DÉPOSITION DU CITOYEN LARODSSE
« Le 9 floréal, l'an 111e de la république française, s'est présenté devant nous le citoyen Pierre François Larousse, ci-devant porte-clefs de la maison d'arrêt des Minimes, à présent demeurant rue du Petit-Horloge, n° 10, section des Piques, qui a fait la déclaration suivante :
« Je déclare que le 22 ou le 23 août1, Léonard Bourdon, avec deux autres citoyens de Paris que je ne connais pas, se sont transportés dans la maison dite les Minimes, dont j'étais alors porte-clefs- Ils ont demandé à faire la visite des prisonniers à l'effet d'en connaître la quantité, ont monté dans les corridors, sont entrés dans toutes les chambres, ont pris les noms de tous les prisonniers et le numéro de chaque chambre, en leur promettant qu'ils allaient s'occuper de leurs affaires, et que sous peu ils auraient leur élargissement. De cette époque à celle du 31 août, Léonard Bourdon et les deux autres particuliers n'ont plus paru en ladite maison.
« Je déclare que le 31 août , sur les une heure après-midi , la force armée arrivant de Paris, commandée par Lazouski, Fournieret autres, s'est transportée à la prison, a forcé le guichet, a pris au collet le portier pour avoir retardé à ouvrir la porte, qu'il avait voulu lui refuser à moins qu'elle ne fût chargée d'ordre, elle répondit qu'elle avait droit, et, dans l'instant, se répandit dans la cour, au nombre d'environ cent hommes, qui se sont rangés en bataille en face du corps de logis où étaient les prisonniers, et là ont chargé leurs armes. Un des hommes ayant aperçu le déposant à une croisée avec deux ou trois prisonniers qui lui marquaient leurs inquiétudes sur l'arrivée de ces Parisiens, ayant été remarqué par plusieurs d'entre eux, il fut à l'instant mis en joue et tous furent obligés de se retirer. Plusieurs d'entre les prisonniers me prièrent de les enfermer dans leur chambre et de tenir de même les portes du corridor fermées pour les mettre en sûreté, si cela était possible. Dans le même moment, vingt-cinq hommes se portent pour
\ . Le témoin se trompe ici de date. Bourdon n'arriva que le 26 à Orléans.
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frapper aux différentes portes et me forcent de les ouvrir. En même temps ils se jettent sur moi en me demandant, en jurant, ce que je faisais : l'un me prit au collet, l'autre m'arracha mes clefs en me disant que je voulais les faire sauver. Ce fut le caporal qui m'arracha les clefs, et j'étais si occupé que je ne puis assurer si Léonard Bourdon y était ou non à ce moment. Je sais seulement que, quelque temps après, il parut. Je déclare en outre qu'ayant les clefs entre leurs mains, ils se portèrent dans différentes chambres, et ayant trouvé plusieurs prisonniers renfermés ensemble, d'autres chambres où il n'y avait personne, cette circonstance m'attira de leur part les plus vifs reproches. De là ils entrèrent dans la chambre de Dubry, qui venait d'être guillotiné, ils tirèrent les matelas pour faire une recherche, ouvrirent la commode, où ils trouvèrent plusieurs assiettes, et me dirent que j'avais laissé sauver le prisonnier. Sur la réponse que je leur fis que nous étions dans la chambre du malheureux qui venait d'être guillotiné, sur le nom de malheureux que j'avais lâché ils voulurent m'assassmer.
« En ce moment, et après cette scène, je fus débarrassé, et alors je me rendis à la chambre du citoyen de Brissac, où je trouvai une partie de la même garde qui était occupée à piller l'argenterie. Pourtant, sur l'observation que quelques-uns de leurs camarades qu'il ne fallait pas piller ainsi et qu'il fallait appeler leur chef, et c'est Léonard Bourdon avec Fonrnier et autres qui leur dirent qu'il ne fallait rien déranger et que l'on verrait tout cela le soir, et que l'on en prendrait le compte dans un autre moment Malgré cela, on trouva un sceau d'argent, ainsi qu'un couvert, de manque. Cette opération faite, ils quittèrent le corridor pour se porter dans l'autre, où il se faisait un mouvement assez considérable occasionné par la chute deM. de Malvoisin, que la peur avait forcé de se jeter par une fenêtre, on le ramena à sa chambre, où le déposant vit plusieurs soldats occupés à piller sa chambre; Léonard Bourdon était assis sur une chaise et voyait tranquillement le pillage. Un des pillards trouva la croix de Saint-Louis du citoyen Malvoisin, il la montra à Léonard Bourdon en jurant et blasphémant beaucoup. Léonard Bourdon la lui demanda, il lui répondit en jurant : « Tu ne l'auras pas; » il la mit dans sa poche en disant: «Celam'annoblira,»
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NOTES
et Léonard Bourdon se tut. Le tumulte s'apaisant, les officiers municipaux, qui s'étaient rendus à la prison, se retirèrent. Le déposant ne peut assurer si Léonard Bourdon était un de ceux qui sont restés; mais le pillage commença, et la plupart des prisonniers le furentde leurs effets, bijoux, argenterie, meubles, papiers et autres eiïets, dont dans le temps je fis ma déclaration à la Commune. Quatre prisonniers ont été pillés en ma présence, et les Parisiens ont fini par se porter dans ma chambre, où ils volèrent tous mes effets et ont tout emporté. »