LIVRE IX
retiré au maréchal le commandement de l'armée du Centre et qu'il l'avait remplacé par Kellennann. Mats celui-ci n'accepta qu'à la condition que Luckner fût nommé généralissime. Les troupes étaient fort attachées au vieux héros de la guerre de sept ans, et, dans ce moment de pénurie apparente de généraux, habiles, elles n'avaient de confiance qu'en ceux de leurs chefs qui avaient déjà fait la grande guerre. Pour ne pas les exaspérer, le pouvoir exécutif consentit à cette exigence. Le quartier général du nouveau généralissime fut établi sur les derrières des armées de l'Est , à Châ Ions- sur-Marne. On lut donna la mission spéciale « de former une armée de réserve et de concourir par ses conseils aux opérations militaires; » mais en réalité il ne devait avoir rien à faire, et sa nomination n'avait qu'un but : masquer sa disgrâce.
Ainsi, dix jours après le 10 août, quatre mois après la formation des armées chargées de défendre notre territoire, une grande partie desofficiers qui avaient présidé à cette formation étaient obligés de s'expatrier ou étaient violemment écartés de leur commandement. D'autres hommes montaient au premier plan et allaient un instant jouir de toutes les faveurs de la popularité. Dumouriez, Montesquiou, Kellermann, Biron, Custines, Houchard, Miaczinsky étaient cités comme les incorruptibles, les vrais patriotes, les soutiens inébranlables de la république, qui n'était pas encore proclamée, mais qui allait bientôt l'être.
Un an après, Dumouriez. l'heureux défenseur des défilés de l'Argonne; Montesquiou, le conquérant de
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la Savoie, étaient proscrits et en fuite. Biron, Custines, Houchard, Miaczinsky, après avoir prodigué leur sang dans vingt combats, étaient conduits à l'échafaud aux cris de à bas les traîtres! Kellermann seul était réservé à de plus heureuses destinées, et devait recevoir plus lard des mains de celui qui n'était encore en ce moment qu'un jeune chef de bataillon d'artillerie, fort avancé lui aussi dans les idées du jour, le titre de duc de Valmy, titre qui rappelait on même temps son origine républicaine et ses grandeurs impériales.
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