‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 64 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

ils ne s'étaient eux-mêmes investis qu'à titre temporaire. Ils étaient avertis que la commission extraordinaire préparait secrètement un décret qui devait prononcer la dissolution de la commune insurrectionnelle et la remplacer, soit par l'ancienne municipalité, soit par une commission législative1.

En présence de pareilles rumeurs, la commune se sent menacée et comprend que, pour continuer d'exister, il faut qu'elfe se rende nécessaire. Un seul homme peut la sauver, et cet homme, c'est Danton. Depuis qu'il a quitté les humbles fonctions de substitut du procureur de la commune pour aller s'installer au ministère de la justice, il n'a pas cessé d'être en relations de chaque jour, de chaque heure, avec ses anciens complices de l'Hôtel de Ville. Une étroite solidarité existe entre eux; cette solidarité a fait jusqu'ici sa force, mais elle menace de l'entraîner dans la ruine de la commune, si celle-ci vient à succomber dans !a lutte qu'elle a entamée avec la représentation nationale. Dans le conseil exécutif il est isolé; Roland, Clavière, Servan, Lebruu, sont complètement sous l'influence girondine; le ministre de la marine, Monge, ne compte pas. Si, au 10 août, on l'a porté au ministère, lui, le tribun des Cordeliers, c'était uniquemeut pour donner une satisfaction passagère à l'élé-

4. Nous trouvons l'aveu formel de cette circonstance dans un écrit que Chabot adressa plus tard à Brissot, et dans lequel, invoquant le témoignage de Gohier, il se vante d'en avoir été faire lui-même la proposition à la commission extraordinaire. Ce pamphlet est reproduit in extenso, au tome XX, p. 443, de {'Histoire' parlementaire de 3131. Bûchez et Roux.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

ment ultra-révolutionnaire. N'a-t-on pas dit de lui : « C'est le levain qui fait lever la pâte? » Mais à présent que les circonstances paraissent changer, on parle de le remplacer par uo homme moins compromettant, afin d'établir la parfaite homogénéité du cabinet. La commune peut donc compter sur lui. En la sauvant il se sauve luimême.

Habile autant qu'audacieux, Danton, une fois d'accord sur tous les points avec les meneurs de l'Hôtel de Ville , saisit la première occasion pour entretenir ses collègues des dangers publics à l'intérieur et à l'extérieur. Il leur parle des agitations auxquelles il faut mettre un terme, des entraves apportées au commerce par la fermeture intermittente des barrières, du manque d'armes pour les volontaires qui se rendent aux années. Il leur insinue que des visites faites à domicile amèneraient certainement la découverte de beaucoup de fusils et de munitions; qu'elles ne peuvent avoir de grands inconvénients, et qu'elles auront l'immense avantage de faire cesser, une fois pour toutes, les perquisitions partielles qui ne donnent que des résultats très- médiocres, au prix d'inquiétudes sans cesse renaissantes.

Le conseil des ministres se laisse persuader par ces raisonnements, il adopte la résolution que Danton lui propose1. La délibération prise, leministre de la justice se hâte d'entraîner ses collègues a l'Assemblée, alin que les Girondins, en voyant leurs amis sanctionner par leur pré-

i. Nous avons retrouvé la délibération même que Danton fit l^ivii ire par le conseil executif, et dont il était armé lorsqu'il vint.

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