LIVRE IX
L'Assemblée était encore occupée de la translation des prisonniers suisses, quand le maire, que depuis près de vingt-quatre heures elle mandait à sa barre, se prérédiger les certificats de courage et d'éloquence qu'il se faisait délivrer, puis les déposait lui-même sur le bureau du président. Nous avons retrouvé ceux qu'il rédigea et déposa le 11 août 1792. Ils sont entièrement écrits de sa main.
« M. François Chabot, dépufé à l'Assemblée nationale, commissaire nommé par elle pour protéger les officiers et soldats suisses mis en état d'arrestation à la suite de la journée d'hier, a fait conduire en sa
présence et des officiers municipaux de Paris et de Neuilly (suivent
les noms de quinze Suisses dont neuf sont qualifiés de caporaux, sergents et fourriers), lesquels ont été reçus à ladite prison de l'Abbaye dans la soirée de ce jour par le concierge de ladite prison, dont la signature sert de décharge aux personnes chargées de leur conduite. « Bon pour décharge,
«Signé : Lavaquire, commis-greffier.
« Paris, ce II août an IV. .
Au dos est écrit :
« Nous certifions qu'aucune insulte n'a élé faite aux quinze prisonniers dans leur roule et qu'ils ont été conduits Siiins et sauves aux prisons de VAbaye et que le peuple a été frapé de tout ce que M. Chabot lui a dit sur le respect dû aux personnes, aux propriétés, à la loi et au droit des gens.
« Signé ; François Cuabot, député; Gérard, maire; Garuol, officier municipal de Paris; Bouiuot; Robksit Picolet, officier municipal de Neuilly; Alleman, Noll. »
« A Paris, le II août, à dii heures dit soir, l'an IV. •
Ces derniers noms sont ceux de deux malheureux Suisses qui faisaient partie du convoi. Les noms des quinze Suisses amenés par Chabot, le 11 août au soir, se retrouvent tous sur tes listes mortuaires dressées a l'Abbaye après les massacres de septembre.
On envoya successivement au palais Bourbon les Suisses qui étaient
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sente enfin devant elle et vient constater par sa présence que ceux qu'il décore du nom de « collègues » ont enfin consenti à le mettre en liberté1.
restés pour garder les casernes de Rueil et de Courbevoie et les Suisse? isolés qui se 'trouvaient en résidence fortuite dans d'autres communes. Nous avons eu entre les mains les comptes présentés par les fournisseurs chargés de la nourriture des Suisses du palais Bourbon; ces prisonniers étaient cent douze le premier jour; quelques jours après leur nombre montait à deux cent quarante-six. Un décret du 20 août ayant autorisé les officiers, sous-officiers et soldats, servant dans les régiments suisses à rester, s'ils le préféraient, au service de France avec leurs grades, maïs à charge par eux de prêter le serment du 10 août, la plupartdes Suisses du palais Bourbon usèrent de cette faculté. Aussi la commune ne les désigna-t-elle pas aux sicaires qu'elle envoya, le % septembre, à l'Abbaye.
On trouvera à la fin de ce volume une note sur différentes particularités relatives aux régiments suisses qui faisaient partie de l'armée française et qui furent licenciés en vertu du décret du 20 août précédemment cité.
1. Le malheureux Pélion, qui avait lui-môme demandé, le 10 août au matin, à être mis en quasi-arrestation, trouvait que l'on était bien lent à venir le délivrer. Il lui tardait naturellement de jouir des fruits d'une victoire à laquelle sa coupable abstention avait si fort contribué. Lu billet suivant, qu'il adressait aux commissaires de la commune insurrectionnelle et que nous avons eu le bonheur de retrouver, montre combien peu ses complices se souciaient de lui, depuis qu'ils n'avaient plus besoin de s'abriter sous les plis de son écharpe populaire:
« L'Assemblée nationale, messieurs, a rendu hier un décret pour lever la consigne établie a la mairie. Depuis ce temps, lu consigne n'est point encore levée, puisqu'on ne veut pas me laisser sortir; cependant nous devons tous obéir aux décrets de l'Assemblée. Je vous prie en conséquence, messieurs, de vouloir bien donner les ordres néce?saires pour que je puisse me rendre librement où mes devoirs m'appelleront, et particulièrement à la barre de l'Assemblée nationale. »
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