‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 144 sur 165 · LIVRE XLVUI · texte numérisé non relu

LIVRE XLVUI

au Comité de législatioD ce qui a trait h la modificatioD des formes, et autorise les jurés à réclamer la clôture des débats quand ils se trouvent assez instruits.

Quelque exorbitante qu'elle fût, celte mesure ne parut pas suffisanie à Robespierre. Il craignait que tes jurés manquassent d'audace, et il proposa à son four de charger le président de l'audieuce de leur demander d'office, après trois jours de débats, s'ils sont suffisamment éclairés; sauf h laisser, en cas de négative, continuer le procès, jusqu'à ce que les jurés déclarent à leur tour qu'ils sont en état de se prononcer.

— a Les jurés, réplique Osselin retenu par un dernier scrupule, ne peuvent arrêter les débats qu'autant qu'ils sont convaincus, et la conviction ne se provoque pas. «

— « Une question n'est pas une provocation, répond Barère. La liberté de la G>nventioD n'est pas gênée, quand OQ lui demande si elle veut fermer une discussion. »

Grâce à ce sophisme, l'amendement de Robespierre est voté, et sans respect pour le principe de non-rétroactivité, le décret reçoit le jour même son application.

fi ne restait plus qu'à généraliser cette exécrable disposition édictée en vue de vengeances particulières. C'est ce qu'obtint Billaud-Yarennes, en réclamant, à la (in de la séance, une modification au nom du Tribunal du iO mars. Voici en quels termes le farouche Conventionnel justifiait sa proposition.

« Lorsque vous créâtes le Tribunal qui devait juger les conspiraleurs, la faction scélérate, dont les principaux chefs vont recevoir le châtiment dû à leurs

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crimes, employa toutes sortes de manœuvres pour que ce Tribunal fût nommé Tribunal extraordinaire. Ils avaient leur but, ils voulaient le lier par les formes. Nous qui voulons qu'il juge révolutionnairement, appelons-le Révolutiounaire. Pénélrez-vous bien de cette vérite que les conspirateurs ne laissent point de traces matérielles de leurs crimes. Les témoins déposent sur des faits particuliers; mais dans une conspiration que la nation entière atteste, qu'est-il besoin de témoim? Imitez les conspirateurs eux-mêmes. A Lyon, les patriotes étaient égorgés sans formalités; celui qui passait devant un corps de garde, sans porter dans sa poche la preuve de sa scélératesse, était saisi et fusillé à l'tnstaai. Rappelez-vous ce que dit Salluste. En matière de conspiration, on ne saurait trop avoir de sévérité; c'est la faiblesse qui anéantit les révolutions. Je demande que vous donniez à ce Tribunal le nom qu'il doit avoir, c'est-à-dire qu'il soit appelé Révolutionnaire. »

La motion fut adoptée et termina dignement, en l'aggravant par ce dernier commentaire, le décret qui sacrifiait les Girondins.

Organe d'exécution d'un gouvernement révolultounaire comme lui, le Tribunal ne subira plus de changements avant la loi du ^2 prairial, cpû le transformera en simple machine à condamnations. Mais l'élan est donné, les hommes sont trouvés, et les accugations de lenteur ou de modérantisme vont cesser. A quoi serviraient maintenant de vaines formalités, siaon à retarder le jugement d'accusés coupables de ne point adorer le dieu du jour? Pourquoi fournir des preuves à

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des juges doot les convictions se forment aux Comités de salut public ou de sûreté générale? Il n'y a plus qu'un crime, la conspiration contre l'unité et l'iadivisi* bilité de la République; qu'une peine, la mort appliquée indistinctement .aux hommes, aux femmes, aux vieillards et aux enfants. Dans ce tourbillon sanglant, malheur h qui s'arrête! La tourmente, après les Girondins, emporte les Hébertistes; après Danton, Robespierre; elle ne cesse qu'après avoir, par une juste punition, épuré le Tribunal lui-même.

La démagogie victorieuse possède désormais les instrumeots qui conviennent à ses tyranniques aspirations; et pour leur imprimer une marche régulière, on n'attend plus que le sij^al du Comité de salut public.

Dans la sinistre tragédie qui va ensanglanter Paris et désoler la France, le rôle de chacun est tracé d'avance. Au prologue, Robespierre et ses complices, enfermés dans un cabinet sombre, marquent tes vio times, au milieu des ténèbres de la ouït. Le premier acte se passe au grand jour. La Convention, impuissante et résignée, est réunie dans ce qu'on appelle encore, par une amère dérision, le saoctuaire des lois, et fabrique les décrets qui enlèvent aux accusés les garanties sacrées de la défense. Au second, le Comité de sûreté générale et ses agents traquent et arrêtent les proscrits. Le Tribunal révolutionnaire remplit le troisième acte, et rend à chaque séance, avec les mêmes juges et les mêmes jurés, les mêmes condamnations. L'épilogue a pour théâtre la place de la Révolution. Là, l'échafaud est en permanence, et le sang coule à

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450 HISTOIRE DE LA. TEBREUIl.

flots. Bieatât le soi en est saturé et n'a plus le temps de sécher, car chaque jour, à la tombée de la nuit, la hache du bourreau élargit la tache eocore humide de la TeUle, £t, peDdaot près d'un au, la siaistre besogne se coDtioue saos iatemiptioo.

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