LIVRE X
Qui aurait osé s'attaquer à Marat a» moment même où il conviait ce qu'il appelait le peuple « à se porter en armes à l'Abbaye, à en arracher les traîtres, particulièrement les officiers suisses et leurs complices, et à les passer au fil de l'épée. » Quelle folie, osait-il imprimer dans son journal, a quelle folie de vouloir leur faire leur procès! il est tout fait. Vous les avez pris les armes a la main contre la patrie; vous avez massacré les soldats; pourquoi épargnez- vous leurs officiers, incomparablement plus coupables1? »
Tendant que Marat prfche ouvertement l'assassinat des prisonniers, la commune s'occupe de remplir les prisons2. Elle donne à son comité de surveillance, pour-
q»i n'a pu être donné que par erreur. On doit sentir que l'imprimerie nationale est indispensablement nécessaire au pouvoir exécutif. Deux commissaires de la commune vous exprimeront, messieurs, ses sentimenis et ses principes.
a P. Mamiel. w
« Ce que j'apprends m'élonne , messieurs, je croyais les presses nationales rendues; on me l'avait promis, et il paraissait même que ce n'était pas un effort. Votre lettre et une nouvelle réquisition sont portées à l'instant au comitéde surveillance, à la mairie, où j'espère que justice sera faite.
« Signé : Manuel. »
J. Journal de la République, n° du -19 août. 2. La Commune invite, par une circulaire en date du 24 août, les quarante-huit sections à faire immédiatement l'inventaire et le dépôt
voyeur ordinaire de ces tristes lieux, une organisation définitive. C'est à lui que viennent aboutir les dénonciations reçues jour et nuit dans les comités de chacune des quarante-huit sections parisiennes.
Grâce à cette centralisation de la police politique, servie non-seulement par une armée d'espions soldés, mais encore par une multitude de soi-disant patriotes aux yeux desquels la délation est une vertu, l'inquisition du Conseil des Dix est dépassée. Tout Paris tremble sous la domination du terrible comité, et ce que disait le vertueux Malesherbes, du temps des lettres de cachet, est redevenu vrai en changeant seulement le nom des personnages auxquels est remis le maniement de l'arbitraire.
« Il n'est pas d'homme assez grand pour braver la vengeance d'un commissaire municipal; il n'est pas d'homme assez petit pour se dérober à l'inimitié du dernier des démagogues. »
Les principaux membres du comité de surveillance étaient Panis et Sergent, conservés admimstateurs de police, quoiqu'ils ne fissent pas partie de la commune insurrectionnelle; deux membres de celle-ci, Jourdeuil et Duplain, leur avaient été adjoints dés le 11 août. Ces
de toutes les pièces qui sont entre leurs miiins et peuvent jeter quelque lumière sur las crimes du 1 0 août, circonstances et dépendances, et surlenrsaureurs. Toutes ces pièces, — déclarations de suspects, dépositions de témoins, dénonciations, procès-verbaux d'arrestation, de perquisition, d'interrogatoire, d'apposition et de levée de scellés, — devront être réunies ù la mairie et, par les soins du procureur de" la commune, centralisées et cataloguées entre les mains du comité de surveillance.
U VRË X.
quatre individus, tantôt seuls, tantôt assistés provisoirement de délégués du Conseil général . restèrent grands inquisiteurs jusqu'après le 2 septembre. Leur action s'exerçait, par un étrange abus de pouvoir, non-seulement sur Paris, mais même sur les départements. Ils siégeaient à l'hôtel de la mairie (aujourd'hui la Préfecture de police), sous le même toit que Pétion, qui occupait, au premier étage, les appartements du premier président du parlement de Paris. Biais ils ne s'inquiétaient guère du blâme ou de l'approbation de ce docile et complaisant instrument que ses anciens complices avaient jeté de côté, comme font les enfants d'un jouet devenu inutile.
La commune de Paris, grâce à ses usurpations successives, en était venue à former un État dans l'État. Si le conseil général, avec ses deux: cent quatre-vingt-huit membres, en était le pouvoir constituant, le comité de surveillance en était le pouvoir exécutif. Aussi, dans leur langage habituelles dominateurs de l'Hôtel de Yille l'appelaient-ils le comité d'exécution. Etait-ce une allusion anticipée à la mission dont il devait se charger le 2 septembre? Quoi qu'il en fût, ce nom glaçait d'épouvante ceux devant qui il était prononcé 4.
L'attention du comité, dès qu'il fut réorganisé, se porta sur les prêtres insermentés. Le trône de Louis XVI renversé, les décrets sur lesquels il avait apposé son veto constitutionnel avaient été, dans la soirée même du 10 août, déclarés lois de l'État. Celui du 27 mai 1792 put donc immédiatement être mis à exécution. Il pro-
\. Voir la relation de M",e de Fausse-Londry.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
HISTOIRE DE LA TERUEUli.
nonçait, en principe, la déportation de tous les prêtres qui n'avaient pas prêté le serment prescrit par la loi du 26 décembre 1790, ou qui, l'ayant prêté, se seraient plus lard rétractés1. Cette peine devenait applicable, sans qu'il fût nécessaire de donner aucun motif, sur la demande de vingt citoyens actifs, et, pour les ecclésiastiques accusés d'avoir suscité des troubles par des actes extérieurs, sur la dénonciation d'un seul individu. Dans un moment où la délation était mise à l'ordre du