LIVRE IX
Dillon, qui est à Pont-sur-Sambre, et à Dutnouriez, qui commande le camp de Maulde, près de Saint-Amand, il prescrit d'imiter sa conduite, leur envoie sa lettre à la municipalité de Sedan, l'arrêté pris par celle-ci, et enfin leur ordonne de faire renouveler à tous les régiments placés sous leurs ordres le serment de fidélité à la Constitution de 1791, serment qui comprenait nominativement la nation, la loi, le roi.
Au moment même où toutes ces mesures étaient prises, les trois commissaires de l'Assemblée iégislativequittaient Soissons et Reims (dans la nuit du 12 au 13) , traversaient Rethel etMézières, où ils ne s'arrêtaient que quelques instants, et arrivaient aux portes de Sedan (14 août au matin). Aussitôt qu'ils s'y présentent, ils sont arrêtés et conduits dans la salle où le conseil général de la commune siégeait en permanence. Ils déclinent leurs noms et qualités, déposent sur le bureau les passe-ports et la commission dont ils sont porteurs. Mais la municipalité, examen fait de ces papierSj ■< se refuse à reconnaître les pouvoirs dont veulent se prévaloir les soi-disant commissaires, parce qu'au moment où ils leur ont été conférés, l'Assemblée nationale était sous la pression d'une horde factieuse, parce que d'ailleurs le décretqui prononce la suspension du roi viole de la manière la plus outrageante la Constitution, parce que l'Assemblée législative se fera sans doute un devoir de révoquer un acte aussi monstrueux aussitôt qu'elle ne sera plus sous le glaive des assassins, parce qu'enfin, si les soi-disant commissaires étaient députés ainsi qu'ils se qualifient, ils n'auraient pas accepté une mission destructive de la Consti-
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
HISTOIRE DE LA. TIÏRRliUR.
tution, une mission qui tend à tromper le peuple, à soulever l'armée et à lui retirer les braves généraux qui la commandent. » Et aussitôt elle arrête « qu'il y a lieu de retenir en otages ces soi-disant commissaires jusqu'à ce qu'il soit notoire que le roi et l'Assemblée nationale sont libres et n'ont plus rien à craindre de leurs oppresseurs1^ »
Les trois députés sont conduits aussitôt au château de Sedan et remis à la garde du colonel Sicard, que La Fayette avait chargé de cette mission périlleuse. Puis, la municipalité fait afficher sur tous les murs de la ville une adresse à ses concitoyens, dans laquelle elle les met en garde contre les faux bruits qui pouvaient être semés, et leur rappelle « que l'union parfaite qui règne entre tous les habitants de Sedan, et qui fait leur force, doit encore se resserrer, s'il est possible, dans lesmoments de crise et de calamité où l'on se trouve 2. »
Toutes ces mesures sont expédiées immédiatement aux conseils du district de Sedan et du département des Ardennes, desquels ils reçoivent une pleine et entière approbation.
La première nouvelle de ces événements arrive à Paris, le 17 au malin, de plusieurs côtés à la fois 3. Elle
1. Le Moniteur, p. 980, donne l'arrêté de la commune de Sedan. Nous avons comparé sa version avec le texte original de cet arrêté, il ne présente avec lui que des différences insignifiantes.
2. Le Moniteur* p . 980, contient une analyse de cette proclamation. Elle se trouve in extenso dans les pièces justificatives de ce volume.
3. Une lettre datée de Valenciennes, le 15 août, et signée par les
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France