‹ Histoire de la Terreur á Bordeaux, Volume 2Chapitre 37 sur 42 · SÉANCE DU CLUB NATIONAL · texte numérisé non relu

SÉANCE DU CLUB NATIONAL

du 21 messidor an II (9 juillet 1794).

Une foule immense remplit Tenceinte et les tribunes du Club. Les paroles de Jullien, la veille au soir, avaient causé une vive curiosité et on attendait la réalisation promise...

JuUien arrive et monte à la tribune. Il retrace les succès éclatans des défenseurs de la patrie ; il fait lecture du décret de la Convention qui enjoint aux troupes ennemies d'évacuer dans vingt-quatre heures le territoire français, sous peine d'être livrés à la bayonnette des républicains.— Il démontre que l'énergie est nécessaire et essentielle à un gouvernement révolutionnaire; que l'audace de nos guerriers répond à la sage prudence de nos législateurs, et il invite les citoyens de Bordeaux à répondre aussi aux espérances du Comité de Salut public et aux mesures qui tendent à la régénération de cette commune.

11 donne connaissance au peuple de Tépuration qu'il a faite de la municipalité de Bordeaux, d'après les ordres du Comité de Salut public.

Les noms des citoyens qui composent la municipalité régénérée sont accueillis par des applaudissements unanimes, et l'opinion publique se prononce avec cette force imposante qui déjoue les projets des malveillants et les calomnies répandues pour irriter les défiances, év^^iller les inquiétudes et fomenter la division.

C'est peu, selon lui, que l'opinion publique paraisse bonne et

révolutionnaire dans les grandes réunions des patriotes. Il demande qu'on s'occupe enfin de former une bonne conscience publique qui soit le résultat de toutes les consciences particulières, qui prenne sa source dans Tamour bien prononcé de la vertu, dans rattachement invariable aux principes, dans les vertus privées qui font du bon père de fan^ille, du bon époux, du bon fils, un vertueux citoyen.

C'est peu d'avoir de bonnes autorités constituées, si la Société populaire n'offre pas cet ensemble de patriotisme, de vertus et de lumières qui doit la rendre propre à Tinstruction du peuple, digne d'obtenir sa confiance et d'attirer ses regards. Il rappelle ce qu'a été depuis longtemps le Club national, abandonné à des discussions oiseuses, à de petites cabales, à l'esprit de parti, à des considérations particulières, à des haines personnelles, tandis qu'il s'agit des grands intérêts de la liberté et de la patrie.

Quand Brutus voit aux pieds de la statue de Pompée ces mots écrits : Tu dors, il se réveille, César est frappé et la liberté triomphe dans Rome. Et toi. Club national, si ta nullité a pu te mériter le même reproche, s'il s'offre aux yeux de chacun de ceux qui regardent les bustes de Pelletier et de Marat cet avertissement salutaire : Réveille-toi! qac les factions soient frappées et détruites; que les intrigans et les fripons disparaissent.

Les maux invétérés réclament de grands remèdes. On ne transige point avec l'impérieuse nécessité ; une demi-mesure entraîne à une marche rétrograde ; plus de palliatifs inutiles si l'on veut une entière guérison. Marins vit couper de sang-froid la partie gangrenée de son corps; des républicains français pourraient-ils se refusera subir avec coutage une semblable opération quand le bien public l'exige?

Après une longue série de motifs, Jullien propose que le Qub national s'anéantisse lui-même i5our être recréé de suite, en n'y admettant que les citoyens unanimement reconnus pour patriotes.

Le plus vif enthousiasme et des applaudissements unanimes suivent cette proposition.

Le Club national, par l'organe de son président, se déclare dissous.

Le Club n'étant plus qu'une simple réunion de citoyens non constitués en société populaire, le commissaire du Comité de Salut public occupe le fauteuil. On lit une liste de citoyens, et ceux-là seulement sont admis que la voix publique proclame républicains connus et prononcés.

Le peuple, enivré d'une joie touchante et naïve, se porte après la séance dans la cour de la maison commune et dans les lieux publics où des chants civiques et des danses célèbrent à laiois et le triomphe de nos armées et la régénération de là commune et du Qub national de Bordeaux.

{Journal du Club national du 24 messidor an Q.)

NOTE XX. p. 289.

ARRÊTÉ

du REPRÉSENTANT DU PEUPLE GARNIER (DE XANTES)

EN MISSION DANS LE OÉPARTIMENT DU DEC-d'aKBÈS.

Citoyens, la publicité est la garantie de la liberté : si les sociétés populaires ont déjoué toutes les conspirations, c'est que leurs mesures, comme leur surveillance, ont été publiques; il ne peut donc exister dans un gouvernement libre que des associations dont les membres ayent le peuple entier pour juge de leurs actions, le sentiment constant du bien pour guide de leurs conseils.

Il a existé dans plusieurs lieux de la République des sociétés particulières qui ont beaucoup servi à la liberté, par le penchant qui les entraînait vers la haine de la tyrannie : ces sociétés sont connues sous le nom de Sociétés maçonniques. Aujourd'hui, sans doute, le même amour qui les dirigeait vers Tégalité les porte à étendre ce principe, sur lequel est assise notre Révolution ; mais ces assemblées, qui ont la vertu et l'humanité pour base, ont aussi le secret pour institution : cVst là que retirées de Tceil de la surveillance publique, elles délibèrent lés actes de leur bienfaisance; tout, jusqu'à la vertu qu'elles exercent, peut devenir dès lors dangereux, car la publicité est pour la liberté ce qu'était le mystère pour la servitude.

C'est dans les sociétés partielles qu'une fraternité plus épanchée peut entraîner vers un sentiment plus indulgent, que le modérantisme peut s'établir en système ; c'est là que ia rigidité de fa surveillance s'altérant, on va perdre dans l'épanchement d'une amitié trop familière, cette austère rigidité qui soutient l'inflexibilité du républicanisme et l'impartiale rigueur du fonctionnaire, dont Tamour inquiet et soupçonneux pour la liberté ne peut se partager avec aucune autre affection.

J'ai vu par moi-même et je me suis convaincu qu'il ne peut exister qu'une seule loge, celle du peuple; que toute assemblée secrète éveille le soupçon et l'inquiétude; c'est là le sentiment que j'ai fini par partnger, et c'est lui qui me commande en ce moment une mesure que sollicite la sûreté publique.

Jusqu'ici les loges de maçon ont été l'école des préceptes de la liberté : elles ont été utiles tant que la tyrannie a été puissante ; mais aujourd'hui que l'égalité triomphe, elle ne doit avoir qu'ellemême pour appui.

Il n'est pas un homme qui, fixant sa réflexion sur ces associations partielles, ne sente qu'elles peuvent devenir un repaire pour l'aristocrate et le conspirateur; c'est là que, couverts du manteau de Famitié, des malveillants, après avoir épuisé sans fruit toutes les ressources de leur perfidie, iront, hors de toute surveillance, tendre des pièges à la crédulité et forger des armes contre la liberté.

Nous savons que dans la commune de Bordeaux il existe plusieurs Sociétés maçonniques. Nous sommes loin d'attaquer les principes comme les vues des membres qui les composent, puisqu'ils nous sont encore inconnus ; mais c'est la nature de l'association elle-même que nous devons atteindre.

Sur ce grand théâtre, nul rassemblement qui n'a pas le peuple pour spectateur ne peut être considéré avec l'œil de l'indifférence ; et si dans quelques autres endroits ces réunions ne nous ont pas frappé, c'est que, moins en garde contre l'esprit public du pays, nous avions moins de motifs d'être soupçonneux; mais quand les rapprochements donnent plus d'importance aux objets, ils doivent être saisis avec un œil plus observateur.

Nous croyons donc que l'intérêt public, la tranquillité d'une grande cité et la nécessité de ne laisser aucune trace d'inquiétude à la défiance du républicain, ni aucun aliment de faction à la malveillance du Êiux patriote, nous commandent de réunir toutes ces assemblées privées à la grande assemblée du peuple, qui a le droit de tout voir comme de tout connaître.

En conséquence, arrêtons :

Art. i«r — Toute association privée ou secrète, sous quelque dénomination qu'elle puisse exister, demeure interdite et supprimée.

Art. 2. — Il ne peut exister que les seules assemblées populaires, avouées par le gouvernement et par l'opinion publique.

Art. 3. — Trois jours siprès la publication de notre présent arrêté, les citoyens qui se trouveront réunis en loge ou autre association secrète, seront arrêtés et détenus comme suspects.

Art. 4. — Sera notre présent arrêté imprimé, publié, affiché et envoyé dans toutes les communes du département.

Bordeaux, le 23 messidor, l'an II de la République française une et indivisible.

Signé : Garnier.

(Journal du Club national, n<> 4.)

NOTE XXI, p. 296.

ARRÊTÉ

dn REPRÉSENTANT DU PEUPLE GARNIER (DE XANTES)

BN MISSION DANS LB DÉPARTBMBNT DU BBC-D'AMBès.

Citoyens, le droit de pétition est un des droits les plus sacrés de rhomme libre.

Envoyés dans le département du Bec^i^Ambès, par la Convention nationale, pour toutes les mesures de sûreté générale et de bien public, nous ne perdrons pas de vue les intérêts individuels.

Chaque citoyen, en s'approchant de nous, y trouvera son frère et son égal; le patriote opprimé, surtout, trouvera un appui et un défenseur dans son représentant.

Cependant, comme la commune de Bordeaux embrasse des établissements étendus et comporte de grands détails d'administration générale, pour lesquels notre mission est particulièrement consacrée.

Nous devons prévenir les citoyens du département, pour Tordre de notre travail, qu'il y aura des jours marqués pour les opérations d'administration générale, et que nous les lui consacrerons tous entiers.

Les autres jours seront destinés aux réclamations individuelles; et sans distinction comme sans préférence, celui qui se sera le premier présenté, sera le premier écouté.

Nous devons également prévenir les citoyens que nous ne nous occuperons d'aucune des pétitions qui regardent directement les différentes autorités constituées, compéfentes pour y statuer, à moins que Ton ait à demander le redressement de quelques griefs.

Nous devons également prévenir les corps administratifs qu'ils ne doivent point nous renvoyer les réclamations qui les concernent ; car chaque moment qu'ils nous enlèvent par des demandes étrangères et qui ne doivent pas nous occuper, sont autant de larcins faits à la chose publique.

En conséquence, nous arrêtons ce qui suit :

Art. i*' — Il y aura 3 jours consacrés par décade à toutes les réclamations individuelles. Ces trois jours seront le tridi, le sextidi et le nonidi.

Art. 2. — Tout citoyen sera entendu, par ordre d'enregistrement • de sa pétition.

Art. 3. — Les séances commenceront depuis 8 heures du matin jusqu'à 2, et depuis 4 du soir jusqu'à 8.

Art. 4. — Les autres jours sont entièrement consacrés aux travaux et aux opérations publiques.

Art. 5. — A moins de mesures d'urgence, les fonctionnaires publics laisseront en entier aux pétitionnaires les 3 jours indiqué^.

Art. 6. — Sera notre présent arrêté imprimé, lu, publié, affiché et envoyé dans toutes les communes du département, où il sera proclamé à la diligence des Agents nationaux.

Bordeaux, le 27 messidor, Tan II de la République française une et indivisible.

Signé : Gabnier (de Xantes).

Le secrétaire de la Commission, Signé : Tristan.

{Journal du Club national du 3o messidor an II, n* 6.)

NOTE XXII, p. 296.

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