LIVRE IX
pour être débarrassé de lui, Dumouriez écrivait à l'Assemblée pour dénoncer La Fayette. Il était encouragé, excité dans cette conduite par l'un des plus audacieux chefs du parti montagnard. Couthon, atteint depuis plusieurs années d'une paralysie complète des jambes, était venu, un mois avant le 40 août, prendre les eaux de Saint-Amand, très-voisines du camp de Maulde, et s'était empressé de s'aboucher avec l' exministre des affaires étrangères de Louis XVI.
Au fond , les Montagnards n'en voulaient pas trop à Dumouriez.
N'avait-il pas contribué plus que tout autre, le ï!i juin, à la chute des Girondins, ceux de tous leurs adversaires qu'ils haïssaient le plus? D'ailleurs Dumouriez n'était-il pas allé aux Jacobins se coiffer du bonnet rouge? N'avait-il pas montré en mainte circonstance qu'il n'avait ni principes, ni scrupules? N'en était-ce pas assez pour mériter le pardon et même la faveur des ultra-révolutionnaires ?
Dumouriez n'espérait plus rien de la Cour, avec laquelle il avait complètement rompu après sa sortie du ministère ; il était donc tout préparé à se jeter dans de nouvelles aventures. Aussi, à la première nouvelle du 10 août, n'hésita-t-il pas à se prononcer hautement pour la révolution accomplie et a promettre à l'Assemblée législative l'appui de son épée.
Dumouriez avait commencé sa carrière politique sous les auspices du Girondin Gensonné, qui l'avait accompagné dans sa mission en Vendée (1791). Il avait maintenant pour répondant auprès des Montagnards l'un de leurs
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coryphées, Couthon1. L'avisé général, ayant ainsi des amis dans les deux partis qui commençaient à se dessiner et allaient bientôt se disputer le pouvoir, espérait manœuvrer assez habilement pour arriver au but de son ambition : devenir avant un an l'arbitre des destinées de la France.
Dillon , aussitôt après avoir reçu les dépêches de La Fayette, avait, comme nous l'avons vu, lancé un ordre du jour, par lequel il semblait vouloir associer sa fortune à celle de son chef. Cette proclamation, datée de Pont-sur-Sambre, avait été envoyée aux officiers commandant les places de Valenciennes, de Landrecies et de Maubeuge. Les colonels et adjudants généraux Chazot, Selmieder, Foissac et Lanoue l'avaient fait lire sur le front de leurs bataillons, puis avaient attendu pour agir les ordres ultérieurs du général Dillon. Mais l'attitude prise par le directoire du département de l'Aisne et l'arrivée des trois commissaires à Valenciennes avaient fort ébranlé celui-ci dans ses résolutions premières. Mandé par les commissaires de l'Assemblée, il leur écrivit qu'il était retenu dans son camp par les mouvements inquiétants de l'ennemi, mais qu'il ne larderait pas à répondre à leur appel. Bientôt, apprenant que Dumouriez se déclarait pour la révolution et que les troupes avaient assez froidement reçu son ordre du jour, il se
•1 . Nous avons retrouvé la lellre de Couthon en date du t 9 août 1792 par laquelle il porte, pour ainsi dire, garant de Dumouriez. Le Moniteur (p. 1002) se contente de l'analyse; nous avons cru que celte pièce ne devait pas ûtro perdue pour l'histoire et nous ia donnons à la fin de ce volume.
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