurez reçu de mes nouvelles. Ma malle est à Saint-Charles, vous savez déjà mes dispositions à cet égard.

« F. Boxader.

h A Êtampos, le 7 septembre 1792. »

Le signataire de la dernière est un ex-procureur de Perpignan. Celui-là connaît trop bien les passions humaines pour se faire la moindre illusion.

« Adieu, mon cher ami, peut-être pour la dernière fois. Tu auras la bonté de dire à mon épouse, et d'agir pour elle pour retirer la malle que j'ai laissée à Orléans et l'ouvrir pour que chacun de mes parents puisse reconnaître les effets qui nous appartiennent, sans compter ce que j'ai remis à Thérèse Boulanger.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

NOTES

« Nous allons à Paris; tu peux te figurer que nous n'arriverons point aux prisons. Adieu donc pour la dernière fois. Priez pour moi.

• a Blandinièrb.

« Le 6 septembre 1792. »

Les quatre dernières lettres que nous avons recueillies contiennent toutes des louanges en faveur de Fournier, tant ce misérable avait su tromper tous les malheureux qu'il menait à la boucherie. Deux sont signées par des prisonniers appartenant à d'autres catégories et placés sous le poids d'accusations spéciales; deux autres sont sans signature; l'une d'elles est datée d'Arpajon, 8 septembre, quatre heures de l'après-midi; c'est la dernière en date de toutes ces missives si palpitantes d'intérêt, au moyen desquelles nous avons pu, presque heure par heure, retrouver la trace des sentiments divers qui animaient les infortunés prisonniers pendant tout leur lamentable voyage.

« Madame Mocette, à Bellenove [Allier).

« Estampes, le G septembre 1192.

« Ma chère amie,

h Je n'ai pas pu vous écrire avant mon départ d'Orléans, relativement à ce que nous avons été pressés de partir par un détachement de mille hommes, qui sont venus chercher tous les prisonniers de la haute cour pour les conduire à Paris pour y être jugés. Je vous écris en route pour vous prévenir de ne pas être inquiète de moi, car nous avons affaire à deux braves généraux qui répondent de nous conduire à bon port, et il vient de nous arriver deux commissaires députés par l'Assemblée nationale, qui nous ont promis qu'ils nous garantissaient toute sûreté et justice; par conséquent je suis tranquille. L'on ne cherche point à punir les innocents, mais bien les coupables; en conséquence je suis sûr de mon fait de ne pas être puni.

« Je vous prie de vous acquitter de la commission que je vous aï chargée de faire par ma dernière lettre. Adieu, conservezvous.

« Mocette. »

« Madame Dubreuil, à la Guerche, par la Charitè-sw-Loire {Nièvre).

« Le 1 septembre, à Estampas.

« Très-chère maman, c'est avec bien de la douleur qtie j'ai vu notre séparation; votre position m'a plus inquiété que la mienne, connaissant votre sensibilité, 11 vient d'être arrêté que nous changerions de destination, et nous allons définitivement à Versailles. A mon arrivée je serai plus en mesure de vous faire passer de mes nouvelles; je vous ferai part en même temps de mon adresse. On nous fait redouter notre destination à Paris ; mais, par l'ordre des commissaires envoyés par l'Assemblée et la fermeté du général chargé de notre iransfèration qui a ramené le peuple à des voies de douceur et de justice, fait (sic) que j'espère la voix d'un jugement où mon innocence pourra pénétrer malgré la malveillance de mes ennemis? J'aurai l'honneur de vous écrire plus particulièrement à mon arrivée. En attendant, recevez les assurances du plus sincère attachement> etc- « Dubreuil. »

« Monsieur Garodeau, rue Vivienne, 23.

« Estampes, jeudi 0 septembre i7tfô.

« Nous sommes arrivés ici ce matin entre dix et onze heures, par un fort beau temps et sans aucun accident. J'ai bien dormi et bien dîné; nous séjournons ici demain, et je profiterai de ce séjour pour vous envoyer les éclaircissements et pièces que je vousavais promis. Toutes les personnes, qui s'intéressent à nous, doivent beaucoup de reconnaissance aux deux commandants de notre garde nationale qui, par leurs soins et leur intelligence, entretiennent l'ordre et procurent notre sûreté. Nous avons trouvé ici, en arrivant, trois commissaires de la municipalité, envoyés par le pouvoir exécutif en vertu d'un décret de l'Assemblée nationale ; nous ne connaissons point encore l'objet de leur mission et nous ne pouvons que faire des vœux pour qu'ils réussissent à faire exécuter les ordres du corps législatif;

« Adieu, à demain, j'espère pouvoir satisfaire à tout ce que vous m'avez demandé. »

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