‹ Histoire de la terreur à BordeauxChapitre 32 sur 34 · LA RÉOUVERTURE DES ÉGLISES · texte numérisé non relu

LA RÉOUVERTURE DES ÉGLISES

A MM. les Administrateurs du Directoire du département

de la Gironde,

Messieurs,

Lorsque vous ordonnâtes, le 28 janvier dernier, la clôture des églises des maisons religieuses, vous reconnûtes en même temps le droit que nous avions d'exercer notre culte en particulier; et vous nous permîtes d'avoir des églises particulières.

Votre arrêté garantissait que nous trouverions dans ces églises Paix et Liberté.

Les citoyens qui provoquèrent par leurs pétitions la clôture des unes, avaient eux-mêmes garanti cette inviolabilité si solennellement promise à l'égard des autres.

Comment est-il donc arrivé que nous ayons été aussi étrangement assaillis dans nos temples? Par quelle fatalité surtout en avons-nous été privés, malgré le bail que la régie nationale des Domaines nous en avait consenti sous votre autorisation?

Il est yrai qu'en nous privant de ces trois oratoires, votre arrêté du 27 février nous laissa le consolant espoir d'une prochaine réintégration. Vous annonçâtes que vous alliez statuer sur les procès-verbaux dressés à l'occasion de ces troubles, et forts de notre innocence, nous n'avions pas à redouter les résultats de cet examen.

Il a dû vous convaincre, Messieurs, que ce n'est point à nous qu'il faut rapporter la cause de cette insurrection criminelle : et puisque les dispositions de votre arrêté ne furent que provisoires, vous vous empresserez sans doute de nous rendre une possession à laquelle est attaché le plus impérieux comme le plus saint des devoirs.

Combien il serait déplorable dans les jours de la solennité pascale où nous entrons, de laisser une masse considérable de citoyens sans temples et sans culte, sous l'empire d'une Constitution qui proclame la liberté indéfinie de toutes les religions!

Mais comme il pourrait y avoir de inconvénient ou même du danger à se borner à l'ouverture de nos trois églises, nous vous demandons, Messieurs, de vouloir bien faire ouvrir aussi toutes celles dont votre arrêté du 28 janvier avait ordonné la clôture. Répandues dans les divers quartiers de la ville, elles offrent à une immensité de citoyens plus de ressources pour satisfaire aux devoirs de leur conscience. D'ailleurs, Messieurs, en facilitant à ce grand nombre de fidèles, qui se portaient en foule à nos trois églises, les moyens de se diviser, vous préviendrez les désordres dont cette affluence a pu être l'occasion ou le prétexte.

Une semblable détermination, vous le savez. Messieurs, a rendu le calme aux habitants de Paris. Nous avons donc lieu d'espérer, de votre sagesse et de votre sollicitude pour, la tranquillité publique, que vous adopterez avec empressement ce moyen dicté par la raison et justifié par l'expérience.

Nous no craignons pas que les administrateurs qui nous entendent soient arrêtés par le petit nombre des signataires de la présente pétition. Comme soumissionnaires des trois églises, avoués et reconnus par l'administration, nous avons des titres irréfragables pour en demander l'ouverture et la paisible jouissance, et comme invitant l'administration à rouvrir toutes les églises dans des vues d'ordre public, nous avons pour nous, tous ceux de notre culte, dont

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