‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 85 sur 262 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Mais -ce n'était pas pour entendre les remontrances aigres-douces de Pétîon que Je conseil était rassemblé, il s'agissait d'approuver l'adresse que Robespierre avait été chargé de rédiger. Lecture en est faite au milieu d'applaudissements unanimes; adoptée par acclamation, elle devra être portée à l'instant même à la barre de l'Assemblée. On annonce à Pélion que l'on a compté sur lui pour remplir celte mission, car, lui insinue-l-on, aux termes de la loi municipale spéciale à Paris, le premier magistrat de la commune doit se mettre à la lête de toutes les députations, qu'il approuve ou non l'avis qu'elles sont chargées de transmettre aux autorités constituées.

Depuis l'intronisation de la nouvelle commune, cet article de la loi avait été parfaitement oublié, et les dictateurs de l'Hôtel de Ville, qui envoyaient, presque tons les. jours et même plusieurs fois par jour, des députations à l'Assemblée législative, n'avaient pas paru beaucoup s'en soucier. Mais aujourd'hui ils se le rappellent; ils sont ebarmés de pouvoir faire réclamer la révocation du décret du 30 août par celui-là même qui est accusé d'en avoir été le secret promoteur.

Cette demande, formulée officiellement par le substitut du procureur de la commune, est accueillie avec la plus grande faveur par les tribunes; leurs applaudissements redoublés trouvent un écho jusque sur la place de Grève au sein de cette tourbe que les meneurs tiennent à leur solde, et qu'ils font apparaître ou cachent dans l'ombre, suivant qu'ils ont besoin de terrifier leurs adversaires ou de les endormir dans une fausse sécurité.

HISTOIRE £>li LA TJîRRIil'R.

En présence de cette immense acclamation, le maire de Paris n'élève plus aucune objection et sort accompagné des applaudissements de ceux qui viennent de se jouer si adroitement de son humeur crédule et de son aveugle passion des faveurs populaires.

Au moment où Pétion et les membres de la députation, chargés plutôt de le surveiller que de lui faire cortège, se présentent aux portes de la salle fies Feuillants, l'Assemblée nationale venait de prendre les résolutions dont nous avons parlé, et qui étaient le complément logique du décret du 30 août.

Admis à la barre, le maire, qui ne veut pas se compromettre, prononce seulement ces paroles ambiguës: « Messieurs, le conseil général de la commune vient vous exposer les motifs de sa conduite et vous présenter une mesure propre h concilier vos suffrages et l'intérêt public, une mesure qui mettra sur-le-champ l'administration en activité. » La présentation ainsi faite, un reste de pudeur l'empêche de lire lui-même l'adresse, où se produisent à chaque ligne contre ses amis des accusations de défaillance qui l'atteignent lui-même; il en laisse le soin à l'organe officiel de la commune, au secrétairegreffier Tallien. L'insolent manifeste était ainsi conçu1 :

1 . Nous avons retrouvé un exemplaire imprimé île celle adresse et nous la donnons lelle. qu'elle Tut placardée sur les murs de Paris, pur

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LIVRIÏ X.. 1 74

« Législateurs,

« Les représentants de la commune se présentent aujourd'hui devant vous avec confiance. Ils ont été calomniés, ils ont été jugés sans être entendus; ils viennent réclamer justice et vous dire la vérité tout entière.

« Envoyés par le peuple, dans la nuit du 9 au 10 août, pour sauver la chose publique, pour renverser ta tête altière du despotisme qui, fort de (pieUfue succès, croyait pouvoir de nouveau réasservir le peuple français, ils ont dû faire ce qu'ils ont fait. Lu mal était gkand, le itisMKDE devait être EXTRÊME, le peuple n'avait pas limité leurs pouvoirs; il ne les avait pas circonscrits dans des limites étroites, il leur avait dit : Allez, sauveznous; tout ce que vous ferez, nous l'approuverons.

« Dans cette nuit mémorable , où le maire de Paris était retenu en otage au château des Tuileries, où le corps législatif était menacé, où des hordes mercenaires étaient réunies dans cette nouvelle Bastille pour égorger tes amis de la liberté, nous, réunis dans la maison commune, nous préparions en silence la mine qui devait détruire tous les projets contre-révolutionnaires; à minuit, vingt-

ordre de l'audacieuse commune. Nous indiquons par des italiques les passages principaux qui ont été omis dans la version presque identique du Moniteur, p. 4043, et du Journal des Débats et Décrets, p. 184 du n» 338.

On remarquera que les phrases les plus violentes ont été atténuées ou supprimées par ces journaux. La version du Moniteur commence par ces mots : Les représentante provisoires fie la commune de Parts, Dans l'adresse placardée, la commune s'affirme elle-même et efface soigneusement le mot provisoires qui l'offusque.

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HISTOIRE DE hk TERREUR.

sept sections1, c'est-à-dire la majorité de ta commune, avaient déjà envoyé des commissaires avec pleins pouvoirs de sauver la chose publique; c'est de là que nous dirigions les légions citoyennes pour environner et proléger le lieu de vos séances. Nous vous le demandons, le corps législatif n'a-t-il pas toujours été respecté? et, nous devons le dire, celle enceinte ne fut, dans ces moments orageux, souillée que par la présence du digne descendant de Louis XI et de la rivale des Blédicis.

<« Si Louis XVI et sa famille respirent encore, ils ne doivent ce bienfait qu'à la générosité du peuple et au respect qu'il porte à l'asile que ces scélérats fugitifs avaient choisi.

« Législateurs, vous avez applaudi vous-mêmes aux mesures que nous avons prises... »

Ici Tallien est interrompu par le président, qui vient de recevoir un avis important du commandant du poste des Feuillants : « Un rassemblement s'est formé aux portes de la salle ! La garde va être forcée ! » Quel étrange commentaire aux premières paroles de l'orateur de Ja commune! L'Assemblée réplique bravement .à la menace par un ordre du jour, motivé sur ce que « le peuple est incapable de violer l'enceinte où les législateurs discutent en son nom 2. »

t. Ce passage si important, où la commune reconnaît elle-môme que, dans la nuit du 9 au 10 août, vingt-sept sections seulement étaient représentées rj.ms la réunion des commissaires, confirme d'une manière formelle et incontestable ce que nous avons dit de cette réunion rians notre deuxième volume.

2. Cette intervention violente de la foule que lo bruit da la

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