LIVRE XI
leur opinion reste conforme à la vérité1 » ; cela provoque en notre esprit et doit provoquer dans l'esprit tle tous les gens de bon sens, de tous les vrais patriotes, une immense stupéfaction !
Oui, c'est mentir à l'histoire, c'est trahir la sainte cause de l'humanité, c'est déserter les intérêts les plus manifestes de la démocratie, c'est calomnier le peuple, que de prendre pour lui quelques centaines de misérables, n'ayant de français que le nom, d'humain que la figure, allant lâchement chercher une à une leurs victimes dans les cachots de l'Abbaye ou de ta Force, les immolant à la face du soleil avec tous les raffinements d'une froide cruauté, et insultant par d'ignobles ricanements à leur trop lente agonie.
Le peuple, le vrai peuple, celui que composent les ouvriers laborieux et honnêtes, au cœur ardent, à la fibre patriotique, les jeunes bourgeois aux aspirations généreuses, au courage indomptable, ne se mêla pas un instant aux scélérats recrutés par Maillard dans les bouges de la capitale. Pendant que les sicaires du comité de surveillance établissaient dans les prisons, suivant l'énergique expression de Vergniaud, une boucherie de chair humaine, le peuple, le vrai peuple, était tout entier au Champ de Mars ou devant les estrades d'enrôlement; il offrait le plus pur de son sang pour la défense de la
1. Voir lu lettre que M. Louis Blanc a écrile, le 10 décembre 1856, n M. Cuvillier-Fleury, lettre <juî fut insérée dans le Journal des Débats du 19 décembre suivant, et reproduite dans les Dernierfs études historiques de M. Cuvillier-Fleury, page 128 du \*' volume (J859).
patrie; il aurait eu honte de verser celui de malheureux sans défense.
Mais, si l'immense majorité de la population parisienne n'a pas été complice do massacre des prisonniers, comment a-t-elle pu le laisser commettre? C'est que cet attentat fut exécuté par l'ordre de ceux mêmes qui devaient veiller au respect de la loi ; c'est que les chefs des égorgeurs étaient revêtus de l'écharpe municipale, c'est que l'assassinat se commettait adminùtrativemcnt1. Or, de tous les forfaits, le plus abominable sans contredit, n'est-ce pas celui qui s'exécute, au nom des pouvoirs auxquels la société a remis le soin de sa défense; celui qui, sous le prétexte du salut public, s'impose aux populations stupéfiées et voudrait se faire accepter comme un acte de patriotisme? Lorsque se produit un pareil bouleversement de tous les principes, «ne semblable interversion de tous les rôles, les consciences se troublent, les courages les plus fermes se sentent ébranlés, les résolutions les plus énergiques chancellent, les forces vives d'une nation sont paralysées. Les hommes de cœur, n'ayant plus aucun lien de cohésion entre eux, se cherchent, hésitent à se reconnaître, à se communiquer leurs pensées; quand enfin l'indignation est prêle à réunir toutes les volontés, à éclater de toutes les bouches, à armer tous les bras, il est trop tard : le crime est consommé !
4. Ce mot, parfaitement juste et profondément caractéristique, n'est pas de nous; il est'des auteurs AeVIfintoirc parlementaire, MM. Bûchez et Rouk, qui déclarent que « les journées de septembre furent une affaire administrative, » (t- XVII, p. 405).