‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 130 sur 165 · LIVRE XLVni · texte numérisé non relu

LIVRE XLVni

Bréard, prirent vaioement la défense du Comité. Après une assez longue discussion, il fut décidé que celui-ci, qui comptait trois mois d'existence, serait renouvelé et réduit à neuf membres; ses pouvoirs devaient être ceux dont la Convention l'avait investi primitivement. Le soir même, dans une séance extraordinaire, eut lieu, par appel nominal et à haute voix, l'opération du renouvellement. Le résultat n'en fut pas tel qu'avait pu l'espérer Camille Oesmoulins, car ses deux amis les plus intimes, Danton et Lacroix, se virent exclus.

Jean Bon Saint- André avait réuni. 192 voix

Barère 192 —

Gasparin 178 —

Couthon 176 —

Hérault-Séchelles 175 —

Thuriot ir)5 —

Prieur (de la Marne). ..... 1Û2 —

Saint-Just 126 —

Robert Lindet 100 —

Ainsi, parmi les futurs dictateurs de la France, ceux qui avaient obtenu le plus de suffrages représentaient à peu près un quart des membres de l'Assemblée; ' ceux qui en avaient obtenu le moins tenaient leur mandat d'un septième environ de leurs collègues.

1. 1.e nouveau comilé comptait donc deux membres seulement de la première création, Barère et Robert Lindet ; cinq de l'organisation intermédiaire, Jean Bon-Sainb-André, Gasparin, Couthon, Hiranit- Sécbellea et Saint-Just; deux noureaui élus, Thuriot et Prieur (de la Marne). Par contre, sept membres en étaient exclus déGnitivement, Cainbon,Delmas, Danton, Lacroix, Guy ton-Morveau, BerlieretHamel.

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Le leodemaio, 11 juillet, Camboa tIdI lire le testameni de l'ancien Comité. Son compte rendu offre d'étranges disparates. Il commence par des con^dérations d'un caractère assez éleré et finit par des puérilités.

Après avoir énuméré les difficultés de toute sorte que le Comité a it vaincre, pour maintenir l'unité de la République, organiser les armées, assurer la déreose des froDlières, Cambon consacre toute la dernière parlie de son rapport à son apologie personnelle et à la dénonciation d'un prétendu complot. Le coupable, suiranl lui, était ce même Dilloa, en faveur duquel Camille Desmoulins avait fait une si vigoureuse sortie. Il ne se serait agi de rien moins que d'enlever du Temple le jeune Capet, et de le proclamer roi aux Tuileries. Four sauver la République, ajoutait Cambon, le Comité a cru qu'il était indispensable, après avoir arrêté Dilloo et ses complices, de séparer, du reste de la Tamille royale, celui sur qui reposait l'espoir des conjurés, ka moment où parlait le rapporteur, ces deux mesures avaient déjà reçu leur exécution. La Convention n'eut donc qu'à sanctionner, par son vote, l'arrêté qui arrachait un malheureux enfant des bras de sa mère et le livrait sans défense aux brutalités du cordonnier Simon. Seul, Camille Desmoulins avait protesté en entendant accuser DiUon; il avait même insîslé pour réfuter cette « fable absurde » ; mais ses amis, effrayés de son imprudence, lui avaient aussitôt fermé la bouche, lui reprochant, au milieu des murmures déjà soupçooneux de quelques membres de la gauche, de vouloir se désbo*

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norer, en preDaot la défense d'un aristocu'ete tel que DilloQ.'.

Le nouveau Comité de salut public se composait presque entièrement de Moatagaards, marchant sous le drapeau de Robespierre; il était naturel qu'ils tinssent à posséder leur chef parmi eux. Gasparin s'étaot retiré le 2/l juillet, pour cause de maladie', Jean Bon-Saint- André proposa le 27 à l'Assemblée de remplacer le membre démissionnaire par le grand-prétre de la démagogie. On avait si bien compté d'avance sur l'assentiment de la Convention que, dès le 26, avant même d'avoir sa nomination olTicielle, Robespierre siégeait au Comité.

Son entrée dans le sanctuaire fut le signal d'un redoublement de rigueurs. Le 38 juillet, Saint-Just présentait, auQomdesescollègues, un décret qui mettait hors la loi seize députés' et qui en renvoyait neuf autres au Tribunal révolutionnaire. Trois jours après, le 1" août,

1. Celte prétendue conspiration de Dillon, qui servit de prétexte à une si terrible aggravation de rigueurs contre la famille royale, élail si peu prouvée, 1 " qu'on laissa Ditlon tranquille en prison, pendant plus de neuf mois, et que les démagogues ne songèrent à l'envoyer au Tribunal révolutionnaire qu'après la mort de Camille Desmoulins ; V que plusieurs des individus désignés par Cambon comme les cocnplices de Dillon, Turent relAcbés quelques jours après leur arrestation.

i. Il mourut six mois après dans le Uidi, ou il avait demandé à tire envoyé en mission.

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Barère, au nom du même Comité, faisait adopter deux autres décrets plus terribles eocore : l'un autorisait d'avance toutes les atrocités que Rossignol et ses acolytes allaient bientôt commettre en Vendée ' ; l'autre oi'donnait : 1* que Marie-Anloioette serait sur-le-champ traduite au Tribunal révolutionnaire; S" que tous les autres Bourbons' qui n'étaient pas sous le glaive de la loi, seraient déportés; S" que la dépense des deux orphelins du Temple serait réduite au strict nécessaire pour l'eatretien et la nourriture de deux personnes; à' eafin, profaDation abominable! que les tombeau:^ et mausolées des ci-devant rois, élevés, soit dans l'église de Saint- Denis, soit dans tout autre lieu, seraient détruits, le 10 août, jour anniversaire de la chute de la royauté.

A l'occasion de ce même rapport, où Barère Tulminait contre les menées de l'étranger et surtout contre ]és manœuvres de l'Angleterre, Danton proposa (Ir donner une extension considérable aux pouvoirs du Comité de salut public. II demandait que le Conseil exécutif, établi depuis la journée du 10 août, fût supprimé comme un rouage inutile. A sa place le Comité érigé en gouvernement provisoire aurait les ministres comme commis; en outre, un crédit de 50 millions serait mis à sa disposition, quand bien même, ajoutait Danton, il devrait les employer tous en un seul jour.

t. Voir page 179.

1. Cbose remarquable, à celle époque, on reculait encore devant l'idée de faire tomber la Léte de H"' iSlisabeth. L'article 7 du décret présenté par Barère disait : ■ Elisabeth Capet ne pourra être déportée qu'après le jugement de Harie-Antoioetle. > Le crime qu'oo jugeait impossible, le i- août 1793, fut accompli le iO oui 1794.

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Ua pareil langage, chez Danton, ne cachait-il pas une arrière-pensée? On le voit, il est Tiai, à deux reprises dilTérentes, protester de son absolu désintéressement dans la question : par deux fois, il déclare à la tribune qu'il s'est juré à lui-même de ne faire désormais partie d'aucun comité de gouvernement. Mais, malgré cette affectation de sincérité, la suite de ses actes autorise à croire qu'il entendait reprendre, à son profit, le jeu que Mirabeau avait joué jadis à l'égard de Necker et de Montmorin : il voulait faire conférer à ses adversaires la plus complète omnipotence, afin de les mieux accabler plus tard, sous le poids d'une écrasante responsabilité.

Quoi qu'il en soit, Robespierre et ses amis évenlèrent le piège tendu par Danton. Ils repoussèrent sa proportion, qui fut au contraire appuyée par Gamboo et Lacroix, deux autres victimes du scrutin du 10 juillet. Sur leur demande, l'Assemblée prononça le renvoi à l'examen du Comité, donnant ainsi d'avance gain de cause au parti de la résistance.

Leiendemain, Hérault-Séchelles déclarait modestement que ses collègues refusaient les nouveaux pouvob-s qu'on leur offrait; de tous les présents qu'on leur voulait faire, ils ne désiraient retenir qu'une seule chose, l'allocation des 50 millions. La Convention décida que la Trésorerie nationale mettrait cette somme à la disposition du Comité.

La proposition de Danton, du reste, tendait plutôt à établir un nouveau titre qu'à créer une fonction nouvelle ; ce qu'il d^irait voir ériger en droit n'existait-il pas

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déjà en fait? La machiDe politique ne marchait-elle pas avec toute l'éDergie, arec toute l'activité que les démagogues autoiitaires pouvaient désirer? Nul frottemeut ne gêaait l'actioa souveraioe du Comité. Les ministres, quoique responsables et délibérant eo commun, n'avaieot plus qu'une ombre de pouvoir; ils n'étaient en réalité que de très humbles serviteurs, des exécuteurs d'ordres sans réplique, les iaslrumentsiDuels et dociles d'un ^utre Gooseil des Dix, mille fois plusiaquisitorial et plus tyrannique que celui qui avait si longtemps tenu Venise dans sa main.

Cette organisation, dont la base était un mensonge à peine déguisé, subsista sept mois encore, Jusqu'au 12 germinal an II (J" avril 1795), jour de l'arrestation de Danton et de ses amis. Ce rapprochement est signiricatir : on n'avait plus à craindre ua de ces retours d'audace et de sauvage éloquence, auxquels le redoutable tribun avait habitué ses amis comme ses ennemis; Iti titan, fatigué de son rôle amoindri, n'était plus là pour chasser du Comité les pygmées qui avaient pris sa place et s'étaient partagé ses dépouilles.

Le là août, Carnot et Prieur (de la Côte- d'Or) furent adjoints au Comité de salut public, pour y remplacer provisoirement Jean Boo-Saint-André et un autre membre envoyés en mission. Le 29, Billaud-Varenues se plaignit de la négligence que l'on apportait à mettre

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en vigueur les décrets de la Convention ; il proposa de nommer une commission spéciale chargée de contrôler sur ce point la conduite du pouvoir exécutif. Cette motion fut combattue, à des pointa de vue différents, par Robespierre et par Danton. Le premier déclara n'y voir que la suite d'un système perfide, tendant tout ensemble à paralyser l'action du Comité de salut public et à dégrader le pouvoir exécutif; il demanda la question préalable. Danton prit un moyen terme : il proposa, au lieu de créer, comme le voulait Billaud-Varennes, une nouvelle commission, de porter de neuf à douze le nombre des membres du Comité, en confiant expressément aux trois délégués adjoints le soin de surveiller l'exécntion des lois et décrets.

La motion, ainsi amendée par Danton, fut renvoyée à l'examen du Comité qui, renouvelant adroitement sa tactique du 2 août, s'appropria la mesure et la fit tourner à son profit. Au bout de huit jours, le 6 septembre, Barère vint exposer le résultat des méditations de ses collègues; ils avaient, disait-il, reconnu l'utilité de s'adjoindre trois nouveaux membres, et ils proposaient au choix de l'Assemblée Billaud-Varennes, Collot d'Herbois et un député fort obscur, du nom de Granet. La Convention rendit, sans débat, un vote conforme à ces conclusions; mais, malgré le texte formel du décret, Collot d'Herbois et Billaud acceptèrent seuls le mandat; Granet, pour sa part, en déclina l'honneur.

Grâce à cet expédient, le Comité avait échappé au péril de voir son rôle amoindri par un partage de pouvoirs. Il réussit également à se tirer sain et sauf de

Viit. !6

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l'assaut que lui livrèrent, un mois après, les Dautooisles, furieux d'être exclus de plus en plus de toute participation au gouvernemeDl. Cet assaut fut le deroier et le plus rude qu'eut à subir le Comité de salut public; aussi est-il nécessaire d'en raconter tous les incidents.

Le prétexte de l'attaque était l'arr^lation du vainqueur d'Hondtschoote. Dans une séance de nuit, le Comité de salut publie avait, en quelques heures, destitué les généraux en cher des armées du Nord, du Rhin et de la Moselle. Bouchotle, chargé de notifier ces dédsions à la Convention, n'ayant donné aucune raison à l'appai d'aussi graves changemenis, sa lettre excite dans la séance du 2A septembre les plus vives réclamations. A la fin, sur la demande de Duhem, l'Assemblée riposte en renvoyant les propositions de Bouchotte au Comité de salut public, avec injonction de formuler son avis dans les vingt-quatre heurta.

Les circonstances favorisaient singulièrement la tentative. On venait d'apprendre : dans le Nord, l'échec de Menin : en Vendée, la défaite de la division de Mayence, à Torfou; de toutes parts on se plaignait du désordre qui régnait dans la direction des armées. La séance du 25 septembre s'ouvrit néanmoins d'une manière paisible.

On s'occupait de l'instruction publique et des subsistances, quand tout à coup Thuriot demande la parole'.

1. Thuriot était entré au Comité de salut public le H juillet; le SO septembre, il avait donné sa démiâsion, un peu conbaint et Torcé peut-£tre par ses collègues. Il attendait une occasion de Eeveiigtr; elle ne se Gt pas attendre, car cinq jours seulement s'écoulèrent entra sa sortie du comité et son attaque contre SVà anciens coUéguB.

SoD discours est le chef-d'œuvre du genre qu'oa appelle amphigourique ; toutes les questions s'y eDcbevê- Ireot : celle des graius avec celle de l'instructioa publique, celle des armées avec celle de la presse; mais le seatimeot qui perce sous chaque mot, c'est une ardente aniroosité coatre les hommes qui détienDeut le pouvoir et préteadent confisquer la Révolution à leur profit.

a Nous avons, s'écrie Thuriot, renversé les intrigants qui voulaient rétablir la royauté; eh bien ! nous renverserons aussi le parti des coquins et des scélérats. Oui, la liberté est l'ouvrage de la morale, elle ne peut être conservée que par elle. Loin donc de ses autels, les hommes qui n'ont d'autre hommage à lui présenter que du sang! Il faut arrêter ce torrent impétueux qui nous entraîne à la barbarie; il faut arrêter les succès de la tyrannie, n

De nombreux applaudissements accueillent cette sortie. On demande l'impression du discours de Thuriot, l'inserlion au bulletin, l'envoi à chaque municipalité, voire même à l'Europe entière. Tous les amis de Danton, tous les commissaires aux armées qui ont eu maille à partir avec le Comité, sont à leurs bancs; ils se sont donné rendez-vous, potu* secouer de leur torpeur ou de leur l&cheté les indifférents et les pusillanimes, pour les ameuter contre Robespierre et ses collègues.

Duhem, GoupiUeau, Duroy, Fabre d'Églautine, Gharlier, Briez, étalent tour à tour à la tribune leurs griefs contre les dominateurs du jour. On lit des lettres de représentants en mission auprès des armées, qui toutes s'accordent à imputer les d^stres au manque

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40i HISTOIRE DE LA TERREUR.

d'ordre et d'orgaaisation. On se plaint des destilutions arbitraires proaoûcées par le Comité ; od signale l'impéritie et la lâcheté de Rossigool, son favori. Oa s'excite enfin les uns les autres à briser le joug auquel on semblait déjà se faire. Chacun sent que, la bataille ainsi engagée, il faut à tout prix la gagner, sous peine ds retomber plus bas encore après la défaite.

Les adversaires sont absents; c'est le moment de les accabler. Dans leur audace, les Dantonistes vont jusqu'à demander que Briez soit adjoint au Comité qu'il a dénoncé; on ne pouvait pas lui faire une injure plus sensible; aussi le décret est-il rendu, sur-le-champ, par acclamation.

Billaud-Varennes, Barère, Prieur (de la Marne), avertis du danger, accourent à la Convention et se succèdent à la tribune, pour parer en toute bâte les coups terribles qu'on leur porte, à eux et à leurs collègues. A l'amertume, à l'âpreté de leurs discours, onseotcoon bien est vive et profonde la blessure faite à leur amourpropre.

Il Je ne crains pas de te dire, s'écrie Billaud, la discussion que vous venez d'entendre est le plus grand triomphe que les ennemis de la République aient pu remporter. Votre Comité de salut public frémit, depuis quarante-huit heures, de l'horrible coalition formée par tous les intrigants qui veulent anéantir la République et la Convention nationale; il faut déchirer le voile; le Comité, malgré son énergie et sa vigueur, ne peut se charger seul d'une si terrible responsabilité; il faut que cette responsabilité pèse sur toutes les (êtes et

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que la Conveotioii réponde en masse du salut public, u

Barère dénoDce également le complot organisé contre le Comité, par ce qu'il appelle une Becte de petits ambitieux, par des intriji^antg qui veulent se dégage d'uae surveillance importune. Il adresse une mise en demeure à la Convention ; il lui déclare que si le Comité, grâce aux calomnies dont on l'abreuve, a perdu la confiance de l'Assemblée, ses collègues et lui !<ont prêts à reprendre leurs sièges de députés, la l^te haute, car ils ont fait leur devoir.

Prieur, à son tour, lit quelques lettres de représeatants, qui lui semblent de nature à corriger l'effet des m^sages communiqués un instant auparavant par les adversaires du Comité. Mais la Plaine est encore indécise; plusieurs membres delà droite, Peiet (de la Lozère), Delaunay jeune, d'autres encore paraissent disposés à soutenir Thuriot el ses adhérents. Le moment est suprême : Robespierre paraît et se dirige lentement vei-s la tribune. Il débute en ces termes, au milieu du plus profond silence.

(i Si ma qualité de membre du Comité de salut public doit m'empêcher de m'expiiquer avec une entière indépeodance sur ce qui s'est passé, je dois l'abdiquer à l'instant; el, après m'étre séparé de mes collègues, que j'estime et que j'honore (et l'on sait que je ne suis pas prodigue de ce sentiment), je vais dire à mon pays des vérités nécessaires.

<> Depuis longtemps, le Comité de saint public souvent la guerre que lui font quelques membres, plus envieux et plus prévenus que justes. Quand il s'occupe.

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jour et nuit, des grands intérêts de la patrie, on vîeat apporter ici des dénonciations écrites, présentées avec astuce; serait-ce donc que les citoyens, voués par vous aux plus pénibles fondions, auraient perdu le titre de dcFeaseurs impertuibables de la liberté, parce qu'ils ont accepté ce fardeau? Ceux qui les attaquent soatils plus patriotes, parce qu'ils n'ont pas reçu celte marque de confiance? Il n'y a que la plus exlréme ignorance, que la plus profonde perversité qui puissent se faire un jeu cruel d'avilir ceux (jui tiennent le timon des affaires, d'entraver leurs opérations, de rabaisser leur conduite. »

Robespierre entre ensuite dans de longues expirations sur les actes du Comité, sur les motlÊ qui l'ont porté à destituer certains généraux, suspects d'iocivisme; puis il reprend le cours de ses tirades agressives, u Ah ! cette journée a valu à Pitt, j'ose le dire, plus de trois victoires. A quel succès, en effet, peut-il prétendre, si ce n'est à anéantir le gouvemeroenl dïtional établi par la Convention, à nous diviser, à nous faire déchirer de nos propres mains? Si nous passons dans l'Europe pour des imbéciles ou des traîtres, croyez-vous qu'on respectera davantage la Convention qui nous a choisis, qu'on sera même disposé à respecter les autorités que vous établirez par la suite?

H Le Comité a des droits à la haine des rois et des fripons. Si vous ne croyez pas à son zèle, aux services qu'il a rendus à la République, brisez cet instrument; mais auparavant, examinez dans quelles circonstances TOUS êtes. Ceux qui nous dénoncent sont eux-mêmes

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dénoncés au Comité; d'accusateurs qu'ils sont aujourd'hui, ils vont devenir accusés, n

L'Assemblée jusque-là était restée muette et embarrassée. Elle n'osait se prononcer, entre ceux qui détenaient le pouvoir et ceux qui l'ambitioDuaient. Mais à ce langage impérieux, elle sent que Robespierre et ses amis sont les véritables maîtres de la situation, qu'ils ont derrière eux la Commune et les Jacobins, et que si l'on n'apaise pas à l'instant le tigre, par une aveugle soumission, un peu plus tôt, un peu plus tard, on sera dévoré par lui. Des applaudissements, d'abord assez timides, accueillent l'orateur du Comité ; mais bientôt, la contagion de l'exemple aidant, l'assentiment devient universel. Nul n'a le courage d'affronter le courroux d'une puissance qui tient encore dans ses mains la liberté et la vie de tous les membres de la Convention ; nul ne se soucie d'être mal noté par ce terrible inquisiteur qui, du haut de la tribune, promène un regard Troid et glacial sur toutes les parties de l'Asserablôe. Robespierre, s'adressant au côté droit, laisse tomber une à une ces paroles pleines de menaces :

a II est donc vrai que la faction n'est pas morte; qu'elle conspire du fond de ses cachots ; que tes serpents du marais ne sont point encore tous écrasés! »

Puis il se retourne vers le groupe des Montagnanls, amis de Danton, et désignant, par des allusions à demi voilées, certains représentants aux armées, qui se sont compromis dans leur mission et dont le rappel a été prononcé par le Comité, il flétrit hautement leur conduite; il leur reproche d'avoir criminellement poussé la

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Taiblesse jusqu'à livrer, ou vouloir livrer, aux eanemig une portion du territoire de la République. Il termine en demandant que l'on renouvelle le Comité de salut public, puisque celui-ci n'a plus la confiance n illimitée » de la Convention.

« Non ! DOD » ! s'écrie d'une voix unanime l'^Vssemblée, qui veut se faire absoudre des velléités de résistance qu'elle a manifestées un moment.

Robespierre descend de la tribune, au milieu d'une ovation ou la crainte et le repentir de chacun se déguisent sous la forme de l'enthousiasme.

Briez, que Robespierre vient d'accuser, assez clairement, d'avoir rendu Valencicnnes aux Autrichiens, se hâte de prendre la parole et de se disculper de toute intention perfide h l'égard du Comité de salut public; il décline l'honneur qu'on lui a fait, en l'adjoignant aux hommes éminents qui le composent, et déclare qu'il ne se reconnaît pas les talents nécessaires pour siéger parmi eux.

L'Assemblée s'exécute, à son tour, et rapporte le décret dont Briez ne se croit pas digne.

Après Briez, c'est Duroy qui vient faire acte de contrition. Il pousse l'abnégation jusqu'à remercier le Comité de salut public de l'avoir rappelé. Cependant, beaucoup de membres ont bâte de voir se clore un débat qui, en se prolongeant, menace de mettre en pleine lumière leur pusillanimité et leur servilisme. Aussi, après de nouvelles explications, non moins hautaines, données au nom du Comité par Jean Bon-Saint- André et Billaud-Varennes, on réclame de plusieurs

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côtés, l'ordre du jour; rAssemblée parait disposée à le voter. Mats une pareille solution n'était pas de nature à satisfaire l'orgueilleux tribun qui, une heure durant, avait tenu sous ses pieds la représentation nationale ; il voulait que la défaite de ses ennemis fîLt complète et décisive.

Il Passer à l'ordre du jour, s'écrie Robespierre, quand il s'agit de blâmer ou d'approuver les opérations du gouvernement, c'est exposer la chose publique. Les membrœ du Comité de salut public ont eu l'air de défendre leur cause, et vous n'avez rien prononcé; c'est donner encore l'avantage aux hommes qui l'ont calomnié, non pas toujours ici, mais secrètement, d'une manière d'autant plus perCde qu'ils semblent l'applaudir devant vous, quand il fait ses rapports. Je vous le déclare, le plus pénible sentiment que j'aie éprouvé pendant cette discussion, c'est d'avoir vu applaudir Barère par ceux-là mêmes qui n'ont cessé de calomnier tous les membres du Comité, par ceux-là mêmes qui voudraient peut-être nous voir un poignard dans le sein. Citoyens, ' je vous ai promis la vérité toute entière ; je vais vous la dire. Dans cette discussion, la Convention n'a pas montré toute l'énergie désirable. On vous a fait un rapport dont le but apparent était de vous instruire de toutes les circonstances de la reddition de Valenciennes, mais dont l'objet réel était d'inculper le Comité de salut public. Pour prix de ce faux zèle et de ces accusations vagues, l'auteur de ce rapport a été adjoint au Comité qu'il dénonce. Ëh bien ! je vous le déclare, celui qui était à Valenciennes lorsque l'ennemi y est eatré, n'est

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ilO HISTOIBE DE LA TERREUR.

pas fait pour être membre du Comité de satut public; ce membre ne répondra jamais à cette queâUon : êtes- Tous mort? Si j'avais été it Valenciennes dans cette circoDStaoce, je n'aurais jamais été dans le cas de vous faire un rapport sur les événements du siège; j'aurais voulu partager le sort des braves défenseurs, qui ont préféré une mort honorable à une honteuse capitulation... »

Cette leçon d'héroïsme était assez singulière dans la boucbe d'un homme qui, de sa vie, n'avait jamais vu le feu, et qui s'était tenu prudemment caché, toutes les fois que ses partisans montaient à l'assaut de la royauté; mais l'Assemblée n'y regarde pas de si près. Des salves réitérées d'applaudissements saluent l'orateur. L'enthousiasme redouble lorsque Robespierre ajoute : » Je me résume. Je dis que toutes ces explications sont insuffisantes, si elles ne donnent pas un résultat. Nous pouvons mépriser les calomnies, mais les agents des tyrans nous entourent, nous observent, et ' recueillent avidement tout ce qui peut avilir les défenseurs du peuple. C'est pour eux, c'est pour prévenir leurs impostures, que la Convention nationale doit proclamer qu'elle conserve toute sa confiance au Comité de salut public. »

Le grand-prétre de 'la démagogie avait parlé; il n'y avait plus qu'à courber la tête. Ce fut Basire qui se chargea de faire amende honorable, au nom de ses collègues, et d'obtenir du Comité le pardon des applaudissements intempestifs et des votes imprudents qui avaient signalé le commencement de la séance. •< Robes-

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LIVBE XLVIII. iU

pierre, dit-il, a-t-il donc besoin de se justifier deviint la Montagne? En adoptant la proposition qu'il a Taile, la Convention s'honorera elle-même, car celui qui n'a pas souffert, pendant cette misérable discussion, n'a pas de vertus civiques. »

Le signal était donné; chacun s'empresse de le suivre. Par un mouvement spontané, l'Assemblée se lève en masse, et déclare que te Comité a toute sa conâaoce et qu'elle approuve louies les mesures prises p<ir lui.

C'en était fait, la Convention venait de river sa chaîne de ses propres mains. La puissance du Comité est désormais dictatoriale. Il viendra chaque mois, pour la forme, solliciter de l'Assemblée la prorogation de ses pouvoirs, et chaque Toiscetle prorogation sera votée sans ombre de discussion'. La Convention n'est plus qu'une chambre d'enregistrement, qui homologue silencieusement les volontés souveraines de Robespierre et de ses amis. Elle écoute passivement la lecture de la correspondance des généraux et des commissaires; elle applaudit

1. Des douze niMabres du grand Comité de salul public, sept avaient été nommés an Ecnilin le 40 juillet : Jean Bon-Saint- André, Barére, Couthon, Hé rault-Sécli elles, Prieur [de la Marne), Saint-Just, et Itoberl Lindet; cinq autres avaient obtenu leur mandat, sur la simple présentation du Comité: c'étaient Robespierre, Carnot, Prienr (de la Cùle-d'Or), BiUaud-Vnrennes et Collot d'Herbois, entrés successivement du !7 Juillet au 6 septembre. A partir decettedernièredate, la seule modification subie par le Comité résulta de la disparition d'HérauK-Sécbelles, que ses collègues firent arrêter, le 1 3 mars < 794, et guillotiner. Il ne Tut pas remplacé. Le Comité se trouva de la sorte réduit à onze membres, pendant les quaire derniers mois de son existence.

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aux rapports dithyrambiques de Barère, à ces f carmagnoles qui font les délices des masses ignorantes et surexcitées; elle vote au pied levé, et pour ainsi dire sans savoir ni ce qu'on lui demande, ni ce qu'elle accorde, tous les projets émanés de ses comités.

Comment d'ailleurs pourrait-elle résister? De même <|u'uD de ces troupeaux destinés à la boucherie, oii la main du maître vient chaque malin trier les victimes de la journée, elle s'est laissée décttuer, en baissant la léte. Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même, et l'on dirait qu'elle a perdu la conscience de ce qui se passe autour d'elle. Levide a commeDcé par les bancs de la droite, dépeuplés par la fuite ou par la prison; puisla désertion a gagné les bancs de la gauche, oii le Comitéde salut public recrute exclusivement les proconsuls qu'ileovoieauxarméesetdans les départements. La Plaine seule eslrestée, pour Taire nombre, comme ces bandes serviles dont parle Tacite. Ils sont là deux ou trois cents, tous plus obscurs les uns que les autres, a^^rouvant tout haui, par peur, les excès qu'ils condamnent tout bas. Ils ne retrouveront, dans leur frayeur, un reste de courage que le jour où personnellement menacés par les maîtres indignes qu'ils ont donnés à la France, ils devront les renverser ou périr.

L'histoire du Comité de sûreté générale offre moins d'incidents que celle du Comité de salut public, et cela se comprend. Simple agent d'exécution, il a moins une

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action propre à imprimer qu'une impulsion extérieure à recevoir. C'est par conséquent dans le choix de ses membres, dans leur communauté de sentiments ou leur opposition d'idées avec les maîtres du jour, que réside le principal intérêt de son étude.

L'élection du 23 janvier avait remis la majorité entre les mains de la faction montagnarde'. Par suite, le Comité oe sut, ni ne voulut entraver la conjuration du 9 mars. En revanche, il était toujours prêta croire aux complots imaginaires que la Montagne voyait partout, et dont elle se servait pour entretenir l'agitation parmi les masses populaires.

Dans la séance du 25 mars, Gamier (de Saintes) se fit l'interprète de ces craintes chimériques. « J'ai, dit-il, des éclaircissements à donner au Comité de sûreté générale, sur un commencement de conspiration ourdie à Paris, et d'où dépend la sûreté de cette ville. Mais le Comité n'est pas en nombre, par suite du départ àe plusieurs de ses membres, qui ont accepté des missions. Je demande qu'on s'occupe à l'instant de le re~ ûouveler. »

La proposition semblantnaturélle, laConvention confie à son bureau le soin de désigner les six membres qui manquent.

« Du reste, ajoute Ingrand, qui craintd'impressionner trop vivement l'Assemblée, Garnier a parléd'une grande conspiration. Il n'y a rien d'alarmant; ce n'est qu'une simple mesure de police à prendre. »

*. Voir tome VI, page 10.

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A ces mots seulement, la Gironde soupçoone le piège tendu à sa bonne foi, et demande à son tourlerappoAdu décret qui vient d'être rendu^ afin d'avoir le temps de préparer sa liste; mais il était trop tard, on oppose la question préalable, et quelques ÎDslants après, le présdent Jean Debry proclame membres du Comité, OsEdia, Alquier, Méaulte, Garoier (de Saintes), Camus et Lecointe-Puyraveau '. De cette TaçOD, Garoier avait reçu la récompense de son intrigue, et la Gironde avait laissé échapper l'occasion de reprendre, dans le Comité, la majorité qu'une première faute lui avait fait perdre.

L'envoi de Maribon-Montaut et de Ruamps aux armées de la Moselle et du Rhin, rendit bientôt nécessaires de nouvelles nominations. On se trouvait à cette sombre époque de la trahison de Dumouriez. L'irrilatioo était grande et l'inquiétude générale; la Convention siégeait en periiianence, nuit et jour, depuis le 3 avril; les rumeurs les plus contradictoires circulaient à tous moments, et chacun proposait les mesures qui lui semblaient les plus propres à assurer le salut public.

Dans la séance du 9 au matin, Doulcet annonce que, au premier bruit d'une descente des Anglais sur les côtes du Calvados, les communes de ce département se sont réunies au chef-lieu et ont juré de mourir en défendant la République. Aussitôt Carrier, dont te nom n'avait pas encore acquis sa sanglante notoriété, propose de remplacer les deux membres absents et d'adjoindre au Comité quatre suppléants, a6n de lui

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