‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 63 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

L'Assemblée comprend qu'elle ne doit pas s'en tenir à des serments, et qu'elle a besoin d'affirmer plus catégoriquement que jamais sa résolution de s'ensevelir sous les ruines de la patrie. Aussi, quelques instants après, adoplet-elle, sur le rapport de Héraut-Séchelles, cette proclamation qui appelle aux armes tous les Français :

« Longwy vient d'être rendu ou livré. Les ennemis s'avancent; peut-être se Hattent-ils de tro,uver partout des lâches et des traîtres. Ils se trompent : nos armées s'indignent de cet échec et leur courage s'en irrite. Citoyens, vous partagez leur indignation; la patrie vous appelle, partez ! »

Un peu plus lard, sur les rapports de Vergniaud et de Guadet, elle vote à l'unanimité deux décrets. Le premier punit de mort tout citoyen qui, dans une place assiégée, parlera de se rendre. Le second ordonne que toutes les maisons de Longwy, aussitôt que cette place sera rentrée au pouvoir de la nation, seront, à l'exception des maisons nationales, détruites et rasées; déclare infâmes et indignes à jamais d'exercer les droits de citoyen français, tous les individus qui habitaient cette ville à l'époque où elle a été livrée à l'ennemi; renvoie devant les tribunaux criminels les officiers municipaux, et devant la cour martiale le commandant de la place, Lavergne1.

4. Dans le premier moment, l' indignation publique qu'avait excitée h reddition de Longwy se porta spécialement sur le commandant La vergue; mais il fournit lu preuve que c'était la municipalité de Longwy qui l'avait forcé de capituler. Pendant dix-huit mois cet officier demanda en vain des juges. Une cour martiale devait être conin 9

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La réponse indirecte, mais aussi vigoureuse qu'adroite, que l'Assemblée venait de faire aux accusations traîtreusement lancées contre elle, était de nature à inquiéter les meneurs de l'Hôtel de Ville. Installés depuis quinze jours à peine, ils avaient tellement abusé de l'autorité par eux usurpée, qu'Us la sentaient déjà s'affaiblir entre leurs mains. On commençait, dans certaines sections, à vouloir leur demander compte de leurs pouvoirs et de leur gestion. On rappelait la promesse qu'ils avaient faite de se démettre, aussitôt la crise passée, de fonctions dont

voquée d'après les ordres formels envoyés par le ministre de la guerre (Moniteur, p. 4022); elle ne fat jamais rassemblée. Mais lorsque le règne de la Terreur eut été complètement établi, lorsque le tribunal révolutionnaire condamnait, sans preuves et en quelques minutes, les malheureux traduits devant lui, on tira le commandant Lavergne des prisons de Langres où, malgré ses réclamations et celles de sa courageuse femme, on l'avait laissé sans le juger ni même l'interroger, et on l'envoya à Paris. Dès le lendemain, il comparaissait devant Fonquier-Tinville et ses séides et était condamné à mort. A.u moment où la sentence fatale est prononcée, on entend dans l'auditoire des cris énergiques et répétés de vive le roi! Le tribunal ordonne que l'on se saisisse de la personne assez audacieuse pour le braver ainsi. On lui amène M"" Lavergne, qui déclare qu'elle n'a trouvé que ce moyen de partager le sort de son mari. Les juges font droit à sa demande. La même mort réunit les deux époux et comble les vceux de cotlo femme héroïque. Trouverait-on dans toute l'antiquité un plus beau trait d'amour conjugal? Le dévouement d'Arria, s'associant volontairement au sort de son époux et lui tendant le poignard dont elle vient de se frapper, est depuis dix-huit siècles en possession de l'admiration publique. Le dévouement de Sln* Lavergne est-il moins beau? Pourquoi est-il moins connu? C'est un de ces traits qui relèvent et consolent le cœur au milieu des plus lamentables récits. Oublieux de nos gloires, ne saurions-nous admirer l'héroïsme qu'à dislance et sous des noms grecs ou romains?

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