Moniteur du 17 août
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ont mécoDDu jusqu'à présent le véritable temp^rameat national, v L'irruption, l'attaque soudaioe sout les moyens qui lui conTieonent. L'inondalioD delà liberté, qui * coavre du flot bouilionnant du courage et du patriotisme les hordes ennemies, et renverse en un instant les digues du despotisme, telle est l'image de la guerre républtcaioe... L'impétuosité française fera tomber ce colosse de la coalilioD des puissances. Quand un peuple veut être libre, il l'est, pourvu que son territoire lui fournisse les métaux avec lesquels on forge les sabres et les piques. »
Un projet de loi suit cette barangue emphatique ; on applaudit, et la Convention vote le décret suivant :
« Le peuple français déclare, par l'organe de ses représentaDts, qu'il va se lever tout entier pour la défense de son indépendance, de sa liberté, de sa Constitution, et pour délivrer son territoire de la présence des despotes et de ieurà satellites. »
Le Comité de salut public avait été chargé d'organiser ce grand mouvement national. Là était la difficulté, car on ne pouvait pas évidemment songer à mettre en mouvement quinze millions de Français à la fois. Le comité hésitait. Il sentait les dangers des concessions foites aux exigences des délégués des Assemblées primaireâ, dont on avait imprudemment surexcité les passions, et le 20 août, Barère signalait, en ces termes, son embarras. • Nons avons gémi, disait-il, de la manière accélérée dont on nous a harcelés, pour nous faire présenter nos moyens... Si la Convention veut bien laisser
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le Comité à sa raison, il lui apportera des plans mieux combinés. »
— u II vaut mieux souSrir quelques moaimls et ne pas paralyser l'énergie nationale, répond Danton. Je demande qu'on décrète et qu'on agisse , saus plus tarder. »
Le 23 août, Barère dépose enfin le projet si impatiemment attendu. Un long rapport, au style ampoulé, t'accompagne. L'orateur ordinaire du Comité de salut public commence par déclarer que ■ la liberté est la créancière de tous les citoyens. Les uns lui doivent leur industrie, les autres leur forlune, ceux-ci leurs conseils, ceux-là leurs bras, chacun ie sang qui coule dans ses veines. » Mais il ajoute immédiatament, a si tous sont requis, tous ne peuvent pas faire la même foDClion » ; il en conclut qu'il sufiSra, pour respecter la loi votée, de poser le priucipe de l'appel général et de convoquer seulement les jeunes gens de 18 à 25 ans, sauf h. réunir, en cas de besoin, ie second ban de 25 ans à 30, et même les classes suivantes.
La Convention s'empresse de sanctionner le compromis et adopte, séance tenante, un décret dont Toid les principales dispositions :
« A partir de ce moment, jusqu'à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées.
« Nul ne pourra se &ire remplacer dans le service pour lequel il sera requis.
« La levée sera générale ; les citoyens non mariés
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OU veub sans wfaols, de 18 à 25 ans, marcheroat tes premiers.
« Chaque bataillon portera une baDaière avec cette inscriptioD : Le peuple français debout contre les tyrans.
u Les envoyés des Assemblées primaire soot invités à se rendre dans leurs cantons respecli^i, pour remplir la mission civique qui leur a été donnée par le décret du 1& août. ' •
La plupart des historiens de l'école révolutionnaire Ont cél^ré, sur le mode lyricgue, le mouvement forcé de 1793, et ils en ont conclu que la réquisition sauva la France. Nous ne saurions partager leur avis. Entre 1792 et 1793, il y a toute la différence des entraînemeots de la liberté à la contrainte de l'obligation. Comme ie dit éloquemment M. Michelel, et son 'aveu est précieux à recueillir, « Le beau nom de 1792, c'est celui de libre départ, celui de volontaires. Le nom de 1793, grave et sombre, est réquisition. »
La vérité, c'est que la levée en masse ne produisit tout d'abord qu'un amas confus d'hommes iodisciplioés, dont nn grand nombre étaient impropres au métier des armes. Au départ, sans doute, l'enthousiasme embrasait tous les cœurs; mais, au milieu des fatigues de la route, le découragement ne tardail pas à éteindre ce beau feu, et trop souvent, à l'arrivée, la désertion avait réduit les conlingenls des trois quarts '.
*. Ce décret est de la main de Carnot, avec des additiou et ■DodiBcaliciDB de celle de Baràre.
1. M. Camille Rouuet, dans son livre lei Volontaire*, cita nne leUre, du li eepteoibre 1793, du représeotant Isoré au Comité de
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La Térité, on l'ignore généralement, c'est qu'une mullilude de femmes et d'enfents se précipitèrent k la suite dœ réquisilioDuaires, pour profiter des vin^ qui leur étaient distribués.
La vérité enfin, c'est que ies deux victoiree dédsives remportées dans le Nord, à Hondscboote et à Watlignies, furent dues à des troupes r^uliferes, formées des débris d'anciens régiments, où l'élément des réqui^doonaires n'entrait que pour une partie.
Les Jacobins, dans leur désir de soustraire la nation au joug de l'armée, ont toujours poursuivi la cbimëre d'absorber l'armée dans la nation. Notre génération, malheureusement, a pu vou- ce que valent de pardlles tentatives. Ces prises d'armes instantanées d'une nalÎMi entière, dont les enfante n'ont pas été, au préalable, soumis au régime militaire, sont essentiellement aléatoires et dangereuses. Peut-être la France l'eût-dle appris, à ses dépôts, un siècle plus tôt, si en 1793 les coalisés avaient a^ avec plus d'activité et déplojé plus d'énergie.
salut public, dans laquelle on lit lextnellement : « Les districts ds Laon et de Tervins avaient fait partir de» masses ludislinctes de loa les hommes, jusqu'à l'ége de claquante ans. Tout est déserté, ds mani^ que le département de l'Aisne, qui devrait avoir fourni da 11 k <S,000 hommes, n'en aqu'envirea 1,100, >
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Cependant la crise des subsistances devenait chaque jour plus intense et les mesures prises par la Commune étaient impuissant^ à la conjurer.
C'est en vain que le corps municipal se disait rendre compte, tous les quinze jours, de l'état des arrivages eo blés et en fariDes; c'est en vain que les règlements de police les plus sévères contrôlaient la distribution du pain à la porte des boulangers \ et obligeaient ces derniers k inscrire sur des registres ad hoc les noms de leurs chalands. Ces i»^autioD& minutieuses n'empêdiaient ni la panique dans les esprits, ni le désordre dans la rue.
Le 7 août, Barère est obligé de dénoncer à la Codraation, au nom du Comité de salut public, le caractère inquiétant que prennent les rassemblements populaires. II se plaint que des citoyens et des citoyennes, BOUS prétexte de s'assurer leur place dans la foule, à la porte des boulangers, y passent la nuit et se livrent à de véritables saturnales; des hommes déguisés en femmes se glissent dans ces groupes ; de fausses patrouilles pénètrent la nuit, dans certaines rues, avec des iQOts d'ordre qui oe sont point ceux de l'état-major.
Sur sa proposition, la Convention décrète que tout
1. Par UD arrêté du Conseil gdnéra] de la commune, il avait été ielerdit aux boulangers da commeoco' les distributions de pain avant cinq benres du matin.
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citoyeD surpris en fausse patrouille, et tout homme déguisé eo femme, saisi dans uo rassemblement, G«x>nt punis de mort'.
Le 26 août, de nouvelles plaiates amènent de douvelles résolutions et une commission composée de Jay- Sainle-Foy, Chabot, Coupé, Bouchw-Saint-^uveur, Danton et Merlioo, est chargée de s'occuper sans d^ d'un projet de loi définitif sur les' subsistance.
Mais ce n'était pas avec des décrets qu'on pouvait guérir la misère. A Paris, le nombre des familles indigentes, dont les armées dévoraient tes membres valides, s'accroissait dans une proportion effrayante, et il follait, comme au temps de la Fronde, poser des sentinelles en armes devant les boutiques des boulangers, assiégées par la foule. Des malheureux luttaient jusqu'à la morl pour conserver le morceau de pain qu'ils étaient parvenus à se procurer.
Le 3 septembre, sur une motion de Danlon, la Convention essaie encore de remédier à cette horrible situation, en fixant uniformément, à Ift livres par quintal, le prix du froment dans toute l'étendue de la République.
Malgré cette concession, le lendemain, dès cinq heures du matin, des rassemblements d'ouvriers, priocipalemeut de maçons, se forment dans la rue da Temple ; des mouvements se manifestent sur les boulevards, aux environs de la maison de la guare, et bientôt des groupes nombreux se précipitent sur ia place de
1 . Ce dâcret, dont dous avons l'original Boas Iw yeux, ut ds li main de Couthon.
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Grève, eo criaDt : da pain ! du pain ! Une pétilion demandaat la formation d'une armée révolutioDnaire, destioéa à favoriser l'arrivage des blés, est signée en plein air et portée à l'Hâtel-de-Ville, envahi aux mêmes cris.
Chaumette court à la Convention rendre compte de ce qui se passe. Il cherche à rassurer l'Assemblée et accuse les contre-révolutionnaires. Mais pendant son absence l'émeute a grandi ; pour calmer cette foule en délire, il est obligé de requérir de la Municipalité le traDsp(rt à la halle des farines nécessaires k la consommation du lendemain, et de prendre l'engagement d'appuyer, auprès de la Conveation, la création de l'armée révolutionnaire.
A huit heures et demie du soir, le Conseil général entre à son tour en séance. La foule est toujours Ih. On lui jette eu pâture les anciens administrateurs aux subsistances, y compris l'ex-miuistre Garât', placés sous la garde de sans-culottes, aux gages de cinq livres par jour. Au milieu de la discussion survient une députation de la société des Jacobins. Elle assure que, dès le lendemain, les députés montagnards ferontdécréter par la Coqvention les différentes mesures proposées par le peuple, de concert avec ses magistrats. On arrête alors, que le leademain, à onze heures, tous les citoyens présents se réuniront à la maison commune et accompagneront le Corps municipal à la Convention, pour présenter l'adresse relative à l'armée révolutionnaire. A dix heures du soir
4. Les antres étaient Cousin, Bidermana, Filleul, GarÎD et Dehvanne.
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enfin, la foule, apaisée par ces promesses, se retire.
La rameuse séance du 5 septembre à la Conventioa s'ouvrit sous la présidence de Robespierre. On lut d'abord plusieurs pétitions relatives au grand problème du jour, celui qui tenait anxieux tous les esprits, la question des subsistances. Le cri de la veille : du pain! du painlrésonoait encore, comme une menace, aux oreilles des Montagnards. Aussi chacun d'eux était-il prêt à faire assaut de popul^ité, car tous se sentaient en péril devaot la faim, une fureur qui ne raisonne pas. Robespierre lui-même, le pur des purs, était devenu suspect, presque autant que les Girondins. Gbaumette était iosullé, en pleine rue, par les meneurs de la multitude. Toutes les idoles de la veille chancelaient sur leur piédestal.
Il fallait aviser au plus vile et s'abandonner au courant, puisqu'on ne pouvait pas le remonter. Merlia (de Douai) commence par proposer une nouvelle oi^nisation du Tribunal Révolutionnaire, afin d'accélérer la rapidité de ses décisions.
Sur ces eotrefaites on apporte au bureau une lettre de Sierck. Elle annonce que les Autrichiens ont surpris un détachement de soldats républicains, qu'ils les ont mutilés d'une manière atroce, arrachant les langues, coupant les pieds et les mains. C'était une de ces fables absurdes, qui ne trouvent que trop aisément créance aux époques de trouble et de calamité. La dépêche déchaîne les colères, déjà toutes prêtes à gronder.
On attendait le peuple; il ne tarde pas à paraître, sous la forme d'une députation, ayant à sa tête le maire
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Pache et Chauaiette, le procureur de la CommuDe. Elle est iotroduite dans la salle.
M Citoyens législateurs, dit ChaumeUe, les tyrans de l'Europe, les eDuemis domestiques de l'État perâisleot avec atrocité daos leur affreux système d'alTamer le peuple français, pour le vaincre et le forcer à échanger liODteuseoieDt sa liberté, sa souveraineté, contre ua morceau de paie, ce qu'il oe fera assurémeot jamais. . . »
« NoQ I DOD I » s'écrie-t-OD d'une voix unanime.
L'orateur continue : » Uù est-il, l'être fort qui écrasera tous ces reptiles?... Ils ont jeté le gant au peuple, le peuple le ramasse... Aujourd'hui la masse du peuple doit les écraser, sans ressource, de son poids et de sa volonté.
<i Et vous, MoDtagne, à jamais célèbre dans les pages de l'histoire, soyez le Sioal des Français!... Montag;ne sainte, devenez un volcan, dont les laves brûlantes détruisent à jamais l'espoir du méchant, et calcinent les cœurs où se trouve encore l'idée de la royauté. Plus de quartier au^t traîtres! »
u Non! non! s'écrie-t-on de nouveau dans toutes les parties de la salle.
u Si nous ne les devançons pas* ils nous devanceront ; jetons', mtce eux et nous, la barrière de l'éternité. »
A ce mot, ]es applaudissements éclatent. Ils redoublent, quand Cbaumelle demande que l'armée révolutionnaire forme au plus vite son noyau à Paris, et qu'elle parcoure les départements, « suivie d'un tribunal incorruptible et redoutable, et de l'instrument
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fatal qui tranche, d'un seul coup, les complots et les jours de leurs auteurs ».
Le rire se mêle souvent aux larmes, et le ridicule est parfois bieu voisiu du sublime. Chaumette introduit l'élémeot comique dans cette lugubre séance, où l'existence de tout un peuple est discutée par d'implacables rhéteurs. Il termine sa harangue par une proposition inattendue : celle de transformer le jardin des Tuileries en potager, d'y planter des herbes et des légumes. • Il a calculé qu'en abattant ces beaux ombrages, sous lesquels prend ses ébats l'enfance folâtre, on aurait de quoi offrir un déjeuner à la dixième partie des indigents de Paris. »
A ce trait final, l'enthousiasme de l'Assemblée ne connaît plus de bornes. Le président, au nom de la Convention, invite aux honneurs de la séance les députés de la Commune, et l'on décidé que la pétition sera imprimée. Une foule immense d'hommes et de femmes envahit aussitôt la salle, au cri de vive la Républitpte! elle brandit des écriteaux avec cette inscription : (guerre auœ tyrans! guerre aux aristocrates t guerre aux accapareurs!
A partir de ce moment, les motions les plus violentes se succèdent sans interruption. Les Montagnards sentent sur eux l'œil de ce peuple qu'ils ont déchaîné et dont ils ont peur à présent; pour lui faire leur cour, ils renchérissent servilement les uns sur les autres. Hoyse Bayle, RafTron, Dussaulx demandent que les mesures proposées par les pétitionnaires soient immédiatement converties en décret. Billaud-Varennes dé-
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clare que le temps des délibératioDs est passé, qu'il faut organiser, séance tenante, l'armée révolutionnaire, et procéder, le jour même, à l' arrestation de tous les suspects.
Basire réclame la publication du décret qui déclare que la France est en révolution. Qui donc en pouvait douter? Léonard Bourdon ajoute que l'armée révolutionnaire devra ouvrir les magasins et être soldée aux dépens des riches.
Quelques membres, Romme, Jean Bon-Saint-André, sans repousser ces propositions, demandent néanmoins la question préalable. Ils voudraient qu'on laissai aux législateurs un peu de temps pour réfléchir, avant de se prononcer sur ces graves questions. » Si je vous proposais, dit Saint-André, de diiïérer d'un jour, vous auriez le droit de nous accuser de lenteur; mais le Comité de salut public délibère en ce moment même; le rapporteur va paraître dans une heure ; ce n'est pas un retard bien long. »
— « Non! non! répond d'un ton farouche Billaad* Varennes; point de délibération, il faut agir, agir sur-lechamp. »
Basire, à son tour, risque une objection; il supplie l'Assemblée de ne point se laisser emporter par un enthousiasme irréfléchi : » Ce serait, dit-il, le moyen de twit perdre. Le Comité a d'importantes révélations à faire ; qu'on lui accorde, non pas une heure, comme demandait Jean Bon-Saint-André, mais seulement une demi-heure de répit. » Cette timide observation ne &it qu'exciter des murmures; comme Gaston venait de le
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3Ti HISTOIRE DE LA TERREUR.
dire, on était dans une salle d'armes, il n'y avait plus h temporiser.
A ce moment, Danton monte à la tribune. Dès qu'il paraît, les applaudissements éclatent de toutes paris et l'empêchent quelque temps de parler. Chacun se demande quel discours, en cette heure grave et sombre, va sortir de la bouche de l'homme qui, le premier, a tancé la révolution sur la pente terrible oii nulle main ne saurait plus la retenir ? Depuis quelque temps, le personnage de Danton avait, aux yeux de la foute, quelque chose d'étrange et d'éoigmatique. Les uns l'accusaient de reculer, d'avoir peur; les autres prétendaient que celte âme à demi fermée couvait en silence de nouveaux éclats et des audaces singulières. Les incertitudes allaient cesser.
<[ Je pense, comme Biilaud-Varennes, s'écrie le farouche montagnard, qu'il faut savoir mettre à profit l'élan du peuple; qu'il n'est pas besoin de prendre d'autres mesures que celles qu'il présente lui-même. Je pense qu'il faut décréter à l'instant même une armée révolutionnaire. »
On applaudit ; il reprend :
« Élargissons, s'il se peut, ces mesures. Ce n'est pas assez d'une armée révolutionnaire, soyez révolutionnaires vous-mêmes. Les hommes industrieux qui vivent du prix de leurs sueurs ne peuvent aller aux séances des sections : décrétez que l'artisan qui y assistera recevra, pour son temps perdu, une indemnité de ko sols par réunion. Décrétez que les fabriques d'armes devront travailler nuit et jonr, jusqu'à ce que
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chaque saos-culotte ait son fiisil. Décrétez eoSa un terme aux lenteurs du Tribunal Bévolulionnaire : il faut que, tous les jours, un aristocrate, un scélérat, paye de sa tête ses forfaits. »
Ce discours s'achève au milieu des acclamatioDs universelles. Tous les citoyens qui remplissent la salle et les tribunes se lèvent par une même impulsion ; on agite les mains et les chapeaux; c'est un enthousiasme qui tient du délire. Les propositions de Danton sont immédiatement votées par acclamation.
Basire, qui tient à racheter par quelque motion audacieuse la proposition de temporisation qu'il a formulée uo moment auparavant, demande de nouveau la parole. Il se fait un grand silence de curiosité.
« Jusqu'alors, dit-il, les mesures décrétées contre les gens suspects n'ont toujours reçu qu'une exécution incomplète. Je demande qu'on définisse catégoriquement ce mot de suspect et qu'on dresse des listes à cet effet, a II n'y a pas que les ci-devant nobles, les prêtres, les émigrés qui soient des suspects; les autres classes de la nation, commerçants, agioteurs, procureurs, hommes d'affaires, boutiquiers même, renferment leur contingent d'ennemis de la République. Il y a aussi les hurleurs de section, il y a les Feuillants, il y a les Brissotins, il y a encore les hypocrites. Je demande qu'on les arrête tous et, pour cela, il fout une opération préliminaire; elle consiste à épurer les Comités révolutionnaires des sections, sur-le-champ, d'ici à demain. Celte épuration 6era faite par le Conseil général de la Commune. On peut en avoir fini dans vingt-quatre heures : il suffit
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que, dans chaque seclJoo, un Comité rérolniionoaire patriote ait le mandat d'amener, le droit de visite domiciliaire et de désarmement. ' ■
Cette motion, par laquelle Basire « élargissait » à son tour les mesures réclamées par Danton, est soutenue énergiquement par Léonard Bourdon et Billaud- Varennes.
A ce moment, Thuriot remplace un instant Robespierre au fauteuil de la présidence, et l'on annoncé uoe dépuiation des sections de Paris et de la Société des Jacobins. Elle vient réclamer le prompt jugement de^ Girondins incarcérés. Thuriot promet que justice sera Taite, et que « tous les scélérats périront sur l'échafaud ». Puis ta députation est introduite et défile aa bruit des applaudissements.
Des délégués de la section de l'Unité se présentent ensuite à la barre; ils sont chargés de demander qu'oa réprime l'agiotage, et qu'on en finisse sans retard arec tous les contre-révolutionnaires. La Convention, en veine de promesses, renvoie encore ces pétitionoairos avec de
1. Celte proposition fût sanctionnée le même jour par ie d^cnl auiviint :
Séance du 5 septembre 1793.
La Convention nationale décrète :
Akt. 4". — Il un présenté, dans ce jour même, par lea Comité) de salut public de Paris, la liste de leurs membres au Conseil gin^ de la Commune, qni est autorisé à les épurer et à en nommer d'n'f provisoirement.
Aht. i, -— Seront exclus de ce^i Comités tous les ci*dev8ntnol)tM et les prêtres non murj.'s.
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pompeuses paroles. Drouet va même jusqu'à s'écrier, dans un accès de zèle : « C'est le moment de verser le sang des coupables... SoyoDS brigands pour le bonheur du peuple ! »
Malgré l'exaltation révolutionnaire du moment, cette parole cynique provoque dans l'Assemblée des murmures et des cris de rappel à l'ordre. 11 Taut le dire h l'honneur de Thuriot, il eut, eu cette circonstance, un de ces nobles mouvements qui doivent, aux yeux de rhistorien, racheter bien des fautes. 11 s'élance à la tribune et proteste contre le hideux langage de Drouet :
a Citoyens, dit-il, ce n'est point pour le crime que se font les révolutions, c'est pour le triomphe de la vertu... Loin de nous l'idée que la France soit altérée de sang; elle n'est altérée que de justice. Armons-nous pour la libert'i; mais que la loi marche toujours avec nous. »
Et le stupide Drouet de s'écrier : n le demande alors qu'on ne puisse assommer un Prussien que la loi à la main. »
Barère se chargea de présenter le résumé de la séance. Son rapport n'est remarquable que par des éclats de violence inouïe. Évidemment le menteur patenté du Comité de salut public a voulu se mettre au niveau des fureurs du moment; son éloquence atteint presque aux notes aiguës familières à l'Ami du peuple. « Plaçons, dit-il, la terreur à l'ordre du jour. Les royalistes veulent du sang; eh bien, ils auront celui des conspirateurs, des Brissot, des Marie-Antoinette. Ils veulent faire périr la Montagne; eh bien, la Montagne les écrasera. Que faul-il pour mcllre un terme aux
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complols? Une armée révolutionnaire qui balaie les conspirateurs. »
Quand le rapporteur annonce puérilemeut, ea terminant, qu'un neveu de Pitt a été trouvé caché à Dinan, et mis en état d'arrestation, des transports de joie folle éclatent dans toute la salie. L'Assemblée dédde que le neveu de « l'eunemi du genre humain » sera transféré à Paris. Puis elle rend les décrets suivants ' ;
i' Les Comités révolutionnaires seront épurés, elles membres de ces Comités recevront une iodemaité de trois livres par jour ;
3* Une indemnité de kO sols par séance est allouée à chaque travailleur qui assistera aux Assemblées des sections.
1 . Voici le texte de cee deux décrets ; la rédactiOD déSnitin i> second ne fut volée que le 9 septembre.
Séanee du 5 teptembre 1793.
La Convention nationale décrète ;
Abt. *". — Il sera accordé une indemoilé de trois livres pw jour aux membres des Comités de s«lut public.
Ait. i. — Les fonds nécessaires à ces iodemnités seront fonmii par Qoe contributioa établie sur les ricbea.
SioRce du 9 teptembn 1193,
La Convention nationale, après avoir entendu le rapport da Comité de salut public, décrète :
Akt. 1*'. — H y aura désormais, dans les sections de Paris, deu ^séances seulement, le dimanche et le jeudi.
Aar. 3. — Les citoyens qui n'ont d'autre ressource pour litn 'que le (ravail journaiier de leurs mains, pourront réclamer uoe indemnité de quarante bous par séance i elle ne sera payée qu'ï ceu qui seront présents à la séance, qui commencera à cinq heurts e< finira i dix.
Abt. 3. — La somme nécessaire an payement de cette indemii»
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