‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 43 sur 262 · LA LÉGISLATIVE ET LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LA LÉGISLATIVE ET LA COMMUNE

Le triomphe de la révolution du 10 août est désormais assuré. L'ouragan démagogique a passé sur la France entière et brisé toutes les résistances individuelles ou locales.

Les adresses d'adhésion commencent à affluer sur le bureau du président de l'Assemblée législative. Chaque société populaire tient à honneur de recevoir, l'une des premières, la mention honorable accordée généreusement, en tête du procès-verbal, à toutes les folies soidisant pati'iotiques.

Nous avons pris la peine de secouer la poussière qui couvre, depuis soixante-dix ans, ces volumineux dossiers, de parcourir les dithyrambes en prose et en vers que la révolution du 10 août sut inspirer à la verve jacobine1.

4. Toules ces adresses se ressemblent et se valent; seulement, comme spécimen, nous en donnons une qui ne manque pas d'une

Nous avons pu les comparer à ceux qui furent adressés à la Convention, le lendemain de la victoire successive de chacune des factions qui, pendant les deux, années de la Terreur, traversèrent le pouvoir pour aboutir à Véchafaud, et nous avons été édifié! Toujours la même exécration pour le tyran abattu, la même adoration pour l'homme vertueux qui apparaît et va régénérer le monde; toujours, pour exprimer les mêmes admirations, la même phraséologie niaise et redondante. Quand, pendant quelques heures, on a respiré cette atmosphère de bassesse et de servilité, on éprouve d'effroyables nausées, on est dégoûté pour jamais de ces fleurs de la rhétorique politique, que chaque soleil levant fait éclore, que l'éclat de chaque établissement nouveau fait épanouir, que récoltent, pour les offrir à n'importe quel vainqueur, les adorateurs du fait accompli, toujours prêtsà s'incliner avec un égal enthousiasme et une servilité infatigable, aux genoux de monseigneur le despotisme ou de son excellence la canaille.

De tous les complaisants adulateurs du nouveau souverain, aucun n'avait mieux réussi que Marat à sur-

certaine originalité; elle émane do la société populaire de Nimes, et est datée du 21 août 4792.

« Législateurs,

o Nous applaudissons aux décrets salutaires que vous venez de rendre; nous sommes des sans-cuiolles, nous; les honnêtes gens changent plus souvent de vêtements et d'opinions. Les sans-culottes ne changent guère d'habits, ils se croient heureux lorsqu'ils en ont un. Quant à leur opinion, ils ne sauraient en avoir qu'une, c'est l'amour de la patrie; celle-là, ils n'en changent jamais. »

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