‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 246 sur 262 · DÉPOSITION DE LA CITOYENNE BIBBE · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DE LA CITOYENNE BIBBE

« Le 5 lloréal , l'an m" de la république française, s'est présentée la citoyenne Marguerite-Anne Rousseau, veuve de François-Gabriel Ëirre, demeurant à Orléans, rue de la Force, 11° 23, section de la Liberté et de l'Égalité, pour déclarer ce qui suit :

« Je déclare qu'il est à ma connaissance que le 31 août 1792 la force armée de Paris est arrivée en cette ville pour la translation des prisonniers qui étaient aux Minimes et à Saint-Charles ; que Léonard Bourdon et Prosper Dubail sont aussi arrivés en cette ville pour le même objet en qualité de commissaires du pouvoir exécutif. Il était à peu près l'heure de midi; que peu de temps après Léonard Bourdon est venu à la prison des Minimes, accompagné d'environ deux cents hommes de la garde parisienne; que la garde a été par eux forcée, et de suite ils se sont introduits dans la maison après avoir contraint d'en ouvrir les portes, nonobstant les représentations qui leur étaient faites par la déclarante ainsi que par son mari, alors concierge de la maison d'arrêt ; qu'ils se sont aussitôt jetés avec violence sur le guichetier, qui s'appelle Jacques Provenchère, qu'ils l'ont pris à la gorge, voulant le forcer de livrer les clefs des chambres des prisonniers; que ledit Provenchère leur ayant assuré que ce n'était pas lui qui avait les clefs, mais bien le citoyen Birre, concierge, ils se sont fait conduire à sa chambre, que la déclarante avait eu la précaution de fermer sur elle; qu'ils ont frappé à la porte à coups de crosse de fusil, ce qui l'a forcée d'ouvrir; qu'ils lui dirent alors de donner les clefs, à quoi j'ai répondu : « Ce n'est pas moi qui les ai, mais fe porte-clefs. >■ lis ont monté

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aussitôt, et, un moment après, quelques-uns d'entre eux sont descendus et m'ont dit : u Tu en as d'autres, » que j'ai remises sur-le-champ; que, muni de ces clefs, ils ont été dans les chambres des différents prisonniers, qu'ils ont dépouillés en s'emparant de tout ce qu'ils avaient et les maltraitant, ce que je tiens des prisonniers, qui m'en ont fait des plaintes; que la terreur s'est emparée des détenus au point que trois d'entre eux ont essuyé divers accidents : Malvoisin eut la cheville cassée, Delahaut a eu les reins rompus, Duroux est tombé dans les latrines; que la force armée ne trouvant point Duroux, quelques-uns d'entre eux se sont adressés à mon mari, qu'ils tenaient le pistolet sur la gorge, lui disant qu'il répondrait sur sa vie de ce prisonnier, qui depuis fut retrouvé dans les latrines ; qu'ils se sont emparés de tous les postes, et ils sont restés maîtres de la maison, où ils ont vécu à discrétion jusqu'au h septembre, jour de leur départ ; que, pendant tout ce temps, ils ont tenu la conduite la plus odieuse, couchant en joue tous les prisonniers qui paraissaient aux fenêtres en criant: «Tue, tue! » que Léonard Bourdon y venait fréquemment, ainsi que le général Fournier et un autre commandant dont je ne me rappelle pas le nom. J'observe que, huit jours avantcet événement, Léonard Bourdon, accompagné d'un particulier qui avait l'air de son secrétaire, était venu à la même maison d'arrêt, où il s'était fait connaître à moi déclarante en montrant ses pouvoirs ; qu'alors il s'est transporté dans les chambres de tous les détenus, dont il a pris les noms, ce qui lui a servi d'indication dans le second voyage dont j'ai parlé ci-dessus.

« Que, le mardi h septembre de la même année, sur les sept heures du matin, la même force armée parisienne est venue, accompagnée de Léonard Bourdon, de Prosper Dubail , qui dirigeaient celte force. Alors je faisais la décharge des prisonniers en faisant mention qu'ils allaient être transférés à Paris, en lui observant cependant que leur destination devait être ponrSaumur, à quoi Bourdon répondit; «Eh bien! mettez pour Saumur;» que, la décharge étant faite, les prisonniers furent enlevés de la maison inhumainement et sans égard pour la triste situation de quelques-uns d'entre eux. Je dois néanmoins rendre justice à la conduite de Dubail, qui a toujours désapprouvé celle de

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NOTES

Bourdon qui était, ainsi que lui, commissaire du pouvoir exécutif. »

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