‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 256 sur 262 · Moniteur da 15 mars 1796 (25 mitose an iv · texte numérisé non relu

Moniteur da 15 mars 1796 (25 mitose an iv

2. Moniteur du 28 mars (S germinal an iv), séance du conseil des Cinq- Cents.

3. On autre portefaix , Adrien Leredde, fut condamné à vingt ans de fers. Un boucher nommé Cou lard était mort en prison pendant l'instruction.

4. L'immense procédure contre les assassins de septembre est conservée

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NOTES

Il nous est impossible île reproduire ici les dépositions des témoins entendus dans les enquêtes et dans l'instruction écrite. Conlentons-nons de dire que les individus poursuivis à raison des massacres de l'Abbaye étaient au nombre de neuf , à savoir:

1° Damiens (Pierre-François), âgé de quarante ans, vinaigrier, né à Montmarquel (Somme), demeurant, lors des massacres de 1792, rue Sainte -Marguerite, section de l'Unité; (d'après les débats on voit que, depuis les massacres, il avait été ruiné dans son commerce et qu'il s'était réfugié à Grécy, département de Seine-et-Marne. Damiens avait servi , plusieurs armées avant la révolution, dans le régiment de Soubise ;)

2° Bourre (Antoine), âgé de trente-neuf ans, natif de Leîgneux (Rhône-et-Loire), ancien garde française, sergent de la garde parisienne soldée, puis gendarme, demeurant cour du Tribunal, ci-devant Abbaye Saitit-Germain ;

3° Debêche (Jean) , âgé de quarante-cinq ans, né à Paris, joaillier, demeurant rue de Bucy ;

U° Godin (Auguste-Victor-Sébastien), âgé de trente-six ans, né au Bourget (Seine), alors boucher, depuis conducteur des transports militaires, demeurant enclos de la ci-devant Abbaye Saint-Germain-des-Prés ;

5° Maillet (François), âgé de quarante-trois ans, natif d'Allones, près de Beauvais ( Oise ) , tambour de la garde nationale, ci-devant garde française , demeurant rue Sainte-Marguerite, section de l'Unité;

6° Ledoux (Louis-Nicolas-Auguste), âgé de trente-huit ans, né à Paris, savetier, rue de l'Échaudé;

7° Mayeux (Pierre-Louis), âgé de vingt-huit ans, né à Sommesous (Marne), clerc d'huissier, puis défenseur officieux, demeurant rue des Boucheries-Saint-Germain;

aux archives de ta Cour impériale de Paris. Nous avons été admis à la consulter plusieurs fois, et nous avons pu prendre connaissance de toute l'instruction Écrite qui puinîda le jugement du tribunal criminel. Les débats oraux qui durèrent plusieurs jours n'ont pas été conservés; mais nous avons eu le bonheur de retrouver au British Muséum un exemplaire imprimé du rusum^ que lit de CU3 dybals ic président du tribunal criminel , Gohier, qui , quelques années après, devînt ministre de la justice, puis l'un des cinq membres du Directoire exécutif.

8° Lyon (André-Nicolas), âgé de cinquante-deux ans, né à Rouen, limonadier, demeurant rue Sainte-Marguerite ;

9° Dubois (Pierre), âgé de quarante-six ans, né à Cheille (Indre-et-Loire), compagnon charron, demeurant rue de Nevers.

Nous empruntons au résumé de Gohier les passages suivants sur plusieurs accusés ;

« Damiens a été va par plusieurs témoins la chemise retroussée jusqu'aux coudes, les mains et les bras ensanglantés, venir demandera boire, comme un furieux, chez le marchand de vin Léveque, demeurant vis-à-vis de la prison de l'Abbaye ; il se lava les mains à la fontaine, demanda une bouteille de vin et dit froidement : « Retournons à notre besogne. »

« Quelle était cette horrible besogne, à laquelle Damiens invitait ses compagnons? D'autres témoins vont vous l'apprendre si vous en doutez encore.

« Le citoyen Roussel déclare avoir vu Damiens au nombre de ceux qui frappaient les prisonniers à. la porte de la prison, et le citoyen Rengeaut a déposé qu'étant le 2 septembre en face de la prison chez le citoyen Thévenot, il a vu avec horreur, depuis quatre heures après-midi jusqu'à onze heures trois quarts, égorger soixante-trois personnes, et que, parmi ces égorgeurs, il a distingué particulièrement Damiens par sa cruauté et son acharnement. II prétend que ce Damiens, après avoir massacré le citoyen Laleu, lui ouvrit le côté, plongea sa main dans ta profonde blessure qu'il vernit de lui faire, lui arracha le cœur, le porta à sa bouclie comme pour le dévorer, et le lança ensuite en l'air en criant : Vive la nation !

u Bourre a été, disent le citoyen Lévêque et son épouse, boire chez eux ayant les mains et tes vêtemenis tachés de matières fécales. Ils déposent qu'il s'est vanté d'avoir assassiné le juge de paix de Bonne-Nouvelle, qui était détenu à l'Abbaye; qu'en racontant toutes les circonstances de cet horrible assassinat, il a dit que ce juge de paix s'étant sauvé dans les latrines et y ayant été poursuivi par lui , tous les deux s'étaient pris au collet, que le juge de paix l'avait renversé dans ce lien infect et avait pensé l'étrangler, qu'il avait fallu forcer la porte pour le délivrer, et qu'il portait en effet sur ses mains et ses vêtements couverts d'ordures la preuve de ce qu'il racontait...

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NOTES

« Plusieurs autres témoins sont venus confirmer les faits à la charge de Bourre, comme les ayant vus de leurs propres yeux.

« Godin a été vu par plusieurs témoins, sur les marches de l'escalier qui conduisait au comité civil desQuatre-Nations, armé d'un instrument de charpentier, prêchant le massacre et disant que si on ne les prévenait pas, les prisonniers sortiraient et égorgeraient les femmes et les enfants de ceux qui seraient partis pour les frontières,

« François Maillet était un des tambours du bataillon de la section de l'Abbaye; deux témoins ont déclaré qu'à l'instant où les voitures contenant des prisonniers arrivèrent dans la cour de l'Abbaye, ils virent ouvrir la porte d'une de ces voitures, en tirer on prisonnier et le massacrer. Parmi les assassins ils ont distingué un tambour, mais ils ne peuvent assurer que ce tambour fût Maillet. »

Sur neuf accusés, sept furent acquittés faute de preuves suffisantes contre eux.

Damiens et Bourre furent déclarés convaincus d'avoir participé aux massacres de l'Abbaye, de l'avoir fait dans l'intention de donner la mort volontairement, sans la nécessité d'une légitime défense, sans provocation violente, mais de ne pas l'avoir fait avec préméditation. Ils furent l'un et l'autre condamnés à vingt ans de fer.

Les individus traduits devant le tribunal criminel comme ayant participé aux massacres de la Force étaient au nombre de seize, savoir :

1° Antoine-Victor Crappier, âgé de vingt-huit ans, natif de Caux, près de Montdidier (Somme), marchand fabricant de bas, demeurant à Paris, rue de Charonne, n° 29, section de Popincourt;

2° François-Baptiste-Joachim Bertrand, âgé de vingt-trois ans, serrurier, et ci -devant tambour dans le bataillon de Saint- Eustache à Paris, puis dans la compagnie des canonniers de la section des Droits de l'Homme, puis tambour-maître dans l'armée révolutionnaire, au petit café de France, section du Temple ;

3° François Lachève, âgé de trente-six ans, natif de Froberville, département de la Seine-Inférieure, serrurier, demeurant à Paris, rue de Seine, section de l'Unité;

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GlîO

U° Angélique Voyer, dite femme Nicolas, âgée de trentedeux ans, native de Beauvais, département de l'Oise, regrattière, demeurant à Paris, rue des Prêtres-Saint-Paul , section de l'Arsenal ;

5° Claude-Antoine Badol , âgé de trente-cinq ans, natif de Chaudron, département du Doubs, gendarme licencié, demeurant à Paris, susdite rue des Prêtres-Saint-Paul, section de l'Arsenal ;

6° Jacques Laty, âgé de trente-deux ans, natif de Boulogne, département de la Seine, marchand de journaux et brocanteur, demeurant à Paris, rue et section de Montreuil-,

7° Pierre Laval, âgé de cinquante-neuf ans, natif de LaBigne, département du Calvados, marchand de tabac, demeurant à Paris, rue et section de la Réunion;

8° Sîméon-Cha ries-François Vallée, âgé de trente-neuf ans, natif de Mesnillens, département de la Manche, marchand de tableaux, et lors de son arrestation secrétaire analyseur du comité de sûreté de la Convention, section de la police, demeurant rue de la Monnaie, section du Muséum;

9° Miche! Marlet, âgé de quarante-trois ans, natif de Neuville-aux-Bois, département du Loiret, demeurant à Paris, rue des Marmousets, section de la Cité;

10° Pierre-Martin Monneuse, âgé de quarante-trois ans, natif du Tremblay, département de Seine-et-Oïse, marchand mercier, demeurant à Paris, rue des Fontaines, section des Gravi Il iers;

11° Jean Gonord, âgé de trente-huit ans, charron, natif de Paris, y demeurant, petite rue Taranne, section de l'Unité;

12° Jean-Nicolas Bernard, âgé de soixante et un ans, natif de Chaulny, département de l'Aisne, cordonnier, demeurant à Paris, rue liarre-du-Bec, section de la Réunion ;

13° Jean-Gra tîen-Alexandre Petit-Mamin, âgé de trente-trois ans, natif de Bordeaux, département de la Gironde, rentier, demeurant à Paris, place de l'Égalité, section des Tuileries ;

René Joly, âgé de vingt-sept ans et demi, cordonnier, ci-devant gendarme, puis lieutenant de la 6e compagnie du 5e bataillon de l'armée révolutionnaire, natif de Paris, y demeurant, rue des Jardins-Paul, section de l'Arsenal;

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NOTES

15° Pierre Chantrot, âgé de cinquante ans, défenseur officieux, natif de Paris, demeurant rue de la Coutellerie, section des Arcis;

16° Pierre-Nicolas Renier, dit le grand Nicolas, âgé de quarante et un ans, natif de Paris, ci-devant fort au port Saint- Paul , puis gendarme licencié, demeurant rue des Prêtres-Paul , section de l'Arsenal. -

Nous empruntons également au résumé de Gohier les passages les plus saillants en ce qui concerne les principaux deces seize accusés.

« Pierre Nicolas Régnier, dit \e grand Nicolas, est accusé d'être un des plus farouches assommeurs des détenus de la Force, Il était à la porte armé d'une batte à plâtre, frappant les détenus qu'on faisait sortir du guichet; il avait assommé un prisonnier sur les marches du portail des jésuites ; il traînait les cadavres sur le tas.

« Sa concubine, AngéliqueVoyer, dite femme Nicolas, est accusée d'être montée sur une charrette de cadavres, de les avoir foulés aux pieds, d'avoir achevé à coups de sabot une victime qui respirait encore; elle mangeait sur la voiture les mains teintes de sang.

<i Monneuse était membre du conseil général de la commune. II est accusé d'être allé aux prisons, notamment à la Force, revêtu de l'écharpe municipale, d'y avoir fait les fonctions d'officier municipal et de juge.

« Le 21e témoin vous a dit avoir vu Monneuse arriver à la Force avec plusieurs autres et envoyer chercher quatre flambeaux.

a Le 35e témoin vous a dit avoir vu Monneuse à côté d'un homme à grande barbe dans une salle en bas, à côté d'une table; il jugeait les détenus que l'on assommait.

« Le (»3e témoin et le &6e vous ont dit l'avoir vu aller et venir à la Force, se réjouir des tristes événements qui venaient d'y avoir lien, y témoigner beaucoup d'immoralité, ajoutant qu'on joua du violon devant lui et que son collègue dansa.

« Le 52e témoin a vu aussi Monneuse en costume d'officier municipal, mais il ne l'a entendu se prononcer contre personne.

« Le 6&* témoin, le citoyen Huraut, vous a expliqué comment

on jugeait à la Force. Il vous a dit que c'était Monneuse qui était assis à un des bouts de la table , que Chantrot faisait les fonctions d'accusateur, qu'il faisait les interrogats, qu'ils étaient près d'une table, sous un hangar, à la Force, laquelle table était encore surchargée de bouteilles vides et de débris de comestibles.

n Hullot, 65e témoin, dit qu'il a vu Monneuse et Chantrot à cette table, mais qu'il ne les a pas vus juger.

« Le 66* témoin dit qu'il a vu Monneuse arriver le 5 septembre avec trois autres municipaux.

a Monneuse a exposé pour sa défense qu'il s'est porté à la prison de la Force par ordre de la commune, mais pour empêcher le désordre, qu'il a failli perdre la vie, qu'il n'a jugé personne, que c'était le peuple qui avait nommé des jurés pour cette opération , que quant à lui il ne s'était occupé qu'à rechercher les faux assignats, qu'il en avait trouvé à la Force ainsi que les planches qu'il avait déposées à la commune, qu'il avait fait serrer les effets des détenus, qu'il avait rendu compte de ces objets, ainsi que des pièces d'or qu'un témoin lui a vu compter.

« Pierre Chantrot est accusé d'avoir fait les fonctions de juge à la Force.

« Vous avez entendu à cet égard les citoyens Hurant, Hullot et Ernel, 6ûe, 65e, 66e témoin, qui vous ont dit qu'il était à la table oii l'on jugeait, le citoyen Huraut vous a ajouté qu'il faisait les fonctions d'accusateur national.

(i Pour sa défense Chantrot avoue que, lorsque le rappel a été battu, il est allé en armes comme les autres citoyens ; qu'il est entré à la Force, qu'il y a lu des écrous, mais il a nié s'être livré à aucun acte inhumain et a dit que, s'il a lu des écrous, c'est qu'il y a été forcé parce qu'il s'était qualifié d'homme de loi.

« Petit-Mamin est accusé de s'être vanté d'avoir assassiné à la Force la ci-devant princesse de Lamballe.

« Le témoin Barré nous a déclaré que Petit-Mamin s'était vanté d'avoir commis le crime ; mais il a ajouté qu'il ne savait si cela était vrai, et s'il ne l'avait pas dit par forfanterie.

« L'accusé Petit-Mamin a nié tous ces faits et soutenu qu'il n'avait été accusé qu'en haine de son excès de patriotisme; que

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NOTES

non-seulement personne ne l'avait vu commettre un assassinat, maïs encore qu'il était incapable d'en commettre, et que jamais il ne s'était flatté dépareilles horreurs; quant aux autres inculpations, il les a également repoussées par la dénégation et a dit que, le jour même de l'assassinat de la femme Lamballe, il était allé à Saint-Germain pour faire une arrestation. Plusieurs témoins ont été entendus en faveur de cet accusé. La femme Millet a dit qu'elle avait vu celui qui portait, rue Antoine, le cœur de la ci-devant princesse de Lamballe, qu'il le mordait, mais que cet individu forcené était parti avec son mari pour la Vendée, et qu'il y avait péri en voulant commettre encore de nouvelles horreurs1. »

Le jury déclara que quatorze des accusés n'étaient pas convaincus des crimes dont on les accusait; « que Monneuse avait aidé et assisté les -coupables dans les faits qui avaient facilité l'exécution du crime, mais qu'il ne l'avait pas fait sciemment et dans l'intention de nuire.

« Régnier, dit le grand Nicolas, fut déclaré convaincu d'avoir coopéré à cette action;

« Qu'il l'avait fait dans l'intention de donner la mort volontairement, sans nécessité actuelle d'une légitime défense et non par suite d'une provocation violente , mais qu'il l'avait fait sans préméditation. »

Par suite de ce verdict, quinze des accusés, y compris Monneuse, furent relaxés; Régnier seul fut condamné à vingt ans de fers.

Le jugement des assassins de la Force avait été rendu le 22 floréal an iv; celui des assassins de l'Abbaye, dont nous avons parlé plus haut, dura deux jours, le 23 et le 24 ; enfin, le

1. Petit-Mamin que, malgré son acquittement, on a toujours 'considéré comme l'un des assassins de la princesse de Lamballe, passait sa vie dans les bouges du Palais-Royal. Il était tons tes soirs au théâtre du Vaudeville, alors établi rue de Chartres. Il en terrifiait les habitués et les acteurs par le récit de ses sinistres exploits. Le témoin Barré était l'un des directeurs du Vaudeville avec Radet et Desfontaines. Dans son interrogatoire devantle juge d'instruction, Petit-Mamin répond avec indifférence à la question, s'il a assassiné quelqu'un? « Au 10 août, il peut bien se faire que j'aie tué quelques Suisses ! »

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25, quatorze accusés de faits semblables à l'occasion des égorgements de Saint-Firmin, de la Salpétrière, de Bicêtre et des Carmes furent tous acquittés, y compris le fameux juge de paix de (a section du Luxembourg, Joachim Ceyrat, dont la participation matérielle aux massacres ne peut-être prouvée puisque dans ce moment il présidait l'assemblée de sa section dans l'église même de Saint-Sulpïce.

Pendant cinq années, les hommes de septembre disparaissent; l'impunité semble leur être assurée. Mais les mesures révolutionnaires amènent d'autres mesures révolutionnaires en sens contraire; en politique, comme en physique, dans ce double monde qui oscille incessamment d'un pô|e à l'autre, la réaction est toujours égale à l'action : malheur à ceux qui mettent le pendule en mouvement, ils sont souvent frappés par le retour du balancier.

A la guillotine de la Terreur avait succédé le système des transportations. Le Directoire avait envoyé à Sinnamari de malheureux prêtres insermentés, puis les vaincus du coup d'État du 18 fructidor. Le gouvernement consulaire suivit l'exemple du Directoire. La machine infernale, que les chouans avaient placée sur |e passage du premier Consul dans la rue Saint-Nicaise, fut d'abord attribuée au parti démagogique, et avant que l'affaire ne fût éclaircie, un sénatus-consulle autorisa le gouvernement à prendre, contre tous les individus qu'il lui plairait de désigner, un acte de haute police extraordinaire. Fouché, pour faire admettre plus facilement par l'opinion publique la nécessité de cette mesure exceptionnelle, eut soin d'inscrire sur la liste des transportés un certain nombre d'individus connus pour leur participation aux massacres de septembre et aux crimes de la commune insurrectionnelle.

Sur cette liste se trouvaient notamment inscrits :

Villain d'Aubigny et Pépin Desgrouettes, tous deux hommes d'affaires de bas étage, tous deux ayant appartenu en qualité de juges au tribunal du 17 août, tous deux véhémentement soupçonnés de s'être livrés au moment de leur puissance aux plus odieuses malversations1;

i, Villain-D'Àublgny avait été arrêté sous l'accusation de vol, fit ne dut sa

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NOTES

Michel (Etienne), marchand de ronge végétal, et membre de la commune au 2 septembre, depuis administrateur de police, dont on retrouve le nom au bas d'un grand nombre d'ordres d'arrestation;

Leroy, dit Églator, ex-instituteur, également membre de ïa commune insurrectionnelle, que l'on accusait de s'être mis à la tête des bandes qui envahirent Bicêtre le 3 septembre 17821;

Rossignol, aussi l'un des municipaux du 10 août et du 2 septembre, l'un des juges de la Force, le dévastateur de la Vendée, auquel nous avons déjà consacré une notice dans notre deuxième volume (voir page hkl)\

Monneuse, René Joly, Petit-Mamin etJoachim Ceyrat, quatre des acquittés de floréal an iv 3 ;

André Corchand, que nous avons vu, en qualité de commissaire du pouvoir exécutif, procéder à Forges-les-Eaux à l'arrestation du vénérable duc de La Rochefoucauld (voir page 3£i9 de ce volume) ;

Et enfin le plus célèbre et le plus audacieux de tous, Fournier l'Américain.

Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé.

Le sénatus-consulte avait été rendu le 15 nivôse an rx (5 janvier 1801), et, dès le lendemain, le ministre de la marine ordon-

liberté qu'à l'intervention de Marat; depuis il avait été l'un des adjoints du ministère de la guerre, ministère qui, sous Botichotte, était devenu le quartier général des plus ardents jacobins. Ils s'y étaient fait donner des places lucratives, et d'ailleurs il y était facile de s'entendre avec les fournisseurs des armées.

\. Ce fait ne put être prouvé, mais ce qui est hors de doute, c'est que Leroy se fit nommer, très-peu de temps après, concierge de Bieetre, place qu'il occupa jusqu'après les événements de prairial an ni, et où il se signala en inventant les conspirations de prison, au moyen desquelles il mit en coupe réglée les malheureux notes de cette prison et fit périr notamment son ancien collègue, le fameux Osselin, le président du tribunal du il août.

2. Nous avons raconté plus haut les exploits de Monneuse, de Ceyrat et do Petit-Mamin. Quant a René-Joly, c'était l'individu auquel Monneuse avait tliilivri le certificat que uous avons donné p. 269 de ce volume. 11 avait été depuis l'un des officiers de la fameuse armée révolutionnaire.

nait à l'administration maritime de Nantes d'accélérer l'armement de la frégate la Chiffonne et de la corvette la Flèche.

La Chiffonne fut mise sous le commandement du capitaine Guyesse, et la Flèche sous celle du capitaine Bonamy.

Le 20 nivôse (10 janvier), un convoi de quarante déportés partit de Bicêtre; le 27, un second convoi de trente-deux individus partit d" même lieu.

On découvrit, il est vrai, quatre jours après, que la machine infernale n'était pas l'œuvre du parti démagogique, que le coup partait d'autres mains; mais les deux convois étaient en route pour les îles de Ré et d'Oiéron et on ne jugea pas à propos de leur donner contre-ordre.

Le premier convoi de déportés fut embarqué sur la Flècheet prit la mer le 16 février 1801 (27 pluviôse an ix); le deuxième prit passage sur la Chiffonne, et partit le 13 avril 1801.

On était en guerre avec l'Angleterre; il fallait avant tout éviter les croisières.

Les instructions avaient été données à chacun des capitaines, sous un pli cacheté qui ne devait être par eux ouvert qu'à la hauteur du cap Finistère et qui devait leur indiquer leur destination.

En ouvrant leur pli, ils apprirent que leur destination était Mahé, la principale des Séchelles, située dans la mer des Indes à 250 lieues nord-est de la pointe nord de Madagascar. Les proscrits devaient ignorer le lieu de leur déportation jusqu'au jour même de leur arrivée aux îles Séchelles.

La Chiffonne, après avoir eu deux combats à essuyer successivement avec une frégate portugaise et une frégate anglaise, abordait le 11 juillet 1801 à Mahé (3,700 lieues de France) et débarquait ses trente-deux proscrits.

La Flèche, partie la première, arriva la dernière à sa destination, parce qu'elle avait été obligée de relâcher successivement dans deux ports d'Espagne par suite d'avaries considérables. Elle n'atteignit Mahé que le 25 août.

Les déportés des deux convois se trouvèrent ainsi réunis et devinrent bientôt l'objet des suspicions les plus vives de la part des habitants. Une corvette de la marine française, le Bélier, capitaine Hulot, étant venue annoncer à l'île de France et aux

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NOTES

îles Schelles les préliminaires de la paix d'Amiens, les habitants de Mahé s'emparèrent de trente-trois déportés et les remirent au capitaine Hulot (13 mars 1802). Celui-ci les transporta à Anjouan, l'une des Comores, située à 340 lieues des Séchelles par 12 degrés de latitude sud.

Là, ils furent recommandés au roi de l'île, auquel on promit de payer pension pour leur nourriture. Mais bientôt tous ces malheureux, à l'exception de quatre qui réussirent à s'échapper, périrent victimes de l'effroyable insalubrité du pays.

Nous avons retrouvé, dans un état officiel dressé sept ans après (janvier 1808), ce qu'étaient devenus les soixante-dix individus embarqués sur la Flèche et la Chiffonne 1.

Cet état est effrayant de simplicité.

29 morts aux îles d' Anjouan.

. 4 évadés d'Anjouan.

8 morts à Mahé.

1 mort sur la Flèche avant son débarquement. 5 évadés de Mahé.

3 Partis par autorisation pour l'Ile de France. 20 existant encore à Mahé.

Parmi tous ces malheureux qu'un machiavélisme politique avait réunis, ceux dont la participation aux journées de septembre est avérée nous occuperont seuls.

Corchand, Petit-Mamin et Rossignol étaient parmi les déportés d'Anjouan et y moururent de fièvres endémiques dans les plus affreuses douleurs. Chrétien et René Joly, qui faisaient également partie des déportés aux Comores, périrent dans un naufrage, en cherchant à s'évader.

Pépin des Grouettes décéda à Mahé, et Monneuse, après avoir

1. Les convois partis de Bicêtre comprenaient soixante-douze déportés, mais avant le départ des deux bâtiments, deux avaient obtenu la faveur de ne pas être embarqués, Rousselle, qu'un ordre de mise en liberté avait fait relaxer, et Églator Leroy, que l'on s'était contenté d'interner à Nantes comme septuagénaire.

résisté six ans au climat brûlant des Sécheiles, alla mourir, en 1808, à l'hôpital de l'Ile de France.

Villain d'Aubigny et Michel ne faisaient pas partie des transportés des îles Sécheiles, ils avaient été envoyés à Cayenne. Villain d'Aubigny y mourut; Michel s'en évada en s'emparant, avec quelques-uns de ses compagnons, d'une pirogue à l'aide de laquelle il put arriver à Surinam.

Mais, de toutes ces odyssées, la plus extraordinaire est sans contredit celle du fameux Fournier l'Américain. Pendant deux ans il échappe au décret de transportation qui l'a frappé le 15 nivôse an ix; il est arrêté en pluviôse an xi, écroué à Sainte- Pélagie, puis envoyé à l'île d'Oléron. A peine arrivé, on le transfère au fort de Joux, dans le Jura ; de là on le fait revenir dans la Charente-Inférieure, on l'embarque pour Cayenne sur la frégate la Cybèle. Après quelques années de séjour dans cette colonie, tl s'en évade, se réfugie à la Guadeloupe et se fait corsaire. En 1814, il rentre en France et y meurt tranquillement quelques années après.

Ceyrat, quoiqu'il eût été inscrit sur le décret de proscription, ne quitta pas la France, grâce à de hautes protections. Il fut seulement interné à Clermont-Ferrand.

Panis et Sergent ne furent point compris dans le décret : ce dernier fut un instant inquiété. Nous avons tenu entre les mains une pétition qu'il adressait au citoyen Piis, secrétaire général de la préfecture de police; il y fait valoir « qu'il venait de remplir, sous le régime consulaire, la place de commissaire de la régie des hôpitaux militaires ; qu'il sollicitait , dans ce moment même, une préfecture; que sa demande était appuyée par de très-hauts personnages du régime nouveau. .» Ce révolutionnaire fougueux, cet organisateur des massacres de septembre, se déclarait l'ami du gouvernement et trouvait trèsextraordinaire qu'on vînt le tourmenter dans sa maison de la rue Cisalpine.

Fournier aussi , sous le Directoire, avait sa maison de campagne.

On peut, sur ces deux exemples, juger ce que sont au fond beaucoup de ces démagogues dont on vante le désintéressement; ils s'amassent, à force de rapines et d'exactions, un cer-

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NOTES

tain pécule; plus tard ils le dissipent, retombent dans leur pauvreté primitive, et se vantent alors d'avoir toujours eu les mains pures. Ils trouvent encore des niais pour les croire et pour exalter leurs vertus puritaines.

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