LIVRE X
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chargent Robespierre de rédiger une adresse à l'Assemblée nationale, dans laquelle il devra exposer toutes les mesures prises depuis le 10 août par les commissaires des sections, tous les exploits civiques dont ces sauveurs de la patrie ont marqué l'accomplissement de leur mission.
Le lendemain, 31, avant que Robespierre ait présenté l'adresse qu'il a rédigée dans la nuit, on veut s'assurer de la coopération sinon active, au moins matérielle de Pétion , et se servir une fois de plus de sa bonhomie d'emprunt pour endormir les ressentiments de ses amis de la Gironde. On lui envoie donc, avec la plus grande solennité, une dépulation chargée de l'inviter à venir honorer le conseil général de sa présence. Heureux et fier de l'importance qu'on daigne enfin lui reconnaître, le maire accourt aussitôt à l'Hôtel de Ville reprendre possession du fauteuil dont depuis vingt jours il a été écarté. A peine ^le tumulte occasionné par son arrivée est-il apaisé, que le substitut du procureur syndic se lève et se félicite, au nom de tout le conseil, de voir un magistrat chéri revenir à son poste. « Le premier représentant de la cité pourra ainsi, ajoute l'orateur, se pénétrer des vérités qu'il va être chargé d'aller porter à l'Assemblée législative pour justifier le conseil général des inculpalions aussi fausses qu'atroces dont on a osé le noircir. »
Pétion commence à comprendre qu'il est pris au piège. Répondant à la harangue officielle qui vient de lui être adressée, il fait entendre quelques plaintes sur la position diOicile qui lui a été faite depuis le 10 août. S'il a cm devoir s'abstenir de présider les séances du con-
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
seil, c'est, dit-il, « qu'il n'a pas aperçu distinctement les fonctions qui lui étaient réservées, qu'il se trouvait placé entre les membres de la municipalité, qui ne se croyaient pas légalement destitués, et les patriotes, qui les remplaçaient, peut-être sans titre bien régulier, ïl est plein de regrets pour ses anciens collègues, plein d'affection pour les nouveaux, tout en déplorant les erreurs dans lesquelles ils ont pu tomber. » Il s'étend longuement sur les moyens « de concilier les diverses prétentions, de réparer les erreurs du passé, d'empêcher un choc dangereux et impolitique entre la commune et l'Assemblée nationale. » II termine son discours, selon sa constante habitude, en vantant son courage, sa prudence et sa connaissance approfondie des hommes et des choses.
Le substitut du procureur général réplique, c'est-àdire réfute les récriminations que vient de faire entendre Pétion, et entonne un nouvel éloge de fout ce qu'a fait le conseil générai depuis le moment où il a été investi de la confiance du peuple5.
4. Ces détails se trouvent, les uns dans le procès-verbal de la séance de la commune, les autres dans une lettre que Pétion adressa le même jour (31 aoùl) à la section du marché des Innocents, et qui fut insérée dans le Patriote français, n° du r[ septembre. Nous donnons ces deux documents ii la fin de ce volume. -La lettre de Pétion a déjà été reproduite dans le t. XVII, p. 3!)8, de V Histoire parlementaire, mais elle s'encadre si bien avec les pièces nouvelles que nous avons rassemblées, elle en est 13 commentaire si vivant, elle fait si nettement ressortir le personnage, que nous n'avons pas hésité à la reproduire, quoique nous ayons adopté la règle générale de no pas donner in extenso les documents déjà imprimés.