‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. troisièmeChapitre 94 sur 262 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

C'est ce qui arriva le 2 septembre 1792, c'est ce qui arrive toutes les fois que les détenteurs de l'autorité publique font servir fe dépôt .sacré qui leur a été confié à la satisfaction brutale de leurs haines ou de leurs ambitions, et ne craignent pas d'inaugurer leur dictature par les arrestations en masse, les déportations et les assassinats.

L'impunité qui a d'abord couvert les massacres de septembre, le triomphe éphémère de ceux qui les commirent, plus tard le dévergondage des idées démagogiques, l'amour de l'extraordinaire et la passion de l'horrible ont poussé certains écrivains h obscurcir, à dénaturer, à nier les faits les plus certains. Mais, grâce au ciel, la vérité s'est fait jour. On a pu exhumer des archives et des greffes une telle masse de documents incontestés et incontestables, que le procès qui s'est plaidé si longtemps est définitivement instruit.

Aussi, pour nous, juré au tribunal de l'histoire, n'hésitons-nous pas à répondre à la grave et délicate question, précédemment posée, par ce verdict mûrement réfléchi :

En notre âme et conscience, devant Dieu et devant les hommes, non , la population de Paris ne fut pas coupable du crime de septembre1.

A, Nous avons réuni dans une note, à la fin de ce volume, los preuves de la préméditation des massacres. Dans cette même note, nous avons discuté les allégations des historiens qui ont adopté un système différent du nôtre; le lecteur jugera entre eux. et nous.

Quels furent donc les coupables et quels furent leurs mobiles?

Les coupables furent Marat, Danton, Robespierre, Manuel, Hébert. Billaud-Varennes, Panis, Sergent, Fabred'Églantine, Camille Desmoulins et une douzained'autres individus plus obscurs, membres du comité de surveillance ou seulement du conseil général de !a commune.

Marat, le premier, conçut l'idée et la préconisa dans son infâme journal, dans ses ignobles placards. Dénonciateur perpétuel, inépuisable inventeur de complots imaginaires, il prêchait ValUance libératrice, — ce sont ses propres expressions, — de l'assassinat et de la dictature. Quoiqu'à demi fou, l'hôte habituel des caves, le sanguinaire somnambule était d'une habileté peu commune pour arriver à ses fins; il n'ignorait pas la puissance qu'en temps de révolution l'on acquiert en s' 'enténébrant de mystères. Ses vêtements sordides, sa face tourmentée et livide, qui n'apparaissait en public qu'en de très-rares circonstances, l'emphase de son style, l'allichage clan- ■destin de ses élucubrations lors même qu'il jouissait de la plénitude de sa liberté, tout cela exerçait une sorte de fascination sur la foule et même sur les coryphées du parti démagogique: il s'était imposé à la commune; il s'imposa au comité de surveillance; il avait présidé aux arrestations, il présida aux massacres.

Danton , lui aussi , regarda son crime en face et n'hé-

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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