‹ Histoire de la terreur à BordeauxChapitre 6 sur 34 · PREFACE. XIX · texte numérisé non relu

PREFACE. XIX

effets à la Delacroix : il a raconté dans un style exempt des redondances, des subtilités ou des recherches de phrase et de langage d'une certaine école moderne, les événements d'une sombre et terrible époque; il a pensé que s'il restait vrai et s'il n'omettait rien d'essentiel, il aurait, par la force même des choses, atteint le degré de coloris et de peinture qui convient au récit des douleurs de la patrie locale.

L'auteur ne s'est pas dissimulé que des esprits chagrins l'accuseraient de jeter la pierre à la République et de la rendre responsable des atrocités de la Terreur.

Il ne se défendra contre ime pareille accusation qu'en affirmant ses principes bien connus d'indépendance et de libéralisme, et en répétant qu'il n'a voulu écrire ni un pamphlet ni une œuvre de parti (0.

Il a, avec d'excellents esprits, de l'amitié desquels il s'honore et qui appartiennent aux partis les plus opposés, reconnu depuis longtemps qu'au point de vue du gouvernement des peuples et de l'autorité, deux seuls principes divisent le monde moderne : la monarchie et la souveraineté populaire. Il accepte ces deux formes de l'autorité humaine, et, sans se prononcer sur leur valeur réciproque, il déclare en âme et conscience qu'il n'est pas homme à reprocher à ces principes les fautes ou les crimes commis durant leur application et qu'il ne leur en fait pas remonter la responsabilité.

(i) Interest reipublicce cognosci malos. (Bayle, dans sa dissertation sur les libelles difiamatoires.)

Sans partager toutes les idées de Téminent auteur de la dernière Histoire de la Révolution française (0, il dira avec lui et sans réserve :

«... Efforçons-nous d'être justes.

» Déplorons du fond de Tâme la Terreur.

» Condamnons énergiquement la dictature en » principe.

» Vouons au mépris le culte de la force.

» Maudissons les excès et flétrissons les crimes... »

Tels sont les principes généraux qui ont dirigé Tauteur dans la composition de son livre.

Il Ta cru utile; il a pensé que Theure était venue de recueillir, sans4iaine et sans crainte, des documents déjà bien dispersés et dont le temps pourrait encore compromettre l'existence; il a écrit sur les pièces officielles, d'après les récits des contemporains, et s'est imposé comme première loi la plus entière impartialité.

A ce point de vue, il demande à signaler comme preuve de cette impartialité la reproduction faite volontairement et dans une large proportion, de documents inédits ou importants qui lui ont paru devoir passer intégralement sous les yeux du lecteur. Il a dû sacrifier parfois, mais sans le regretter, la concision du récit à la nécessité de l'éclairer par les paroles ou les actes des personnages qui ont joué un rôle dans les événements qu'il raconte.

En résumé, l'auteur le dit avec conviction : Son livre manquait, il a composé son livre.

(i) M. Louis Blanc.

PREFACE. XXC

Il ne terminera pas ces lignes préparatoires sans adresser du fond de son cœur des remercîments sincères aux nombreux amis (') qui Tont aidé de leurs conseils et de leurs recherches, soutenu par leurs encouragements et loué de son initiative. 11 leur devra d'avoir mené son œuvre à bonne fin.

Toutes nos histoires locales sont muettes, on peut le dire hardiment, sur Tépoque de la Terreur à Bordeaux. La lacune sera comblée aujourd'hui; l'auteur l'espère du moins; il n'a pas toutefois la prétention d'avoir épuisé le sujet, et de plus habiles que lui pourront peut-être le compléter plus tard et ajouter des pierres nouvelles au monument qu'il a tenté d'élever, non sans se dissimuler l'imperfection de son œuvre, pour servir à l'instruction de ses concitoyens.

Reconnaissance et merci aux amis connus et inconnus qui ont assisté ou qui assisteront l'auteur pour le succès de son livre.

Telle est sa dernière parole avant de se livrer au jugement des lecteurs.

7 Avril 1871. *

(1) Il y aurait Ingratitude de notre part à ne pas nommer ici M. Gouget, archiviste du département, et MM. Ducaunnès-Duval et Roborel de Climens, •es deux intelligents collaborateurs. Ixurs communications, foi tes avec une rare obligeance, ont grandement facilité notre travail.

Son Éminence Ms^ le Cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, a daigné adresser la lettre suivante à Fauteur de V Histoire de la Terreur à Bordeaux :

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