LIVRE X
ports seront délivrés aux citoyens, conformément aux lois antérieures au 10 août;
h" Les municipalités sont autorisées à désarmer tous les suspects et à distribuer leurs armes aux défenseurs de la patrie et de l'égalité;
5° Tout citoyen chez lequel seront trouvées des armes non déclarées sera réputé suspect, et ses armes seront confisquées.
Dans la rédaction de ce décret, on avait eu grand soin de déguiser le but véritable que l'on se proposait. Ainsi, on ne parlait que de l'arrestation des citoyens chez lesquels on trouverait des armes non déclarées, et qui, par ce fait, pourraient être supposés avoir de mauvaises intentions. On ne prononçait le mot de visites domiciliaires que pour dire qu'elles ne devaient pas avoir d'autre but que de constater la quantité de munitions et le nombre d'armes et de moyens de transport dont on pouvait disposer. On faisait surtout luire l'espérance qu'aussitôt les visites terminées, les relations entre la capitale et les départements seraient débarrassées de toute entrave; enfin, pour mieux dissimuler l'origine de ce projet, né dans les conciliabules de l'Hôtel de Ville, on en étendait l'application à toutes les communes de France.
L'Assemblée se figure que toutes ces mesures ont été concertées entre les chefs de la majorité et les divers ministres. Sans renvoi a la commission extraordinaire, sans discussion, de confiance, elle vote le fatal décret. Danton en presse l'expédition et, triomphant, court le porter lui-même au conseil général de la commune.
Danton avait pleinement rempli ses promesses, et même surpassé les espérances de ses amis de l'Hôtel de Ville. II avait fait accepter à ses collègues une proposition presque inoffensive, puis, sous leur nom, enlevé à l'Assemblée le vote d'un décret qui approuvait en principe les violences que médilait la commune. Celle-ci, 'aussitôt le décret rendu, aggrave, par un arrêté spécial, toutes les dispositions déjà exorbitantes arrachées à l'inattention de l'Assemblée et laisse à ses agents le soin d'outre-passer les instructions qu'elle leur donne publiquement. Le décret avait été voté dans la nuit du 28 août. Dans la matinée du 29, l'arrêté municipal est affiché, le comité de surveillance transmet ses derniers ordres aux. quarante-huit sections, et le jour même, à quatre heures du soir, commence l'exécution des formidables mesures prises par la commune pour ne laisser échapper aucun de ses ennemis.
Dans tous les quartiers en même temps les tambours battent le rappel. Les habiUmts sont prévenus qu'ils doivent rentrer immédiatement chez eux. Les boutiques sont fermées, les portes sont closes. Des corps de garde improvisés s'établissent à tous les coins de rue ; des bateaux-pa taches surveillent le haut' et le bas de la rivière ; on met garnison dans tous les établissements qui se trouvent sur la Seine et jusque dans les bateaux de